Interview

Abdelali Ajraoui, Dg de Didatec : « le crochet anti-coronavirus est devenu un allié de nos clients »

La société basée à Rabat, Didatec, a mis en place un doigt sacrificiel. Simsim, le crochet anti-coronavirus, permet d’interagir avec plusieurs surfaces sans risquer d’être contaminé. Le directeur général de la PME nous explique son utilité.


Challenge : d’où est venue l’idée de l’invention du doigt sacrificiel ?

Abdelali Ajraoui : Il ne s’agit pas d’une invention mais d’une approche très commune dans l’ingénierie de conception, à savoir définir un organe qui, en absorbant un choc ou une charge trop importante, permet de préserver le reste du système qu’on conçoit. C’est par exemple le rôle du pare-choc qui, en se déformant, va sauver la vie des passagers car le choc est amorti. C’est aussi le cas d’un fusible dans une distribution électrique qui va « fondre » et couper le circuit pour éviter des dégâts irréversibles et difficiles à diagnostiquer dans le reste de l’installation.

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A.A : notre approche a été donc de définir une extension de la main de l’homme lui permettant d’interagir avec son environnement tout en minimisant ses risques de contamination. C’est le point de démarrage de notre réflexion qui amène à considérer une forme, une matière, un process de fabrication pour passer d’un bon sens théorique à une réalisation concrète.

Challenge : À quoi sert Simsim ?

A.A: Simsim est d’abord un renvoi à l’histoire d’Ali Baba et le mot magique qu’il prononce pour ouvrir la porte de la caverne aux mille merveilles. C’est dans cet état d’esprit que nous avons pensé ce produit de façon qu’il soit léger, agréable à utiliser au quotidien et qu’il assure une protection supplémentaire en complément des règles de distanciation sociale, hygiène des mains, port du masque, etc.

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A.A : sa forme et ses dimensions permettent d’interagir avec une poignée de porte (la tourner et la tirer vers soi), appuyer sur des boutons difficiles de désinfecter car cela risque d’endommager le matériel en provoquant des courts circuits (bouton d’ascenseur, de borne de retrait d’argent, de terminal de paiement électronique par carte bancaire…). Il est aussi utile au sein tous les espaces confinés à forte fréquentation où il vaut mieux adopter des règles d’hygiène strictes (toilettes publiques, de restaurants, des cafés…).

Le retour que nous avons de nos premiers testeurs est que Simsim est devenu leur allié du quotidien. Ils l’ont adopté et songent à le garder pour la vie. Il ne risque pas la torsion ou la flexion suite à plusieurs utilisations : la matière qui le constitue (le laiton) présente une très bonne résistance à la corrosion.

Challenge : n’y a-t-il pas un risque que le virus s’accroche au crochet et se propage ainsi à d’autres objets (portefeuille…) et contamine ainsi l’utilisateur ?

A.A : là est tout l’intérêt du laiton. C’est une matière aux propriétés bactéricides et virucides reconnues. Le mécanisme de réduction de probabilité de contamination est le résultat de deux actions. La première est une action mécanique. Prenons par exemple l’ouverture d’une porte. La surface de la main en contact de la poignée potentiellement contaminée est la paume de la main, grossièrement c’est 15cm x 7cm = 105 cm². Comparée à cette situation, la surface de contact entre Simsim et la poignée est de quelques mm² qu’on peut surestimer à 10 mm² (1 cm² = 100 mm²). Il s’agit d’un rapport de réduction de risque de 10500/10 = 1050. On réduit ainsi la probabilité de contamination d’un rapport de 1000. La seconde action est celle du matériau : l’utilisation de matériau aux propriétés hygiéniques reconnues permet aussi de réduire cette probabilité de contamination au-delà de l’action mécanique précédemment citée. À titre d’information, le laiton a été testé avec un grand succès dans les hôpitaux pour minimiser le risque de transmission de maladies nosocomiales.

Challenge : qu’en est-il du prix, de la capacité de production, de la commercialisation et de l’export ?

A.A : notre capacité de production à ce jour est estimée entre 10.000 et 15.000 unités par mois. Nous vendons notre produit aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels, via notre site Internet. Le tarif de base est de 80 DH TTC ; une remise est ensuite appliquée en fonction du volume. La livraison est quant à elle assurée dans tout le royaume grâce au support de Amana Colis. Nous sommes en contact avec des magasins situés à Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech pour assurer de la vente directe aux particuliers. Pour ce qui est de l’export, nous avons été sollicités pour honorer des commandes hors du Maroc. Des discussions sont en cours.

 
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