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A.G de la frmf Les clés du pouvoir

C


’est en 1970, au mois de septembre, que le public du football commençait à s’intéresser à ce qui se fait ou à ce qui se trame au sein du bureau fédéral de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF).

On était passé par la case Coupe du monde, celle de Mexico 70, considérée comme l’exploit fantastique du football marocain et donc de ses dirigeants, dont le principal à l’époque était Ahmed Antifit, tout puissant secrétaire général de l’institution et patron de la commission technique (il s’autoproclamait sélectionneur quand cela lui chantait), où en compagnie de son complice et ami Guy Cluseau, il menait tout le monde à la baguette.

Najib Salmi

Maîtrisant la ligue de la Chaouia, avec ses multitudes de clubs et donc de voix, il ne craignait rien lors des élections de l’Assemblée Générale, car la majorité des votes lui était assurée.

Surfant sur cette stabilité « démocratique », et malgré celle-ci, Antifit prenait garde néanmoins de ne pas prendre la grosse tête et savait couvrir ses arrières en ne bousculant pas trop les plus influents, et en sachant rendre compte auprès des personnalités politiques les plus éminentes.

Ce n’est guère un hasard si après la présidence de la FRMF assurée par Driss Slaoui, Conseiller royal et Gouverneur de la Banque du Maroc, arrive l’ère de Driss Jorio secrétaire général du ministère de l’Intérieur, celui du Général Oufkir dont la suprématie sur tous les autres secteurs de l’Etat est une vérité historique.

Ainsi, bien à l’abri de son poste de Secrétaire Général, Antifit qui ne cherchait jamais à être au premier plan et donc président de la FRMF, coulait des jours tranquilles dans le foot marocain.

Les grains de sable dans la mécanique

Cependant, après le Mondial 1970 et sous l’impulsion de dirigeants désireux de bousculer le schmilblick, cette belle organisation allait chanceler.

Les héros de la contestation se nommaient Harrizi (WAC), Hakrous (Etoile) et Mesfioui (RBM).

Ils allaient se démener tant et si bien, en exposant toutes les irrégularités et l’incroyable mainmise « antifienne » sur le foot qu’ils ont ébranlé les consciences et amené d’autres dirigeants à se poser des questions. Cela allait affaiblir Ahmed Antifit devenu vulnérable du fait qu’il n’avait jamais affronté une vraie contestation, et abandonné « involontairement » par Cluseau, paralysé par une crise cardiaque et qui ne pouvait plus lui servir de relais auprès des grands du Royaume.

La belle mécanique, mise en place à la FRMF s’enrayait, et alors eut lieu une A.G historique.

Historique, parce que c’était la première fois que les clubs paraissaient décidés à ne plus s’en laisser conter et à se libérer des diktats.

La démocratie fleurissait dans les têtes.

Lors de la l’A.G, Maâti Jorio annonçait d’entrée qu’il ne serait plus président (il partait ambassadeur à Madrid), mais il tenait à diriger sa dernière A.G pour la mener à bon port.

Ce rivage était celui d’accepter un président désigné qui allait proposer une liste pour être votée par les représentants des clubs.

C’est ainsi qu’en cet an de grâce 1970, Jdahim (WAC) Semlali (Raja) Mustapha Tarik (fameux jdidi, gouverneur de Settat) Hassan Sefrioui, Hammou Tahra, Moulay Brahim Belhoussine, Mohamed Larabi, Benzakour ou Abdeslem Bennani arrivaient au sein du bureau fédéral.

Ils allaient y laisser une empreinte considérable.

Prenant des initiatives en matière d’arbitrage ou d’équipe nationale qui choqueraient ceux qui avaient pris l’habitude de vivre dans un football dirigé par d’autres.

Lorsqu’en 1971, Mehdi Belmejdoub rejoignait cette joyeuse bande, «la fronde» s’amplifiait et ce fringant officier des FAR laissera le souvenir d’un homme déterminé, libre dans ses choix et assumant ses responsabilités. Ce fut alors l’époque des Assemblées générales marathoniennes où l’on passait au crible la gestion footballistique de la saison (arbitrage, programmation, équipe nationale, etc. ) et où les réponses étaient aussi importantes que les questions.

Cela a duré huit ans, avec une apothéose en 1976 où Mehdi Belmejdoub conduisait le onze national à la victoire – la seule à ce jour – en CAN (Coupe d’Afrique des Nations).

En 1979, la belle entente entre deux amis et complices, Belmejdoub et Semlali se fissurait et le deuxième est parti en guerre contre le premier.

Quelques mois plus tard, la défaite contre l’Algérie (le fameux 1 à 5) allait enterrer la fédé de Belmejdoub et envoyer celui-ci à une retraite prématurée dont il n’allait plus revenir jusqu’à sa mort. 

Toujours Ali Fassi Fihri

Trente quatre ans se sont passés au cours desquels les dirigeants de clubs allaient se désintéresser, sauf pour quelques cas particuliers, de la gestion fédérale laissant cette responsabilité au président qu’on leur désignait.

Toutefois, reconnaissons que cette désignation se fait de manière très habile car le nom est juste suggéré, ensuite on fait semblant de le proposer au vote, et le gars passe pratiquement par acclamations.

Cela n’empêche point ce président une fois « élu » de se faire critiquer, parfois de manière violente et indécente.

Et Ali Fassi Fihri élu en 2009, et qui s’apprête à rendre son tablier le 25 octobre prochain, en sait quelque chose.

Comment se déroule la préparation de la succession d’Ali Fassi Fihri ?

On ne sait pas trop, et on peut se demander si vraiment il va y avoir départ de l’actuel président ?

Ce dernier, en effet, n’a jamais autant recueilli d’adhésion autour de lui que depuis qu’il a annoncé son intention de partir.

Des candidats se sont pourtant manifestés, mais le mystère n’en est pas moins épais. La question qui se pose est toute simple, mais la réponse est compliquée.

Laissera-t-on l’A.G choisir toute seule qui elle veut ou va-t-on encore suggérer comme au bon vieux temps, perpétuant ainsi une tradition bien ancrée dans les mentalités ? 

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