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Après les propos de Macron sur « le système politico-militaire algérien », l’Algérie rappelle son ambassadeur à Paris

Lors d’un échange, jeudi 30 septembre, avec des jeunes sur la guerre d’Algérie, le Président français Emmanuel Macron avait estimé que le pays s’était construit, depuis son indépendance, sur « une rente mémorielle », entretenue par « le système politico-militaire ». Hier, samedi 2 octobre, l’Algérie a décidé de rappeler « pour consultations » son ambassadeur à Paris, Mohamed Antar-Daoud, a annoncé la télévision publique en citant un communiqué officiel de la présidence algérienne et en précisant qu’un autre communiqué explicatif suivrait.

Crise diplomatique en vue entre Paris et Alger. L’Algérie a justifié, samedi 2 octobre, le rappel de son ambassadeur à Paris par son « rejet de toute ingérence dans ses affaires intérieures », précisant avoir pris sa décision à la suite de « déclarations attribuées » au président français, Emmanuel Macron. 

« A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribués nommément au président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos », a réagi la présidence algérienne, évoquant une « situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables ».

Dans son communiqué, la présidence algérienne affirme avoir décidé « le rappel immédiat pour consultation » de son ambassadeur à Paris Mohamed Antar-Daoud. 

Avant même qu’Alger diffuse un deuxième communiqué expliquant sa courte annonce initiale via la télévision publique, les médias algériens reprenaient largement un article du journal français Le Monde dans lequel Emmanuel Macron, recevant une vingtaine de jeunes dont les parents ou grands-parents étaient des anciens combattants de la guerre d’Algérie (1954-1962), des harkis (paramilitaires au service de la France) ou des rapatriés, estime qu’après son indépendance en 1962, l’Algérie s’est construite sur « une rente mémorielle », entretenue par « le système politico-militaire ». 

En réponse à une jeune fille qui a grandi à Alger, le président français a confié ne pas penser qu’il y ait une « haine » contre la France « de la société algérienne dans ses profondeurs mais du système politico-militaire qui s’est construit sur cette rente mémorielle ».

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Selon Emmanuel Macron, « on voit que le système algérien est fatigué, le Hirak (le mouvement pro-démocratie, à l’origine de la démission en 2019 du président Abdelaziz Bouteflika) l’a fragilisé ».

Dans son échange avec les jeunes, le président français assure avoir « un bon dialogue avec le président Tebboune », ajoutant toutefois : « je vois qu’il est pris dans un système qui est très dur ».

Selon les médias algériens, un autre passage des déclarations d’Emmanuel Macron a provoqué l’ire des autorités. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question », s’est interrogé le président français, en rappelant qu’il y a eu « de précédentes colonisations ». 

Sur un ton ironique, il s’est ainsi dit « fasciné de voir la capacité qu’a la Turquie à faire totalement oublier le rôle qu’elle a joué en Algérie et la domination qu’elle a exercée », en allusion à l’Empire ottoman. « Et d’expliquer qu’on est (les Français, NDLR) les seuls colonisateurs, c’est génial ». 

Hormis le Maroc où il n’a pas réussi à s’imposer durablement, l’Empire ottoman a dominé du 16e au 18e siècle l’Afrique du Nord qu’il avait organisée en trois provinces : Alger, Tunis et Tripoli.

Pour rappel, c’est la seconde fois qu’Alger convoque son ambassadeur à Paris depuis mai 2020, lorsque celui de l’époque, Salah Lebdioui, avait fait l’objet d’un rappel « immédiat » après la diffusion d’un documentaire sur le mouvement de contestation prodémocratie Hirak, diffusé sur France 5 et la chaîne parlementaire.

(Avec AFP)

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