Conjoncture

Cinq leviers pour une sortie de crise rapide et sereine

Quels sont les leviers à activer pour un scénario de sortie de crise rapide et sereine plutôt qu’un autre, notamment sur le plan économique ? Mohamed Boumesmar, expert-comptable, enseignant à l’ISCAE, membre du Conseil national de comptabilité et gérant du cabinet Audicis, en prône cinq. Les détails.


Repère n°1 : D’abord une évidence bonne à rappeler : nous restons dépendants de ce qui se passera dans le monde

Contrairement à certaines prophéties-fictions, le coronavirus ne mettra pas fin à la mondialisation. Ralentie, gênée, presque assommée, la logique de cette dernière trouvera les ressorts nécessaires pour s’adapter différemment et tirer les leçons de cette crise, y compris en cédant sur certaines doléances populaires qui deviendraient insistantes. Bien sûr, des changements majeurs toucheront certaines filières, notamment celles liés à la santé et à la sécurité des citoyens dans une approche future plus nationaliste, plus indépendantiste. Ces mutations ne seraient pas mises en place du jour au lendemain, mais sont inéluctables et ne manqueraient pas de toucher notre économie et celle de notre région.

Repère n°2 : L’état marocain assurera, à l’échelle de notre pays, le rôle le plus déterminant dans la gestion de cette crise et dans le succès de toute sortie future de cette crise

Cette crise a eu le mérite de déshabiller davantage les inégalités béantes de notre pays. Mais, elle a aussi rappelé le rôle économique primordial de l’Etat en tant que garant de notre Sécurité et de nos services publics, de la Stabilité de nos emplois, de la Survie de nos entreprises et du renforcement de la Cohésion entre nos concitoyens.

Nous avons découvert que seul le service public de qualité renforce la confiance dans l’Etat et donne un sens à la solidarité sociale. Tout d’un coup, nous avons réalisé l’intérêt pour notre pays de disposer d’un Etat qui puisse disposer des ressources et des moyens d’agir et d’offrir des services publics rassurants et crédibles.

Nous nous sommes rendu compte que « L’impôt » constitue l’essentiel des ressources d’un Etat en général et de notre Etat en particulier et qu’en payant volontairement et régulièrement nos impôts, nous contribuons directement à cette œuvre.

La décision Royale de création du Fonds Covid-19 apporte, certes, un appui inestimable de ressources additionnelles notamment aux hôpitaux, aux salariés, aux TPME, aux travailleurs indépendants…etc. Cependant, les budgets de l’Etat, des collectivités territoriales et ceux des EEP doivent, en ces temps difficiles, être réorientés pour la mission urgente qui s’im-pose actuellement : Sauver le maximum d’emplois, éviter le naufrage financier du maximum de familles, maintenir intactes les chances de redémarrage rapide des entreprises…

L’endettement auquel a eu recours notre Etat parait inévitable. Pour y faire face, notre économie devrait rapidement re-trouver des niveaux de croissance plus vigoureux. Cette vigueur parait non évidente en particulier aux lendemains d’une crise mondiale aussi imprévisible. A la sortie de crise, cette équation s’imposera encore plus comme une priorité urgente pour le futur modèle de développement. Dans un jeu d’équilibriste encore inconnu, l’Etat doit trouver les budgets suffisants pour mener :

  • Un « plan de relance » fort et global pour provoquer le choc dont a besoin l’économie qui commence à s’endormir d’une part ;
  • et un plan de soutien des secteurs dont la convalescence va se prolonger durant une période indéterminée (tourisme, voyage, luxe, secteurs imposant une intensité pré-sentielle dangereuse..) d’autre part. Nous espérons de tout cœur que cet effort budgétaire sera financé par les fruits de la croissance de notre économie et non par une hausse des impôts et autres prélève-ments obligatoires. ■

Repère n°3 : Le système financier apparait comme l’allié le plus recherché de l’état dans cette crise

Dans la crise de 2008, les Etats de plusieurs pays sont naturellement venus à l’aide de plusieurs banques qui auraient pu être emportées par cette crise. Avec l’actuelle pandémie, le système bancaire est appelé à se ranger du côté des Etats pour aider à la stabilisation économique, notamment par le biais d’un financement exceptionnel des entreprises durant ces temps difficiles et d’un allégement de la pression de la dette des ménages par le report des échéances. Le rôle premier des banques n’est-il pas d’accorder du crédit. il est aujourd’hui extrêmement important que nos banques confirment qu’elles représentent l’un des secteurs financiers les plus structurés et les plus solides d’Afrique et soutiennent, de manière solidaire, les milliers d’entreprises et de ménages qui empileront les demandes de report sur les bureaux de leurs réseaux.

Cet effort de financement ne se limitera pas uniquement aux besoins de financement de la traversée de la crise, mais aussi pour la relance des activités une fois la sortie de crise, et que le bout du tunnel apparaitra pour les entreprises.

Repère n°4 : Entre elles, les entreprises doivent éviter de propager le cercle vicieux de la contagion des difficultés financières

En ces moments incertains, le souci prioritaire des entrepri-ses quelles que soient leurs tailles et leurs secteurs d’activité, est de s’en sortir indemnes ou avec le minimum de pertes.

Toutefois, au-delà du soutien déterminant de l’Etat, des collectivités territoriales et des EEP d’une part et du système financier d’autre part, les entreprises peuvent s’entraider pour leur survie : Elles devront rompre la chaine de propagation des difficultés économiques et financières et éviter de devenir – elles mêmes – des acteurs de la contagion de la crise par le biais des retards de paiements abusifs.

Le succès de la sortie de crise sera économiquement évalué par la minimisation du nombre de faillites d’entreprises, du nombre de chômeurs ainsi que la baisse de chiffres d’affaires… Dans cette bataille économique, le Fonds Covid-19 mène une lutte honorable et acharnée. Nous lui s o u h a i t o n s une bonne réussite. Rappelons que les TPME, qui sont la frange la plus fragile, constituent les soldats « Ryan à sauver pour garantir nos chances dans la lutte incessante pour l’émergence de notre économie.

Repère n°5 : le modèle de crise que connaitra notre pays impactera le modèle de sortie de cette crise

Plusieurs études et simulations ont présenté des modèles ou autres scénarios qui cherchent à représenter le modèle de crise qu’il est utile de rappeler en bref :
– Le Modèle en V : plongée très profonde, une fois que le fonds de la crise est touché, rebondissement rapide (le modèle de la Chine) ;
– Le Modèle en U : Plongée très profonde, persistance pour un certain temps au fond de la crise pour une certaine durée (une sorte de plateau mais en inversé) après quoi, la remontée à la surface est engagée (le modèle de l’Europe et des USA, quoique la remontée tarde à voir le jour) ;
– et enfin le modèle W : Plongée profonde, rebondissement, mais deuxième crise sanitaire, et donc replongée, reconfinement, et remontée (plusieurs pays asiatiques risquent de connaitre ce modèle).

Le modèle de sortie de crise dépendra du modèle de crise que connaitra notre pays et le monde et notamment, nos partenaires privilégiés.

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