Portrait

Enseignant, entrepreneur, star de la radio

Il pourrait être votre père, votre oncle ou votre cousin. A un âge où l’on prend sa retraite et fait le tour du monde, Ahmed Ouadoudy continue d’être actif et de dispenser ses précieux conseils à la Radio MFM. Par Noréddine El Abbassi


C’est un «papa» à l’ancienne. Rond, le verbe empreint d’accents campagnards, il aura été la première génération de sa famille à quitter son Benslimane natal, pour Casablanca, et réussir. Lorsqu’on rencontre Hadj Mohamed, on fait un voyage dans le temps. Ce qui nous donne un avant-goût de ce que la vie de nos parents a été. On écoute, on apprend, et surtout on voit que certaines réussites se font indépendamment de son origine sociale, son «terreau natal» et même de sa région. On peut se «faire à la force du poignet», à condition d’oser agir, sortir du salariat pour tenter l’aventure de l’entreprenariat. Hadj Mohamed a osé tout cela, tout en «capitalisant sur ses forces» et osant «affronter la vie».
Hadj Mohamed n’a pourtant rien d’un «aventurier», c’est même un «vieux sage», doté d’un «bon sens paysan». Il est né en 1949 à Benslimane. Déjà, son bon sens, il le tire de son enfance au grand air. Son père était fonctionnaire des PTT, ce qu’il en faisait déjà un notable dans son village de province du Maroc, d’avant l’Indépendance. Enfant, Hadj Mohamed assiste sans réellement s’en rendre compte, à des «moments clé» de l’histoire du Royaume. Feu le Roi Mohammed V est alors en exil à Madagascar, avec la famille Royale. A son retour, la «liesse» est telle, que les Marocains voient son effigie dans la lune (true story). Hadj Mohamed, lui, vit une vie de petit notable de province, fils d’officier d’état civile, et dernier né d’une fratrie de 10 enfants. C’était avant le sida, après la pilule, et à une époque où l’on considérait qu’une «famille nombreuse était une famille heureuse». A telle enseigne que la virilité d’un «patriarche», se mesurait au nombre de ses enfants. Autre temps, autres moeurs…

«L’indépendance» vue par la génération de nos parents
Hadj Mohamed a 5 ans lorsque la famille déménage. C’est la «libération». Le Maroc accède à une «nouvelle indépendance»: «cela s’est fait très progressivement. Les Français continuaient à enseigner. Dans un sens, cela s’est fait en «douceur» et nous avons profité de cette richesse», analyse-t-il. Une nouvelle affectation les déplace dans la région de Taza. Là, Hadj Mohamed grandit encore et découvre la ville. Ce sera d’abord Meknès, en interne, pour user les bancs du collège de la ville. Ensuite, il monte à Casablanca, préparer le lycée. Il intègre le Lycée Mohammed V, déjà prestigieux, mais également le seul qui propose la filière des Sciences Economiques. Lorsqu’il s’exprime, Hadj Mohamed a une «rondeur trapue» d’hobereau marocain. A cette époque, les bacheliers sont rares. Plein emplois aidant, il suffit de postuler à une offre d’emplois pour «être embauché». Il est vrai que l’on mesurait encore un profil à l’ «aune de son talent» et non à celle de son «pedigree».
Hadj Mohamed se destine alors à l’enseignement. Sa formation acquise au sein du Centre Pédagogique Régional,  il dispensera des cours de mathématiques dans différents lycées. A une époque où les enseignants étaient «prisés», et perçus des intellectuels de par le monde. A travers le récit de Hadj Mohamed, on l’imagine volontiers à un personnage d’un roman de Marcel Pagnol, tel «La gloire de mon père», ou «le Château de ma mère» en darija et djellaba, henné odorant et taches d’encres poisseuses des «portes plumes» de classe. «Le châtiment corporel était demandé par les parents d’élèves eux-mêmes, appréciant  l’enseignant qui n’hésitait pas à  «corriger» un élève indiscipliné. De nos jours, ils vous traineraient en justice», explique-t-il. L’âge aidant, on se demande si le châtiment corporel n’aurait pas évité l’émergence de nombre de «gibiers de potence»…

Homme d’affaires
«Nos journées se ressemblaient invariablement. L’enseignement hebdomadaire nous prenait 15 heures. Ce qui ne veut pas dire que nous étions libres le reste du temps. Il fallait préparer, corriger les copies des différents contrôles tout au long de l’année. Sans oublier qu’il nous fallait lire, toujours lire, pour nous mêmes et pour enrichir les cours que nous dispensions Cela étant, nous avions néanmoins une vie plutôt «convenable» et des activités sociales riches et variées», se remémore-t-il. Mais rapidement, Hadj Mohamed en a assez de «ronronner» dans sa «vie de fonctionnaire». Il aspire à plus, et l’entreprenariat est une solution qui l’intéresse. Hadj Mohamed est déjà un intellectuel, mais il «ose sortir de sa zone de confort». Il lance un premier projet, immobilier, pour «se faire la main». L’expérience étant probante, il gagne en expertise et se lance dans le conseil et l’accompagnement de différents projets immobiliers. Plus tard, il ouvre un cabinet d’expertise immobilière et rédige des actes sous seing privé.
Enseignant un jour, enseignant toujours, a-t-on envie de dire. Hadj Mohamed retourne aux sources. Nous sommes aux débuts de l’enseignement privé, et il décide d’ouvrir des écoles. Tour à tour, Hadj Mohamed inaugure trois écoles qu’il gère encore à ce jour. Signe des temps, ce n’est qu’une fois qu’il s’est lancé dans l’entreprenariat qu’il a enfin les moyens de se marier. Son union se conclut en 1985, l’année de sa réussite. Depuis, il continue de vaquer à ses affaires, et malgré son âge, ce grand-père continue sa marche matinale et quotidienne, pour ensuite suivre l’actualité par la presse à travers ses différents canaux. La journée bien remplie s’achève vers 21h, pour laisser place à la vie familiale et à un repos bien mérité. La jeunesse est dans la tête, et le secret est de rester actif.

ZOOM

Le cabinet Ouadoudy est un cabinet de conseil immobilier et foncier. Il a été fondé en 1985 et rédige des actes sous seing privé d’achat et de vente de biens immobiliers.


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