Interview

Abdelhamid Addou, PDG de Royal Air Maroc : « Le plan d’accompagnement, en phase de finalisation avec l’Etat, intègre plusieurs aspects »

Appui financier conditionné de 6 milliards de dirhams de l’Etat au profit de RAM, concurrence, prix des billets pratiqués pour les vols spéciaux, plainte des compagnies aériennes,…. Abdelhamid Addou répond aux questions du moment.


Challenge: comme l’a recommandé l’IATA ( L’Association internationale du transport aérien ) , à l’instar des autres compagnies aériennes qui ont bénéficié du soutien du gouvernement pour se relancer, Royal Air Maroc (RAM) va bientôt recevoir un accompagnement spécifique de 6 milliards de dirhams de l’État. Comment la compagnie aérienne nationale pourrait-elle se servir de cet appui financier pour se relancer ?  

Abdelhamid Addou: En effet, plusieurs États, actionnaires ou pas, ont apporté un appui clair à leur compagnie aérienne nationale, afin de préserver cet outil économique, acteur majeur de tout développement économique. Il s’agit aussi d’un outil de souveraineté indispensable, surtout en temps de crise sanitaire, géopolitique… d’ailleurs, certains Etats et non des moindres, ont décidé de nationaliser leur Airline ( compagnie aérienne NDLR) , à l’issue de cette crise sanitaire, ce qui est en totale contradiction avec ce que recommandaient certains « experts », ne disposant finalement pas du recul suffisant.

Pour en revenir à RAM, l’Etat actionnaire a décidé de nous accompagner, cette crise inédite ayant mis en difficulté nos équilibres financiers de manière importante, en passant d’un chiffre d’affaires mensuel récurent à zéro activité. Il s’agit de rappeler au passage que nos performances avant COVID étaient très bonnes, avec une croissance enregistrée de près de 15% par rapport à la même période un an auparavant (novembre-février). Tous les indicateurs étaient au vert, notre adhésion à OneWorld effective. Nous n’étions donc pas en difficulté bien au contraire, et cela depuis 5 bonnes années de résultats positifs et en croissance. Et là aussi, point besoin d’ «expertise», nos performances parlent d’elles-mêmes.

Le plan d’accompagnement, en phase de finalisation avec l’Etat, intègre plusieurs aspects, notamment de la dette garantie par l’Etat (CCG) en contrepartie d’une restructuration profonde au vu de la baisse inévitable de la demande et de l’activité, pendant les 3 à 4 prochaines années. Nous ne pourrons pas maintenir les mêmes niveaux de CAPEX ( dépenses d’investissement, NDLR) et d’OPEX ( dépenses d’exploitation , NDLR) pendant 3 ans, avec une activité amputée d’au moins 30%. Nous sommes dans la même logique évidente que la plupart des compagnies aériennes mondiales.

Challenge : sans cet appui de l’Etat, RAM pouvait-elle entrevoir l’avenir avec optimisme ?

Cette dette, tout en alourdissant notre endettement, nous permettra néanmoins de régler le passif et de sécuriser nos engagements sur les prochains mois, et donc de relancer la machine RAM. C’est indispensable.

Challenge : RAM qui a toujours soutenu le tourisme national pourrait-elle continuer à en faire autant, sachant qu’elle va diminuer sa flotte et son personnel ?

RAM demeurera l’un des transporteurs principaux de touristes. Ce secteur va de facto subir une grande contraction de la demande mondiale. Mais nous serons mobilisés aux côtés du ministère de tutelle et des opérateurs. Nous sommes toujours disposés à offrir un outil dédié et sur mesure, afin d’effectuer les routes nécessaires à la relance touristique.

Challenge : la relance ne sera pas aisée pour les compagnies aériennes, quand on sait que la concurrence sera davantage rude. Comment RAM entend gérer tout cela ?

Nous partons malheureusement avec un peu de retard, les compagnies concurrentes ayant affûté leurs armes, les marchés internationaux ayant ouvert leurs frontières. Nous devrons faire preuve de plus d’agilité et de créativité, afin de reprendre de la part de marché très vite et à moindre coût. La digitalisation entamée depuis 2016, devra s’accélérer fortement, avec une refonte complète de nos modes de commercialisation et de gestion.

Challenge : beaucoup de choses ont été dites sur les prix des billets pratiqués par RAM pour les vols spéciaux. Qu’en pensez-vous ?

Cette polémique n’aurait jamais dû exister, les prix ayant été plafonnés. Certains se sont amusés à publier des captures d’écran présentant une offre de prix émanant du site RAM, comme étant celle d’un seul passager alors qu’il s’agit en fait de plusieurs voyageurs sous le même dossier de réservation, ou encore d’offres tarifaires en business présentées comme si c’étaient des sièges en économique. Tout cela est vérifiable sur le site. Pour couper court à ces manipulations, nous avons figé les prix lors de cette opération spéciale. Un tarif unique par destination, jusqu’à la fin de l’opération spéciale et de l’état d’urgence sanitaire.

Challenge : les compagnies étrangères se plaignent de l’opération exceptionnelle d’ouverture des frontières marocaines, parce que le transport des voyageurs concernés a été confié exclusivement à RAM et Air Arabia. Qu’en pensez-vous ?

A mon sens, il ne s’agit nullement d’une ouverture des frontières, mais d’une opération spéciale de rapatriement. Elle se déroule d’ailleurs avec succès, les marocains bloqués (ou résidant) dans le monde ayant réagi en masse pour organiser leur retour chez eux. Même les conditions jugées contraignantes au départ, telles que l’obligation de se faire tester sur un délai court, ont été gérées efficacement par chaque passager. Grâce à ces tests, il n’y a plus d’obligation de confinement, tous nos concitoyens pourront rentrer chez eux directement après leur arrivée. Nous sommes satisfaits du déroulement de cette opération, grâce à la discipline de nos concitoyens et à la mobilisation de l’ensemble des équipes, aux aéroports, aux postes frontières, dans les avions, au sol….

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