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Algérie-Maroc : le faible, le fort et l’histoire [Par Adil Mesbahi]

Le 31 juillet, à l’occasion de la fête du Trône au Royaume, et signe de grand intérêt, S.M. le Roi Mohammed VI consacre l’essentiel de son discours à l’Algérie.


Main tendue marocaine

Tendant à nouveau la main au Président Tebboune et l’invitant à un renforcement des liens entre les deux pays frères. Une main franche accompagnée d’un discours aussi franc à l’adresse  du Président et du peuple algérien. Deux passages en témoignent particulièrement : « Ce qui vous affecte nous touche et ce qui vous atteint nous accable. Aussi, nous considérons que la sécurité et la stabilité de l’Algérie, et la quiétude de son peuple sont organiquement liées à la sécurité et à la stabilité du Maroc ». « Je rassure nos frères en Algérie : vous n’aurez jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc qui n’est nullement un danger ou une menace pour vous ». Main tendue et discours franc affirmant la posture de rassembleur du Roi du Maroc. Cette volonté réaffirmée trouvera-t-elle un écho positif en Algérie ?

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Réponse algérienne

Le 18 août, en guise de réponse à l’élan fraternel marocain, à l’issue d’une réunion extraordinaire de son haut conseil de sécurité, la présidence algérienne a préparé unilatéralement le terrain d’une nouvelle ère de relations avec le Royaume. Et au discours royal chaleureux et bienveillant, la présidence algérienne a répondu avec un communiqué froid et accusateur : « Les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières Ouest ».

Non seulement la présidence algérienne manque de courtoisie en ne répondant pas à deux reprises à la main royale tendue, mais elle surprend le monde entier en condamnant le Maroc d’être impliqué dans les incendies meurtriers qui ont ravagé la Kabylie.

Mise au point marocaine

Le 20 août, dans son discours Royal à l’occasion de la Révolution du Roi et du peuple, SM Mohammed VI a dénoncé des « attaques méthodiques dont le Maroc a été dernièrement la cible de la part de certains pays » et a appelé à « fonder des relations solides, constructives et équilibrées, notamment avec les pays voisins ».

Cette mise au point royale n’est pas seulement à l’adresse du voisin algérien, elle l’est également à celle des partenaires européens, qui « craignent pour leurs intérêts économiques, leurs marchés et leurs sphères d’influence dans la région maghrébine ».

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Rupture diplomatique

Sans surprise, le 24 août, le ministre des Affaires étrangères algérien a annoncé la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Affirmant que « Les dirigeants du Maroc portent la responsabilité des crises successives qui nous ont fait entrer dans un tunnel sans issue » et concluant « qu’il a été prouvé que le Royaume n’a pas cessé un jour ses œuvres inamicales, basses et hostiles contre l’Algérie depuis l’indépendance ».

Consonance, dissonance et résonance

Au Maroc, du Monarque au peuple l’accord est parfait. Et si l’invitation adressée à l’Algérie est renouvelée, c’est que le cœur et la raison se sont tour à tour exprimés. Un appel à l’unisson, fraternel et bienveillant. A l’habituelle consonance entre le Roi Mohammed VI et son peuple au Royaume, la dissonance algérienne ne surprend personne ; entre silence officiel et vacarme médiatique, suivis de condamnations sans fondements.

Somme toute, apprécier le rapport de forces et mesurer la résonance médiatique du moment, c’est passer à côté de l’essentiel ; le caractère historique de l’élan souverain. Car avec le temps, toutes les réactions seront oubliées, seule la portée du geste royal restera gravée.

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Le faible, le fort et l’histoire

A défaut d’aplanir les relations entre les deux pays voisins, cette séquence a été riche d’enseignements. D’abord, le faible n’est pas celui qui tend la main à deux reprises, le faible est celui qui la refuse. Ensuite, le fort n’est pas celui qui feint l’être en refusant une main tendue, le fort est celui qui a l’assurance de tendre sa main au vu et au su du monde entier. Et lorsqu’il s’agit d’une main étatique tendue, le fort l’est doublement, car privilégiant le temps long, il est au rendez-vous de l’histoire. Comme le faible l’est doublement, car prisonnier du temps court, il manque un rendez-vous historique.

Le fait est, ces dernières années, de la décennie noire jusqu’au Hirak qui n’en finit plus, l’Algérie cherche à être « en paix ». D’abord avec elle-même, pour pouvoir l’être avec son voisin. Et lorsque le pessimiste vous prédit le pire, l’optimiste vous invitera invariablement à croire en l’avenir. D’ici là, une seule chose est à retenir ; Historique, la main royale tendue à l’Algérie entretient haut et fort un espoir, le même qu’entretiennent les deux peuples frères. L’espoir d’un bon voisinage entre deux nations, pour le bien-vivre de leurs populations.

Adil Mesbahi est géopolitologue, agnotologue, expert cyber et en intelligence économique et stratégique, spécialiste des nouvelles menaces étatiques.

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