Interview

Abdelmoumen Guennouni : «La campagne actuelle est complètement compromise en ce qui concerne les cultures bour»

Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs marocains attendent des pluies qui tardent ou viennent trop peu. Abdelmoumen Guennouni, Ingénieur agronome, dresse dans cette interview l’état des lieux de l’actuelle campagne sous l’angle pluviométrique. 

Challenge : Comment entrevoyez-vous la présente campagne agricole 2021-2022 suite à la rareté de la pluie ?

Abdelmoumen Guennouni: La campagne actuelle est complètement compromise en ce qui concerne les cultures bour (ou pluviales c’est-à-dire non irriguées), puisque depuis près de deux mois, il n’y a pas eu de précipitations dans presque tout le pays et que la sécheresse s’est installée dans toutes les régions du Royaume. Cette sécheresse a été accentuée par l’épuisement de toutes les sources d’eau de surface (barrages, lacs, cours d’eau), ainsi que des nappes phréatiques (nombreux puits à sec dans plusieurs zones de production).

Les cultures affectées sont les céréales, les légumineuses, les cultures fourragères ainsi que les parcours. Les pâturages pour les animaux sont quasi inexistants depuis presque le début de la campagne, puisque les herbes n’ont pas eu le temps de se développer. Ce qui fait que les animaux d’élevage ne vivent que grâce aux aliments de bétail achetés sur le marché qui ont connu une forte flambée des prix les rendant inabordables pour la majorité des éleveurs. Faute d’alimentation les troupeaux sont en train d’être décimés, d’autant que les éleveurs ne peuvent même pas vendre leurs animaux faute d’acheteurs.

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C’est pour vous dire que la situation reste compliquée. En effet, nous sommes en train de vivre un scénario similaire à celui des années 1980. Les céréaliculteurs, par exemple, s’y préparent déjà : ils s’attendent encore à une mauvaise récolte, tout comme l’avant dernière saison agricole (2019). Hormis la précédente campagne agricole, nous affirmons que le Maroc revit les scénarios de sécheresse de ces dernières décennies.

Challenge : Peut-on s’attendre à une bonne saison comme l’année dernière ?

Absolument pas ! Nous sommes à peu près à la moitié du cycle céréalier et tout est déjà perdu. Il faut rappeler que l’année dernière était juste moyenne pour la plupart des producteurs et qu’elle a fait suite à deux années successives de sécheresse. Par ailleurs, et même en cas de survenue de pluies dans les jours (la météo n’en prévoit pas) ou les semaines qui viennent, elle ne trouvera plus rien à sauver.

Challenge : Que peut-on espérer dans le meilleur des scénarios pour cette campagne agricole 2021-2022 ?

Dans l’état actuel des cultures bour d’automne et de l’élevage, on ne peut plus rien espérer pour la campagne actuelle. D’autant plus que les cultures de printemps non irriguées ont été abandonnées par les agriculteurs depuis longtemps, en raison de l’insuffisance ou l’absence de précipitations au cours de cette saison, absence accentuée par le réchauffement climatique dont notre pays est l’un de ceux qui en souffrent le plus à l’échelle mondiale.

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Reste à espérer, que les autorités prennent les mesures nécessaires pour aider le milieu rural dans cette catastrophe qui devient récurrente. Cependant, les paysans sont sceptiques devant le silence officiel et sachant, en se basant sur les expériences malheureuses des sécheresses précédentes, que nos autorités se limitent habituellement à des effets d’annonce et à appliquer des emplâtres sur des jambes de bois.

 
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