Portrait

Manager, communicant et «prince du Raï»

Il a le look d’une star libanaise de la chanson, et le talent qui va avec. Ce manager formé en France dans la gestion de projets, s’est très tôt tourné vers la communication au lieu d’une carrière de vedette. Passionné, il a développé la communication du groupe Renault avant de prendre en charge celle de la zone MENA pour Nissan, dans le cadre de l’alliance entre les deux entreprises.


Il est admis que le développement de la personnalité se forge largement, dès l’enfance. Dès les premières années, l’on sait qui seront les «leader», et qui seront les «suiveurs». Mhamed Tazi (autrement connu sous le surnom « Memet») est incontestablement né, pour être un leader. De grande taille, une allure de «jeune premier», le style des stars de la chanson arabe. Et pour cause, c’est un mélomane, fan de raï, qui fait penser à un «jeune Cheb Khaled», avant que ce dernier ne soit simplement Khaled.
Mhamed qui est l’ainé d’un couple de banquiers, a vu le jour à Casablanca en 1982. C’est dans le quartier Gauthier qu’il passe ses premières années, avant de migrer vers un autre «coin» de Casablanca, tout aussi emblématique, le CIL. Quelques années plus tard, la famille déménage encore pour un quartier proche de la Corniche de Casablanca, où il verra éclore ses premiers «faits d’armes», dans le domaine de l’évènementiel. «Je mobilisais des jeunes pour organiser des kermesses de rue, de véritables évènements. Les parents jouaient le jeu, jusqu’à participer. C’était très festif», explique-t-il. C’était aussi là où les membres du groupe de Rap Fantôme, David et Niho usaient leurs baskets, et émergera tout le mouvement «naida».
Mhamed est scolarisé au groupe scolaire d’Anfa, autrement connu sous l’appellation Ecole Bennis. Comme le dit l’expression : «you’re nice and cool, you must be from Bennis school». Ses premières passions tournent autour du tennis, jusqu’à une déconvenue, suite au vol de sa raquette, confisquée après un match, lui fera préférer le football. «Je ne suis pas un simple fan de foot, mais du Wydad», affirme-t-il fièrement. Le jeune Mhamed resté proche de ses parents et dont le père banquier, et néanmoins fan de la chanson arabe, lui transmet sa passion. «Mon père m’avait offert un jouet, en forme de piano. D’année en année, je me suis retrouvé avec un orgue, et, chemin faisant, j’avais appris à jouer. Sans grande difficulté, puisqu’il semble que j’ai l’oreille musicale», se remémore-t-il. La scolarité du jeune Mhamed se passe sans problème, sa mère veillant néanmoins au grain: «c’est une femme très pragmatique, organisée et véritable banquière. D’ailleurs, c’était la première femme Directeur de Centre d’Affaires de la BMCI», explique-t-il.

Les années de formation
Le bac en poche en 2000, Mhamed s’envole pour la célèbre Université de la Côte d’Azur, Sofia Antipolis. Il s’inscrit à l’école de commerce Skema (anciennement Ceram), qui en dépend. Déjà, ses passions se portent vers la communication et l’événementiel, sans négliger pour autant, son penchant pour la musique. « Je me produisais avec un groupe en France. Je chantais du raï et j’ai même participé à l’enregistrement d’un album », confie-t-il, avec une fierté non dissimulée.

Mais les visions corporate de sa mère mettent fin à ses aspirations artistiques. Alors qu’il a passé avec succès les auditions de l’émission de télé-réalité musicale, Star Academy, sa mère pose son veto : « j’étais directement admis au casting régional, mais ma mère s’y opposait. Mais là encore, elle préférait pour moi une carrière plus classique dans une entreprise, alors que j’aurais pu enregistrer un disque très tôt », avoue-t-il, sans pointe de regret. La vie lui donnera raison, mais aujourd’hui, lorsqu’il rencontre des artistes, il les soutient dans leur rêve.

Mais la vie professionnelle de Mhamed a commencé avant même sa diplomation : « je ne connaissais pas les vacances d’été. Au lieu de bronzer sur les plages, je vaquais de stage en stage, dans différentes entreprises. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans la publicité, l’événementiel et que j’ai fait la rencontre de ma première patronne, Rajae Jbali (Publicis), puis Neila Tazi (A3 Communication), qui est devenue mon idole parfaite depuis », expose-t-il. C’étaient les débuts du Festival de Casablanca et celui de Gnaoua d’ Essaouira. Mhamed participe aux premières éditions et se forge déjà un solide CV. « J’avais 22 ans lorsque j’ai monté les marches du Festival de Cannes pour la première fois. Je suivais un cursus en Management de projets internationaux, mais je savais que je finirai dans la communication », avance-t-il, toujours volontaire dans ses propos, sans se départir de ses manières policées de fils de bonne famille. Il sort d’une première expérience dans l’achat et la conception d’émissions TV à Paris. Déjà, toute sa jeunesse durant, il côtoie et se frotte au métier de journaliste. « J’avais fondé le journal de l’école, et j’en étais le rédacteur en chef ». Mais le virage arrive en 2006, lorsqu’au détour d’un cocktail, Mhamed Tazi approche l’ambassadeur du Maroc à Paris, lequel, « fort impressionné », lui propose un poste à l’Ambassade, où il sera chargé de mission. Fathallah Sijilmassi en est alors le représentant plénipotentiaire, avant de prendre ses fonctions de secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée.

Retour au bercail
Mhamed passe une année et demie dans cette fonction, avant de décider de rentrer au Maroc. A ce moment, son choix est fait, ce sera la communication, et pas dans n’importe quelle maison. Il rejoint le groupe Eco-média, qui édite les quotidiens l’Économiste et Assabah, comme directeur de la Communication. Ce sera l’accompagnement d’Atlantic Radio, et différentes opérations de partenariats, qui positionnent le groupe sur la scène culturelle.

Nous sommes en 2009, lorsqu’un cabinet de chasseurs de têtes le recrute pour le compte de Renault. Il sera directeur de la Communication du constructeur automobile, qui se « positionne en force au Maroc ». « J’ai réussi à faire un festival Renault au sein même du Festival International du Film de Marrakech. Communiquer, c’est « créer l’événement » et pas uniquement sponsoriser un événement, en mettant des voitures à disposition », explique-t-il.

Cette expérience sera l’occasion de renouer avec Neila Tazi, de développer son CV et même de côtoyer Carlos Goshn, l’emblématique PDG de Renault. Il coopère alors sur différents Festivals et promeut la sécurité routière, réunissant des artistes tels que Don Bigg et Ahmed Sultan. La consécration arrive lorsque Najib Boulif lui décerne le prix du Comité National de Prévention des Accidents de la Circulation (CNPAC), et Najib Benabdallah, le prix de la Responsabilité Sociale des Entreprises. Un événement clé ? Le 09 février 2012, la date coïncide avec l’ouverture de l’usine Renault à Tanger, et son anniversaire. Le Roi Mohammed VI inaugure l’usine, et cela donnera lieu à des taquineries : « on me disait qu’il y a eu du beau monde à mon anniversaire, pour moi, c’était la première fois que je voyais Sa Majesté en personne», avance-t-il dans un autre de ses rires enjoués. Depuis 2016, Mhamed Tazi a rajouté à ses responsabilités celle du groupe, Nissan MENA, et opère depuis l’Égypte. « C’est une culture d’entreprise japonaise, je découvre une nouvelle manière de faire, une rigueur et un nouveau pays, l’Égypte», conclut-il dans l’un de ses rires enjoués.

Bio Express

1982 : naissance à Casablanca
2000 : Bac au Groupe Scolaire d’Anfa
2005 : diplôme en Administration des entreprises, commerce international, gestion de projets internationaux au CERAM entrée chez OMD
2006 : chargé de mission à l’Ambassade du Maroc de Paris
2008 : directeur de la communication du groupe Ecomédia
2009 : directeur de la communication du groupe Renault Maroc
2016 : directeur de la communication MENA de Nissan

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