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Ahmed Ouayach, président de la Comader : « La filière laitière est au bord du sinistre »

Le mouvement de boycott a eu un important impact sur la filière du lait. Les agriculteurs sont aujourd’hui dans une situation de désespoir total, et ne savent plus à quel saint se vouer. Ahmed Ouayach, président de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (Comader), décrypte la situation.


Challenge : Lors de sa dernière Assemblée générale, la Comader a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences du boycott de la filière du lait. Avez-vous des données précises aujourd’hui pour nous évaluer le niveau des dégâts engendrés par ce mouvement de boycott sur cette filière ?   

Ahmed Ouayach : Nous ne pouvons pas estimer exactement les dégâts engendrés à l’heure actuelle. En tant que Comader, nous avons plus un rôle de soutien à la filière, et peut-être dans une deuxième phase, nous pourrons jouer d’autres rôles. Mais, ce que nous constatons, c’est que le lait n’est pas totalement collecté par la société qui le fait d’habitude. Cela engendre donc des pertes chez les éleveurs, qui sont obligés de vendre leur lait à d’autres collecteurs ou colporteurs et dans des conditions qui laissent à désirer, et en plus à bas prix. Ces éleveurs ont aujourd’hui un problème de trésorerie et se trouvent dans une situation désespérante. Nous essayons, nous en tant que Comader d’appeler les composantes de la filière à se concerter et ne pas commencer à se tirer dans les pieds, car ce n’est dans l’intérêt de personne.

Challenge : Pour vous qui êtes sur le terrain, quelle issue peut-on envisager à cette situation ?

La solution idéale serait que le lait soit collecté totalement. C’est vrai qu’au début, la société concernée par le boycott (ndlr : Centrale Danone) a essayé de faire des efforts, mais à un moment donné, elle n’en pouvait plus, car ses pertes étaient devenues trop importantes. Etant donné que c’est un partenariat d’agrégation qui lie la société à ces agriculteurs, elle donnait donc des crédits, finançait les acquisitions des bacs à lait, l’achat des vaches, et souvent le fourrage, et aujourd’hui tout cela semble au point mort. L’entreprise en question fait ce qu’elle peut aujourd’hui. Face à cette situation, notre rôle à la Comader est de sensibiliser tout le monde, y compris les autorités. Soulignons aussi que cette filière est un gisement d’emplois, et ce sont surtout les femmes et les petites filles qui y travaillent. Si cette situation perdure, c’est tout l’équilibre de l’exploitation qui est menacé. Aussi, les éleveurs seront-ils dans l’obligation de se séparer de leurs vaches parce qu’ils ne pourront plus acheter des aliments de bétail pour les nourrir, ni les vacciner.

Challenge : Quel appel avez-vous à lancer aux autorités au vu de la gravité de la situation ?

Il est important de souligner que la filière laitière est au bord du sinistre. Mon appel s’adresse donc à tout le monde, y compris le gouvernement qui peut réunir les opérateurs de la filière pour trouver une solution. Il doit y en avoir. Et ce sont les professionnels du lait qui ont à proposer une alternative, en concertation avec les pouvoirs publics, pour ne serait-ce que venir d’abord en aide à cette population sinistrée. Nous sommes devant une équation à plusieurs inconnues et donc il faut trouver la bonne solution.

Son parcours

Ahmed Ouayach est le président de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement rural. Homme très engagé et très discret, il a aussi créé plusieurs associations et coopératives. Il est né en 1952, et est un lauréat de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II et de l’Institut National Agronomique Paris-Grignon

Son actu

La Comader a récemment tenu son Assemblée générale ordinaire. En marge de cette assemblée, la Confédération a examiné l’impact sur les agriculteurs producteurs de lait du boycott des produits de certains groupes.

 
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