Entreprises & Marchés

Des hausses de tarifs en perspective

Assurance Auto. Les assureurs prévoient dans leur baromètre de l’assurance automobile une hausse des tarifs, conséquence logique de la dérive persistante des charges afférentes aux garanties liées à cette catégorie d’assurance. Ça risque de grogner du côté des assurés ! par Abdelfettah ALAMI

Le constat chez les entreprises d’assurances n’est pas réjouissant. Les évolutions positives du chiffre d’affaires de l’assurance auto s’accompagnent, depuis quatre ans, d’une croissance alarmante de la sinistralité qui a dû progresser annuellement de 15 à 20% contre une croissance des primes de l’ordre de 8%, en moyenne. Cette situation nous a été confirmée par M. Othmane El Alamy, adjoint au Directeur des Assurances et de la Prévoyance Sociale qui nous avait déclaré que « nous assistons ces derniers temps à une légère détérioration des résultats de certaines branches dont les tarifs ont été libéralisés (notamment «l’automobile») du fait d’une concurrence plus exacerbée, ce qui requiert une plus grande vigilance, aussi bien des entreprises d’assurances elles-mêmes que de l’autorité de contrôle ».

Les effets pervers d’une «cécité technique»

Il est utile de savoir, de prime abord qu’autant pour le risque responsabilité civile (RC), obligatoire de par la loi, le tarif, même s’il a été libéralisé, demeure plus ou moins réglementé et donc les assureurs n’ont aucune marge de manœuvre pour le modifier au niveau de certains critères de tarification, autant pour les risques annexes à la RC ( vol, incendie, bris de glaces, tous risques, etc.) – voir encadré-, la tarification est libre. Cette libéralisation a-t-elle été la source de ce dérapage ?
Même si M. El Alamy, dans ses propos tente de nuancer ce rapport, il reconnait que, « En fait, la libéralisation des tarifs, surtout en assurance automobile qui constitue le tiers du chiffre d’affaires, n’a pas eu d’effets négatifs sur les entreprises d’assurances puisque celles-ci réalisent encore des ratios sinistres à primes intéressants du fait d’une application raisonnable des tarifs. Ceci étant dit, elles offrent dans certains cas gratuitement des garanties annexes ou achètent, pour le compte de leurs assurés, la garantie assistance ».
En fait, dans un marché concurrentiel, la course vers la prime, à travers ces gratuités, ne s’est pas avérée sans risques pour les assureurs. Pour preuve, la dégradation de l’équilibre de la branche d’assurances automobile qui devait son équilibre grâce aux garanties annexes et aux produits financiers. Depuis lors, le retournement des marchés financiers conjugués à une très forte hausse de la charge des sinistres a faussé les calculs des assureurs qui n’ont pas anticipé ni ces évolutions ni une augmentation brusque et soudaine des tarifs de ce risque. Sous peine de graves difficultés, cette hausse prévisible serait plus prononcée pour la garantie RC, mais toucherait, en toute vraisemblance, les autres garanties annexes.
Les raisons de cette inflation prévisible sont générales: reprise de la sinistralité, augmentation du coût de la réparation, etc. de quoi plomber les résultats techniques. A ce niveau, et à titre d’illustration, pour l’exercice 2012, sur un chiffre d’affaires de 8020,86 MDH, les entreprises d’assurances ont payé, à titre des prestations et frais un total de 3934, 99 MDH, soit 16% de plus par rapport à l’exercice précédent. Si le solde technique d’exploitation reste, pour la RC, encore positif, grâce aux produits financiers générés par les placements des provisions liées à la branche, puisqu’il a enregistré, en 2012, une marge d’exploitation de 1178 MDH ; pour les autres garanties annexes où les conséquences du dérapage tarifaires sont patentes, celle-ci était négative de – 46 MDH.
Les hausses pratiquées cette année et prévisibles l’année prochaine suffiront-elles à redresser les résultats de l’assurance automobile ? Peu probable, à notre sens et de l’avis de plusieurs acteurs du secteur qui plaident, aujourd’hui, pour une nouvelle approche de ce risque. La raison est simple et évidente : les mesures de prévention des accidents de la circulation semblent avoir atteint leur limite et la fréquence et le coût des sinistres repartent à la hausse.

Pour une vérité des prix et une nouvelle approche du risque auto

La nouvelle approche du risque auto devrait s’inscrire en prenant en compte deux soucis majeurs : la préservation de la solvabilité des entreprises d’assurances dont le tarif est un élément important et la protection des intérêts des consommateurs assurés en justifiant à leur égard les augmentations en perspective du prix de l’assurance auto, car nous avons besoin de transparence pour que la hausse de la sinistralité ne soit pas une fausse barbe masquant d’autres réalités comme l’intensification de la concurrence et la chute des résultats financiers des assureurs.
Si pendant plusieurs décennies, les entreprises d’assurances avaient subi les effets de tarifs de l’assurance auto qui ne suivaient pas l’évolution de la sinistralité, et pour donner une suite favorable aux doléances des assureurs, un arrêté du ministre des Finances et de la privatisation n°1548-05 du 10/10/2005, relatif aux entreprises d’assurances et de réassurance, a consacré la libération des tarifs, laissant la liberté à chaque compagnie d’établir ses propres tarifs pour les risques « responsabilité civile des véhicules terrestres à moteur» (garantie couvrant les dommages corporels et matériels causés aux tiers) et de les communiquer « au Ministre chargé des Finances dans les 15 jours suivant leur établissement », les critères de détermination des primes pures (tarif technique hors charges) demeurent réglementés et fixés par l’article 58 de l’arrêté précité à savoir, l’usage du véhicule de tourisme, le poids total en charge pour les véhicules de transport de marchandises, le nombre de places pour les véhicules de transport de voyageurs, etc. On remarquera que sur ce point important, le législateur nous a annoncé une « libération à moitié » puisque l’assureur marocain ne peut, comme cela se passe dans d’autres marchés qui ont amorcé une véritable libération des tarifs d’assurances, prendre en compte d’autres critères de calcul, comme par exemple, la localisation géographique du risque, particularités de l’assuré ou du véhicule assuré, que sur autorisation du ministre des Finances. Cette limitation heurte, évidemment, toute stratégie de variété d’une entreprise d’assurance car, pour fidéliser, leurs meilleurs clients, les opérateurs sont censés pousser plus loin le travail de segmentation de leur offre avec principal objectif d’affirmer leurs tarifs. C’est aussi une façon de répondre aux attentes des consommateurs à la recherche du « juste prix » et d’un produit sur-mesure. Seule une stratégie de variété permet aussi d’améliorer la perception, par l’assuré, du niveau du service rendu. Pour ce faire et pour contourner cette contrainte réglementaire, les assureurs ont tous opté pour une modulation des tarifs en innovant et en faisant bénéficier les clients en garanties et/ou options supplémentaires. Aujourd’hui, chaque compagnie a ses propres statistiques multicritères qu’elle utilise pour chercher des «marchés de niches» et améliorer les garanties. C’est ainsi que se sont développées, au niveau des offres de produits, des garanties annexes pour un segment d’assurés bénéficiaires en termes techniques, soit gratuitement (pour la garantie défense et recours, assistance en cas d’accidents, offre de véhicule de remplacement, système du tiers payant en cas d’accidents matériels, etc.) ou aussi en offrant, « en pack » à des prix préférentiels des assurances « tous risques ». Il faut, toutefois, regretter pour ce dernier cas le manque de transparence qui entache souvent ce type de produits: l’assuré qui a droit à l’information et à la communication de tous les éléments qui concernent son contrat d’assurance, comme le prévoit le code des assurances, ne peut avoir le détail des primes des différentes garanties figurant dans ces «packs » puisqu’on ne lui notifie que le prix forfaitaire global.
En fait le tarif appliqué, aujourd’hui, par toutes les entreprises d’assurance en matière du risque responsabilité civile automobile est identique, ce qui contredit le principe de la liberté laissée, par le législateur, à chaque compagnie, de confectionner à partir de ses propres statistiques, son tarif pour la prime pure. En dépit du fait que chaque opérateur a, d’après les informations recueillies auprès de plusieurs responsables de compagnies, dispose de statistiques suffisantes et même de projets de tarifs auto, aucun d’eux ne les a présentés à l’Administration et ce, comme le prévoit l’arrêté du ministre des Finances susvisé. La raison majeure qui sous-entend cette pratique est le blocage des prix actuels qui sont en faveur des assureurs. Une meilleure transparence dans la gestion du portefeuille auto, par les assureurs, exige de ces derniers de s’investir pour réussir de nouvelles méthodes de tarification de nature, certes, à améliorer la rentabilité mais, aussi, de répondre aux soucis des consommateurs assurés d’être informés sur les éléments ayant été à la base de calcul des tarifs qui leur sont appliqués.

 
Article précédent

Classe moyenne : quel modèle social pour le Maroc ?

Article suivant

Transport aérien : Quatre avions neufs (Embraer 190) renforcent la flotte de Royal Air Maroc