Dossier

Une région sur quatre toujours sans feuille de route !

Décidément, la régionalisation avancée au Maroc souffre déjà de retards chroniques dans les délais impartis par la loi 111-14 aux douze régions que compte le pays ! En effet, si pour l’entrée en fonction des Agences Régionales d’Exécution des Projets dites AREP, bon nombre de régionaux furent déjà en porte-à-faux avec l’article 144 de ladite loi en matière de délai de mise en place de ces bras armés exécutifs, les trois quarts des régions sont aujourd’hui défaillantes en matière d’adoption du fameux Plan de Développement Régional (PDR), lequel est le texte fédérateur de toutes les actions en matière de développement socio-économique à mettre au titre de la période 2017-2021. Il faut rappeler que l’article 83 de la loi 111-14 précise que le conseil régional doit adopter son PDR un an après sa mise en place et sous la supervision de son président avant de veiller à son suivi, son actualisation et son évaluation. Or, tous les conseils régionaux ont été élus et mis en place courant septembre 2015 ! Et à ce jour, quand bien même une prorogation exceptionnelle de six mois par rapport au délai initial implicite de fin septembre 2016 est venue soulager les retardataires, seules trois régions, en l’occurrence celles de Casa-Settat, Beni Mellal-Khénifra et Souss-Massa ont été officiellement au rendez-vous en adoptant leurs PDR respectifs entre fin février et début mars 2017.

Quant aux autres à savoir Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Laâyoune-Sakia Al Hamra, Tanger-Tétouna-El Houceima, l’Oriental, Guelmim Oued Noun, Dakhla Oued Addahab et Draâ Tafilelt, elles sont toujours sans PDR alors que leurs AREP respectives sont déjà opérationnelles et que les enjeux et les défis pour leurs territoires et citoyens – auxquels ces PDR sont censés s’atteler au plus vite – ne font que s’aggraver avec le temps et ne connaissent, eux, point de répit. Et ce n’est pas faute de moyens humains et financiers consacrés à un tel exercice inédit pour les « nouvelles » régions, car les plus grands cabinets de conseil de la place ont été mis à contribution à cet effet. Selon nos informations, une poignée de prestataires (dont les géants mondiaux McKinsey et KPMG outre les deux acteurs locaux Capital Consulting et Valyans) s’est partagée une manne de plusieurs dizaines de millions de dirhams que les douze agences régionales ont dépensée pour la confection de leurs premières feuilles de route stratégiques depuis l’avènement de l’ère de la régionalisation avancée en 2015.


Il faut dire que l’enjeu est loin d’être de pur formalisme institutionnel, car le PDR se trouve au cœur de la réforme institutionnelle de la régionalisation au Maroc et incarne la principale nouveauté en matière des outils opérationnels et stratégiques dont dispose chaque région pour s’acquitter de ses nouvelles missions élargies, dont notamment l’amélioration de son attractivité territoriale et le renforcement de sa compétitivité économique. Sans parler des sommes devant être mobilisées pour la mise en œuvre de ces PDR à horizon 2022 et qui s’élèvent à plusieurs centaines de milliards de DH (celui de la seule région Casablanca-Settat dépasse cent milliards de DH). Le législateur a même imposé à la région de « prendre en considération le contenu de son PDR » dans l’élaboration de son budget annuel, ce qui n’a pu être le cas malheureusement ni en 2016 ni en 2017 pour aucune des régions. C’est dire que le PDR est au budget ce que le télescope est à l’astronaute et sans cette feuille de route essentielle, les AREP qui sont aujourd’hui, pour la plupart d’entre elles, déjà dans les starting-blocks avec des équipes, une logistique et des moyens conséquents ne peuvent que peigner la girafe… ou presque.

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