Interview

Ahmed Afilal El Alami Idrissi, président de l’USEP : « La plupart des commerçants ignorent l’existence de la Loi de finances »

A la tête de l’Union générale des entreprises et des professionnels (USEP), l’une des trois organisations professionnelles ayant négocié avec le gouvernement, Ahmed Afilal El Alami Idrissi revient sur ce qui dérange les commerçants.


Challenge : Vous avez rencontré la DGI et la Douane. Qu’est-ce qui dérange les commerçants quand on sait que l’ICE ne concerne pas cette communauté et que la facturation électronique qui remonte à la Loi de finances 2018 ne sera pas appliquée tout de suite ?

Ahmed Afilal El Alami Idrissi : Certes, cela remonte à 2018. Mais, nous n’avons pas été concertés pour que nous puissions sensibiliser les commerçants. Rares sont ceux parmi ces derniers qui savaient l’existence de cette disposition. Il faut dire que la plupart des commerçants, à l’instar de beaucoup de Marocains, ignorent l’existence de la Loi de finances. De plus, non seulement le gouvernement n’a pas  communiqué dessus, mais il ne s’est pas assis avec les organisations professionnelles les plus représentatives de la profession. Mais, à partir du 1er janvier dernier, quand les commerçants ont voulu acheter leurs marchandises auprès des grossistes, ces derniers leur ont exigé l’ICE pour pouvoir leur établir des factures. C’est là que les problèmes ont commencé. De fil en aiguille, les commerçants se sont rendu compte également que la facture électronique était dans le pipe du gouvernement depuis l’élaboration de la Loi de finances 2018.

En dépit de l’accord que vous avez signé, certains commerçants ne sont toujours pas satisfaits des décisions…

La mesure concernant la facturation électronique sera très difficile à mettre en œuvre, d’autant que la pratique de factures probantes dans le commerce est très rare. De plus, l’essentiel des transactions sont payées en liquide. Ce qui rend difficile leur traçabilité. Devant cette difficulté de mise en œuvre, cette disposition doit être tout simplement annulée. Ce que les commerçants exigent. C’est une question que nous examinerons avec le ministère des Finances et celui du Commerce, lors des Assises du commerce en avril prochain, puis les Assises de la fiscalité en mai.

Beaucoup de points sont en suspens. Lequel vous semble-t-il plus important présentement ?

Je dirai la question de la cotisation minimale qui est passée de 0,5% à 0,75%. Nous demandons qu’elle revienne à 0,5%. Beaucoup de commerçants seront impactés négativement par cette mesure qui est entrée en vigueur cette année. En effet, ceux-là ont des chiffres d’affaires énormes mais ils n’ont pas de gain. Nous gardons espoir, puisque le gouvernement nous a promis de revoir cette disposition.

Quelles sont vos propositions pour lutter contre la contrebande et l’informel ?

Il ne faut pas s’acharner sur les petits commerçants. Nous savons d’où provient la contrebande et qui la fait rentrer. Les commerçants de ce type de marchandises l’ont achetées sur le marché national. Comme le dit un proverbe marocain : si le minaret de la mosquée est tombé, est ce qu’on devrait systématiquement accuser le muezzin ? ». Nous sommes contre la contrebande. Quant à l’informel, il faut un accompagnement. D’ailleurs, beaucoup d’acteurs du secteur souhaiteraient passer vers le secteur formel.

Que pèsent les commerçants ?

Les grèves ont montré combien pèsent les commerçants. Au-delà, je tiens à souligner que les commerçants jouent aussi  le rôle de banques et de sociétés de crédit à la consommation. Parfois, les clients prennent des crédits d’un à trois mois. Ils sont tout simplement des régulateurs sociaux.

Challengenews
Le meilleur de la rédaction sélectionné par Challenge :
 

Article précédent

Indice de perception de la corruption : le Maroc poursuit ses avancées

Article suivant

Challenge #682