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Africa made in FIFA

De Skhirat 2017 à la Maâmora de Rabat en cet hiver 2020, le Président de la FIFA, signor Infantino, n’a pas pris une ride, ni un cheveu, sur son magnifique crâne lustré, mais il a pris de la bouteille. Il est devenu plus confiant, plus sûr de lui, au point d’asséner à la salle des Congrès du Complexe de la Maâmora, des vérités désagréables, dérangeantes qui sont de nature à blesser. Mais, blesser, n’est-ce pas l’un des buts de la vérité ? Ne dit-on pas d’ailleurs qu’il n’y a que la vérité qui blesse ?


Ce qu’a développé, samedi dernier, Gianni Infantino, sur sa vision du football africain, ne diffère pas d’un iota de ce qu’il avait déjà dit, 3 ans auparavant à Skhirat lors du symposium organisé par la CAF et la FRMF.

Au cours de cette rencontre qualifiée, à l’époque, de «plus grand regroupement de l’Histoire », la nouvelle carte du football mondial se dessinait à peine. Surgi du chaos qui avait dévasté la FIFA en 2015 avec le départ de Blatter, départ dit volontaire mais ayant des allures de départ contraint et forcé, sur fond d’enquête du F.B.I et de soupçons de corruption, Gianni Infantino, s’était présenté comme le «sauveur de la situation ». Secrétaire général de l’UEFA, dont Platini était président, il s’autoproclama candidat à la tête de la FIFA, juste pour «tenir la maison », le temps que tous les big boss du foot, dont Michel Platini se soient débarrassés des casseroles qui leur collaient aux semelles. 

Cinq ans plus tard, en cette année 2020, les casseroles sont plus bruyantes que jamais, car certains même savent les faire résonner au bon moment. C’est Infantino, devenu plus légitime que jamais – en 2019 à Paris, il a été triomphalement réélu à la tête de la FIFA – qui est venu s’adresser à l’Afrique.

L’Afrique, continent fascinant, et dont en 2017 à Skhirat, Infantino en avait dit : « Je vois le foot africain comme le foot du futur, on le dit et on le répète, mais ce futur ne semble jamais vouloir venir ».

En 2020, samedi dernier à la Maâmora, Infantino a dit pratiquement la même chose. Seulement cette fois, il n’a pas pris de gants, il a assené des gifles en soulignant les maux qui gangrènent le football africain. Arbitrage, gouvernance, infrastructure.

On peut difficilement contredire le patron de la FIFA dans son constat, surtout que partout sur le continent des voix dénoncent, chaque jour que Dieu fait, et apportent de l’eau au moulin des accusations. Surtout aussi, qu’Infantino parle plus que jamais en connaissance de cause ; désormais il a toutes les cartes en mains, et pas que, il dispose aussi d’informations précises et détaillées sur la gestion de la CAF (Confédération Africaine de Football), CAF dont la quasi-totalité des dirigeants étaient présents à la Maâmora et ont encaissé le discours d’Infantino sans rien oser dire.

Et pour cause… Durant six mois, la Sénégalaise Fatouma Samoura, Secrétaire général de la FIFA, s’était posée, avec armes et bagages, dans le cœur même du foot africain, au siège de la CAF au Caire. Mandatée par Infantino, lui-même, rien ne se décidait ou ne se signait sans elle. Surnommée la Dame de Fer, dénoncée et contestée par quelques rares opposants, elle a eu le temps de tout revoir, tout contrôler, et tout présenter à son patron qui, samedi, a pu s’en donner à cœur joie. 

Cependant, soyons justes et clairs, ce qui s’est passé samedi à la Maâmora du magnifique Centre Mohammed VI, est plutôt salutaire pour notre continent. 

D’abord, il n’est jamais inutile de s’entendre dire ses vérités. Ensuite, quand l’accusateur est celui-là même qui a tout en mains, et vous propose de réfléchir ensemble, à des recours et à des solutions et bien, il faut l’écouter. Saisir l’occasion comme l’a très bien fait Lekjaâ, Président de la FRMF, qui a bien senti que le Maroc avait une belle carte à jouer.

L’Histoire d’ailleurs nous y oblige… Depuis 1960, le Maroc, aura toujours été à l’avant-garde des batailles du foot africain.

On n’en rappellera pas, ici, toutes les étapes. Elles ne sont que trop connues.

Aujourd’hui que les cartes ont été redistribuées, que la CAF n’est plus en mesure, comme du temps de Hayatou, de tenir tête aux puissances du foot mondial que sont l’Europe, l’Asie et leurs moyens gigantesques, il faut que l’Afrique reconnaisse ses faiblesses structurelles, tout en se glorifiant de son potentiel, ses talents, et sa jeunesse.

Ses atouts indéniables balayés hélas par les guerres, la famine, les rigueurs du climat, doivent être protégés pour livrer toutes leurs ressources.

Or, il faut avoir le courage de reconnaître que sans appui extérieur, le foot africain ne s’en sortira pas. Infantino est venu le dire. Son message doit être compris et exploité au mieux.

C’est bien que les sages du foot africain, derrière Ahmad Ahmad, et Fouzi Lekjaâ, aient saisi la perche comme il se doit.

Le 2 février à Rabat, il est fort possible, que le foot africain du futur, ait enfin pris son départ. On s’en félicite loin de toute arrière-pensée, ou démagogie paternaliste.

 
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