Interview

Ahmed Noureddine : «L’offensive de Guerguarat représente un tournant diplomatique de taille dans ce long combat que mène le Maroc»

L’intervention salutaire et couronnée de succès menée par les Forces Armées Royales (FAR) le 13 novembre dernier au niveau du passage frontalier  Guerguarat, a permis de mettre fin au blocage causé par les milices du « polisario » et de rétablir la circulation civile et commerciale au niveau de cet axe routier reliant le Maroc et la Mauritanie. Plusieurs pays ont soutenu cette intervention pacifique. Ahmed Noureddine, politologue expert de la question du Sahara marocain, nous explique pourquoi.


Challenge : Pourquoi l’opération militaire menée par les FAR à Guerguarat est plus considérée comme une victoire diplomatique, qu’une victoire militaire ?

Ahmed Noureddine : L’accent a été mis sur l’aspect diplomatique de cette victoire, car Guerguarat est devenu un symbole de l’isolement de la diplomatie du régime militaire algérien dans la question du Sahara marocain. Au niveau des Nations unies, par exemple, le Secrétaire général, António Guterres, a clairement expliqué que l’intervention du Maroc est survenue suite à l’échec de tous les efforts de l’ONU pour amener les autres parties à la raison et cesser ainsi de couper la route internationale reliant le Maroc et la Mauritanie. Faudrait-il le rappeler, cette coupure de route s’inscrit dans le cadre des actes criminels et elle est considérée comme une nouvelle violation de l’accord de cessez-le-feu signé en 1991, s’ajoutant aux 52 violations commises par le front séparatiste dans la zone tampon, selon le rapport du Secrétaire général publié le 23 septembre 2020. Cette déclaration d’António Guterres illustre à elle seule la victoire diplomatique du Maroc sur la scène internationale.

Rappelons que l’Algérie est le seul pays au monde à avoir pris position contre le Maroc en publiant un communiqué officiel condamnant la libération de la route internationale et le rétablissement de l’ordre dans cette zone qui fait partie du territoire marocain. Ce qui signifie que tous les pays du monde soutiennent la mesure prise par le Maroc, qu’il s’agisse des pays arabes, africains ou latino-américains qui l’ont exprimé officiellement, ou des pays qui l’ont fait de manière implicite du moment qu’ils n’ont pas condamné l’opération de Guerguerat. Il faut souligner que même les pays « amis » de l’Algérie, y compris ceux qui reconnaissent l’entité polichinelle de Tindouf « rasd », n’ont pas exprimé leur condamnation à l’encontre du Maroc. Il s’agit là d’un tournant diplomatique de taille dans ce long combat que mène le Royaume pour préserver son intégrité territoriale et qui dure depuis plus d’un demi-siècle.

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Challenge : Le Maroc a-t-il, aujourd’hui, définitivement sécurisé la zone ?

Ahmed Noureddine : Sans équivoque. Et cela a été confirmé par le communiqué du cabinet royal relayant l’entretien téléphonique entre S.M. le Roi et le secrétaire général de l’ONU. Donc, cette opération « Guerguerat » menée par les Forces Armées Royales est une réussite et elle démontre leur professionnalisme digne des armées des grandes puissances. D’abord parce que les FAR ont gagné la bataille du renseignement car l’ennemi est resté « aveugle » et a été pris par surprise la matinée du 13 novembre, et sur le plan opérationnel c’était un franc succès pour le génie militaire qui a pu, en quelques heures seulement, construire une nouvelle ligne de défense qui s’étend sur 10 km et qui sécurise définitivement le désormais fameux passage de Guergarat.  

Challenge : Peut-on s’attendre à une guerre entre les deux parties dans les prochains jours ?

Ahmed Noureddine : Face à une dictature militaire qui adopte l’hostilité envers le Maroc en tant que doctrine d’État, il faut s’attendre au pire et se préparer à tous les scénarios. Le régime algérien mène depuis plus d’un demi-siècle une guerre globale contre le Maroc sur tous les fronts : militaire, diplomatique, médiatique, économique et au sein des organisations internationales et continentales. N’oublions pas que l’Algérie accueille sur son sol les bases du front séparatiste du « polisario » et forme ses milices dans les académies militaires algériennes. L’Algérie équipe également les séparatistes de chars et de lance-roquettes que certains pays africains n’ont pas les moyens d’acquérir. Faut-il aussi rappeler que l’armée algérienne a mené des batailles contre le Maroc, à Amgala en 1976 par exemple, où les Forces Armées Royales ont capturé plus de 100 officiers et soldats algériens.

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Sur le front médiatique, l’Algérie fait circuler des informations hostiles contre le Maroc dans ses chaînes de télévision, ses radios et dans ses journaux, plus qu’elle n’en publie sur les sujets qui préoccupent l’opinion algérienne, et ce tout au long de l’année. Quant à la diplomatie algérienne, elle s’est totalement et exclusivement consacrée à agir contre l’intégrité territoriale du Royaume. Mais à l’heure actuelle, les conditions internes liées au vide constitutionnel dans la présidence algérienne lié à l’absence du président Abdelmajid Tebboune, et les tensions internes et de la crise économique suffocante qui a atteint des niveaux sans précédent, je parle par exemple de l’effondrement de la valeur de la monnaie algérienne et de l’imposition de restrictions aux citoyens qui ne peuvent plus retirer la totalité de leurs salaires mensuels d’un seul coup auprès des banques, et cela témoigne du manque de liquidités conjugué à l’effondrement des réserves en devises, on est presque face à des signes de banqueroute de l’État algérien ; compte tenu de toutes ces circonstances et vu l’instabilité dans le voisinage géopolitique que ce soit au niveau des pays de l’Afrique du Nord ou du Sahel, on peut dire que si la guerre devrait survenir, ce ne sera pas avant douze mois, même si la prudence est de mise face à un tel régime imprévisible.

 
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