Dossier

Au cœur du business avec la Chine

 


Le milieu des affaires et la diplomatie marocaine sont unanimes : l’heure est à la diversification des partenariats. Après l’importante mission économique en Russie, le Maroc se tourne vers la Chine. Une centaine d’opérateurs économiques, des ministres et des hauts commis de l’Etat, ont fait le déplacement à Pékin pour participer ce vendredi 28 novembre 2014 à Pékin au premier forum économique Maroc-Chine et séduire les investisseurs de l’Empire du Milieu. Mais la tâche n’est pas du tout facile : la Chine exporte au Maroc un peu plus de six fois ce qu’elle importe du Royaume. Une relation déséquilibrée, mais elle est un peu la même à travers le monde. Mais, face à une concurrence de cette taille, que faut-il faire ? Dossier réalisé par Adama sylla

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) conduite par Meriem Bensalah Chaqroun, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Salaheddine Mezouar et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) avec à sa tête Othman Benjelloun, tiennent conjointement ce vendredi 28 novembre 2014 à Pékin le premier forum économique Maroc-Chine. Une centaine d’opérateurs économiques, des ministres et des hauts commis de l’Etat, ont fait le déplacement. Cette rencontre sera l’occasion pour le Royaume d’avancer ses arguments pour drainer plus d’investissements chinois. Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du commerce, Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa bank, Driss Benhima, PDG de RAM, Mostafa Bakkoury, Président du directoire de l’Agence marocaine de l’énergie solaire (MASEN), Amina Benkhadra, DG de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Hamid Ben Elafdil, DG de l’AMDI, Said Ibrahimi, DG de Moroccan Financial Board, Fouad Brini, Président du Conseil de Surveillance TMSA, Imad Barrakad, Président du directoire de la SMIT, Mohamed Amine El Guerrouj, DG de l’Agence pour le développement agricole et Mohamed Fikkrat, PDG de Cosumar, prennent part, entre autres, aux travaux de cette rencontre.  Cette belle brochette de personnalités interviendra à tour de rôle pour vendre le Maroc. Mais la tâche n’est guère facile : la Chine exporte au Maroc un peu plus de six fois ce qu’elle importe du Royaume. En effet, le Maroc est le dixième partenaire commercial africain de la Chine, tandis que l’Empire du milieu est son quatrième partenaire commercial. En 2013, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a atteint le niveau record de 3,69 milliards de dollars, soit une augmentation de 4,8 % par rapport à l’exercice précédent. Mais la balance penche très lourdement en faveur de Pékin. La Chine a exporté pour 3,13 milliards de dollars vers le Maroc, soit une croissance de 29 %, pour des importations de l’ordre de 558 millions de dollars, soit une augmentation de 17 %. Les exportations de la Chine vers le Maroc sont constituées principalement de produits du textile, d’appareils électroménagers, d’équipements industriels, du thé et d’articles d’usage courant, alors que les engrais phosphatés et les produits de la mer sont les principaux produits marocains exportés vers la Chine. C’est dire combien cette relation est déséquilibrée. Mais force est de constater qu’elle est un peu la même à travers le monde. Face à une concurrence de cette taille et de cette qualité, que faut-il faire ?
Le nouveau Plan d’accélération industrielle du Maroc 2014-2020 est à cet égard exemplaire : la compétition accrue sur les marchés internationaux avec l’arrivée de produits asiatiques, chinois en particulier, a imposé un repositionnement. Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie ne rate jamais l’occasion de le marteler : « Le plan d’accélération industrielle table sur la création de 500.000 nouveaux postes de travail. Il s’agit en fait de capter une partie des emplois qui seront perdus en Chine à cause de l’augmentation du Smig qui devrait atteindre 1.000 dollars dans quelques années. Ce qui fera perdre aux travailleurs chinois leur avantage compétitif en matière de rémunération». Sur le terrain et poursuivant sa logique jusqu’au bout, il a montré récemment la voie en allant chercher le chinois Shandong Shangang, leader mondial dans le secteur de la métallurgie, qui a signé un mémorandum d’entente portant sur son installation à Tanger Free Zone. Ce projet, qui nécessitera la mobilisation d’un montant d’investissement d’1,3 milliard de DH sera financé en partie par le Fonds d’investissement sino-africain, a précisé le ministre. Etendue sur une superficie de 14 hectares au sein de la zone franche de Tanger Automotive City, cette unité devra produire 250.000 tonnes d’acier par an et permettre de créer 228 nouveaux postes d’emploi. La production de cette unité est destinée quasi totalement à l’export, à l’exception de certains produits comme les pipelines, dont le Maroc aura besoin. Un premier projet chinois à Tanger-Med, qui peut ouvrir la voie à d’autres projets, dans la mesure où d’autres opportunités peuvent être saisies en vue de renforcer la présence de ces opérateurs au Maroc. Résultat des courses : après cet investissement, le Département de Moulay Hafid Elalamy développe une stratégie spécifique pour profiter du mouvement de délocalisation des entreprises de Chine. Selon une source proche du ministère de l’Industrie, des négociations sont actuellement en cours pour la signature d’un partenariat maroco-chinois et attirer ainsi de grosses pointures chinoises. Les investissements chinois pourraient bénéficier du concours du fonds sino-africain pour le développement et la promotion des IDE chinois au Maroc. C’est dire que le défi pour le Maroc c’est d’utiliser sa propre plateforme, notamment celle de Tanger Med, capable de permettre à ce type de pays de produire au Maroc et d’exporter vers différents pays (Europe, USA, pays arabes), mais aussi d’être une station de transition et de transformation.
Selon le Conseiller économique et commercial de l’Ambassade de Chine à Rabat,  il y a des secteurs qui connaissent une certaine surcapacité en Chine et que les Chinois gagneraient à délocaliser au Maroc. De plus, ils pourront bénéficier des nombreux accords de libre-échange que le Royaume a signé avec des marchés aussi importants que l’Europe, les Etats Unis ou la Turquie. « Je pense en particulier à la sidérurgie, à l’électronique grand public, aux voitures, à la construction de bateaux, au ciment sans oublier les infrastructures », dit-il. Encore faudrait-il, pour pouvoir se positionner, améliorer les qualifications de ses ressources humaines. Le ministère de l’Industrie est en train de réaliser la cartographie des besoins en formation par secteur (écosystème), par profil et par an. Aujourd’hui, à l’image de l’approche triangulaire prônée par la France avec le Maroc pour conquérir l’Afrique, le Royaume a une carte à jouer pour séduire la Chine.  Cela pourrait donner lieu à d’autres formes de partenariat au moment où les relations avec l’Union européenne sont parfois tendues, l’Aleca en est la preuve. En attendant, nombreuses sont les entreprises marocaines qui sont déjà au cœur du business avec la Chine ou s’y préparent (voir ci-dessous).

Ils font ou veulent faire du business avec les Chinois

Groupe OCP
la voie est balisée

Si les exportations de la Chine vers le Maroc sont constituées principalement de produits du textile, d’appareils électroménagers, d’équipements industriels, du thé et d’articles d’usage courant, les principaux produits marocains exportés vers l’Empire du Milieu sont les engrais phosphatés et les produits de la mer. Partant, Mustapha Terrab, PDG de l’OCP a déjà une proposition concrète de partenariat qu’il n’a pas hésité à décliner en juin dernier, lors de la rencontre Chine-Afrique, organisée à Rabat par le groupe BMCE Bank et son partenaire chinois, la China-Africa Joint Chamber of Commerce & Industry (CAJCCI). «En Afrique, 80 % des terres arables sont inexploitées. Les 20 % restantes ne sont pas suffisamment desservies en engrais», tenait à préciser le PDG de l’OCP. Rien que sur les terres exploitées, un potentiel de consommation de 20 millions de tonnes d’engrais a été diagnostiqué. Cela représente des besoins et des opportunités en investissements de l’ordre de 30 milliards de dollars. Pour sa part, l’OCP a lancé un investissement de 2 milliards de dollars pour deux unités de production exclusivement dédiées à l’Afrique. Ainsi, l’OCP tend la main à la Chine pour l’investissement dans les engrais en Afrique. Voilà donc l’OCP alors qui montre la voie. n

Groupe BMCE
Bank le pionnier

En tant que banque du commerce extérieur, BMCE Bank a eu, depuis son installation à Pékin en 2000, la volonté de contribuer à la diversification des sources d’échanges et d’investissements du Maroc vers la Chine. Implanté à travers un Bureau de représentation, ce dernier doit évoluer vers une activité bancaire à Shanghai. Il faut dire que le groupe d’Othman Benjelloun fut précurseur au Maroc en ouvrant ce Bureau de représentation dans la capitale chinoise et voyait clairement à cette époque que l’épicentre de l’économie mondiale glissait lentement vers l’Asie et plus particulièrement vers l’Empire du Milieu. Depuis, grâce à une implantation optimisée en une belle adresse au cœur de Pékin, le Bureau a œuvré auprès des organes de représentation des entreprises et des institutions financières chinoises, à faire connaitre davantage l’économie marocaine ainsi qu’à promouvoir les services de BMCE Bank et des autres entités du groupe, notamment ses filiales Bank of Africa au Sud du Sahara. Plusieurs visites de délégations dans les deux pays furent organisées. Une cartographie de la présence des sociétés chinoises en Afrique fut notamment réalisée. Le Bureau assure pareillement une veille des développements relatifs à la politique chinoise en termes d’investissement et d’échanges bilatéraux entre la Chine et les pays africains. Mais le Président de BMCE Bank qui n’a jamais caché ses ambitions panafricaines lorgne loin : il verrait bien son groupe opérer dans la capitale économique et financière de la Chine, Shanghai. Pour ce faire, le dossier d’implantation est entre les mains des autorités réglementaires compétentes tant au Maroc qu’en Chine. En attendant, BMCE Bank s’est alliée à la China-Africa Joint Chamber of Commerce & Industry (CAJCCI). Les deux institutions ont le 19 juin dernier, un mémorandum d’entente dans ce sens. Un partenariat qui porte sur la collaboration pour le développement des relations d’investissement et de commerce extérieur entre les deux pays. Cet accord vise plus globalement à «accélérer les échanges économiques et à fluidifier les courants d’affaires entre la Chine et les pays africains». Concrètement, il s’agit de capter les investissements chinois en Afrique y compris au Maroc. Ainsi, BMCE Bank offre aux affiliés de la CAJCCI l’accès à son large réseau bancaire local africain qui s’étend, à travers sa filiale Bank of Africa, à pas moins de 21 pays. Une présence qui devrait s’étendre à l’ensemble des pays africains dans le futur. Il faut dire qu’Othman Benjelloun est déterminé à étendre cette couverture aux 54 pays africains, grâce à un plan d’expansion que son groupe a commencé à mettre en œuvre .C’est dire que ce partenariat s’inscrit également dans le cadre de la promotion de la vocation du Maroc de devenir un hub financier pour l’Afrique. En parallèle, BMCE Bank compte de son côté profiter de la parfaite connaissance de la CAJCCI du marché chinois pour pouvoir conseiller et ainsi financer les projets futurs des affiliés de la Chambre en Afrique. Concrètement, elle veut être l’acteur financier de référence pour les Chinois en Afrique. Cela semble bien engagé. Compte tenu de sa présence dans l’empire du Milieu depuis 13 ans, les Chinois ne connaissent des banques marocaines que la BMCE.

Attijariwafa bank
la carte Bank of China

Le groupe Attijariwafa bank est plus que jamais décidé à canaliser les investissements chinois vers le Maroc et l’Afrique. Pour cela, il a conclu en juillet 2013 un partenariat de collaboration d’envergure mondiale avec Bank of China. Cela découle du fait qu’Attijariwafa bank n’a pas de présence dans l’Empire du Milieu. Choisir cette institution bancaire majeure dans son pays et dans sa région est apparu comme une nécessité pour le groupe marocain. Ce sont d’ailleurs les deux institutions qui se sont choisies mutuellement. Car pour Bank of China, le groupe Attijariwafa bank représente également un partenaire, dont les atouts majeurs sont générateurs de complémentarité et de synergie. L’atout majeur, est celui du pays car le Maroc se distingue par une position géographique exceptionnelle de plateforme ou de hub à destination de l’Afrique par ses propres investissements et la présence de ses grandes entreprises sur le continent. Il se positionne également comme un hub à destination de l’Europe et des Etats-Unis, de par les accords de libre-échange notamment. Ce qui enrichit ce partenariat davantage d’opportunités à saisir et à concrétiser. Ce partenariat se rapporte à des domaines de coopération variés couvrant toutes les lignes de métier de la banque. Attijariwafa bank a privilégié l’accompagnement commercial car, in fine, l’objectif est de servir le client. Il faut dire que la volonté commune des deux partenaires est d’exploiter tous les gisements de coopération. C’est ainsi que les domaines de coopération inscrits dans la convention couvrent non seulement le Maroc, mais également tous les pays africains où le groupe AWB a une présence. Qu’est-ce qui justifie le choix de cette banque chinoise ? Aux yeux d’Attijariwafa bank, Bank of China a plus d’un siècle d’existence avec des effectifs de 300.000 collaborateurs répartis sur 11.000 agences. Elle se distingue par sa position de première banque à l’international avec 30 % de parts de marché.

Groupe Auto Hall
l’Afrique passe par la Chine

Le groupe marocain Auto Hall, présidé par Abdellatif Guerraoui, entend bien capitaliser sur l’essor du secteur chinois de l’automobile. Ainsi, en décembre 2013, ce numéro 2 de la distribution automobile au Maroc, a signé un contrat pour l’assemblage et la distribution de véhicules utilitaires légers au Maroc et dans les pays africains portant blason chinois «Dongfeng» (littéralement «Vent d’Est»), le numéro deux de l’automobile au pays de l’Empire du Milieu. Pour Auto-Hall, être présent dans le continent est désormais une nécessité. Les besoins sont énormes et l’Afrique est source d’un grand potentiel de croissance. Le déploiement du groupe marocain dans les pays africains se fera par étapes. Après la Mauritanie, l’expansion sur d’autres marchés africains s’étalera sur plusieurs années. En attendant, Auto Hall qui est présent dans le secteur de l’automobile au Maroc depuis le début du siècle dernier, s’apprête à lancer déjà la gamme utilitaire du constructeur chinois. En effet, les deux versions de pick-up sont en cours d’homologation auprès du Centre national d’essais et d’homologation (CNEH) pour une commercialisation effective dès l’année prochaine.

Ynna Holding
le business est dans le matériel ferroviaire

La Société chérifienne de matériel industriel et ferroviaire (SCIF), ancienne filiale de l’ONCF, devenue propriété du groupe Ynna depuis 2006, a adopté cette année une stratégie de développement sur le marché subsaharien, avec la fabrication de wagons, de voitures ferroviaires à voyageurs et la rénovation des locomotives. Pour décliner cette approche sur le terrain, le groupe de Miloud Châabi s’est rapproché du constructeur chinois CSR Puzhen. Ainsi en mars dernier, SCIF a obtenu la représentation exclusive au Maroc de ce leader mondial du matériel ferroviaire. Ce rapprochement concerne le matériel ferroviaire à voyageurs et vise, en plus des aspects commerciaux, l’intégration industrielle de la fabrication des voitures ferroviaires de type corail et des rames automotrices. Une première opération de construction intégrée est en cours. Elle porte sur 50 voitures ferroviaires à voyageurs pour le marché africain. Pour rappel, l’actionnaire majoritaire de la SCIF est Ynna Holding, aux côtés de l’ONCF.  A noter, que si la filiale d’Ynna Holding a parallèlement décroché un marché d’1 million d’euros portant sur la rénovation de 12 locomotives électriques pour ZNTK en Pologne, elle a par ailleurs déjà exporté 200 wagons de transport de phosphates vers la Tunisie et la Mauritanie notamment.

Royal Air Maroc
Un B 787 Dreamliner pour ouvrir la voie

Un des axes phares du renforcement du partenariat entre le Maroc et la Chine porte sur la connectivité aérienne entre les deux pays. Sur ce volet, Driss Benhima, PDG de Royal Air Maroc (RAM), voit bien la compagnie aérienne nationale y jouer sa partition. C’est ainsi qu’une ligne directe Casablanca-Pékin est dans le pipe. En effet, pour la RAM, la mise en service de ses nouveaux avions permettra à la compagnie d’augmenter la cadence de ses vols long courrier et en créera de nouveaux, vers des destinations américaines et asiatiques. Ainsi, le 1er Dreamliner reçu servira sur la ligne Casablanca – New York – Montréal. Il renforcera l’offre déjà existante utilisant le Boeing 767-300ER en service à la RAM. Une nouvelle ligne Casablanca – Dubaï sera également créée avec l’arrivée du deuxième Dreamliner, prévue au premier trimestre de l’année prochaine. A partir de 2016, avec l’arrivée du troisième B 787 Dreamliner, la RAM compte ouvrir une ligne aérienne directe vers Pékin. Selon certaines sources, le PDG de la RAM qui participe au forum Maroc-Chine à Pékin de ce vendredi 28 novembre devrait fournir plus de détails. Quoi qu’il en soit, cette ligne est d’une importance capitale, non seulement elle favorisera le flux d’hommes d’affaires entre les deux pays, mais elle développera le tourisme.

AMDI.
Du concret !

L’Agence marocaine de développement des investissements (AMDI) ne cache pas sa volonté d’attirer les investissements chinois au Maroc. Pour cela, son directeur général, Hamid Ben Elafdil, fait dans le concret. En effet, l’AMDI a décroché la signature, le 23 octobre dernier à Pékin, d’un mémorandum d’entente avec l’Association chinoise de développement des investissements extérieurs. Objectif affiché : favoriser la coopération bilatérale en matière d’appui aux projets d’investissement. Pour ce faire, les responsables des deux institutions s’engagent à mobiliser tous les moyens pour renforcer les relations entre le Maroc et la Chine dans le cadre de projets d’investissement régis par les lois en vigueur dans les deux pays, conformément aux pratiques internationales. Concrètement, est-il précisé dans ce mémorandum d’entente, signé à Pékin, il s’agit d’échanger les idées sur les lois relatives à l’investissement et les règles de planification des politiques publiques, ainsi que la réalisation d’études et de consultations sur les politiques publiques visant à promouvoir les investissements entre les deux pays. La mise en œuvre des termes de ce mémorandum devra permettre également de surmonter les difficultés et de créer un groupe d’action se réunissant régulièrement ou selon le besoin, pour explorer et soutenir les opportunités de coopération bilatérale. Par ailleurs, il est à noter que l’Association chinoise de développement des investissements extérieurs relève de la Commission nationale chinoise pour le développement et la réforme, la plus haute instance de planification économique en Chine. Regroupant près de 200 entreprises publiques et privées leaders dans les secteurs où elles opèrent comme l’énergie, les infrastructures, le financement et les services consultatifs, elle soutient les investissements extérieurs des entreprises chinoises.

ONMT.
Une offensive tous azimuts

Premier émetteur de tourisme au monde avec plus de 100 millions de touristes, le marché chinois est plus que dans le viseur de l’ONMT. Il faut dire que cette clientèle est généreuse en termes de dépenses, dont le volume a atteint 120 milliards de dollars. Aux yeux du directeur général de l’ONMT, Abderrafie Zouiten, le Maroc dispose de tous les atouts pour attirer les touristes chinois. Alliant l’acte à la parole et face au potentiel que représente le marché chinois, il s’apprête à installer une délégation à Pékin. Le local est déjà prêt. Poursuivant son offensive sur ce marché, l’ONMT a noué dans la foulée, un partenariat avec l’Office du Tourisme de Pékin pour élaborer un plan de communication et de marketing. Objectif : promouvoir la destination marocaine. Et ce n’est pas fini. L’ONMT s’est donné l’occasion de pouvoir séduire les touristes chinois au Maroc à l’occasion du sommet de la Fédération mondiale des villes touristiques, prévu en septembre 2015. En effet, le Royaume a été choisi pour abriter ce grand évènement, devançant ainsi de grandes destinations comme Rome, Washington et Los Angeles. C’est l’Office qui a mené cette opération marketing. La candidature du Maroc (Rabat et Fès) a été soutenue par la Chine, surtout que c’est le maire de Pékin qui préside la Fédération. Les enjeux de cet évènement sont de taille. Ce sera l’occasion pour le Maroc de présenter ses atouts afin de drainer davantage de touristes. Ce sont en fait pas moins de 300 villes touristiques qui seront représentées lors de cette rencontre qui connaîtra la présence de plusieurs compagnies aériennes et d’agences de voyage. En attendant, l’ONMT s’est allié à l’Agence de développement touristique de la France pour développer une offre de séjour combiné entre deux ou trois pays. L’idée est de proposer différentes destinations dans le même pack. Si l’Office multiplie les actions pour conquérir ce nouveau marché, c’est également en raison du déclin de la demande touristique des européens. Pour l’heure, la Corée du Sud et le Japon restent les premières destinations des Chinois. Viennent ensuite Paris, Londres, Berlin et Londres.

Riad Motors
Trois partenaires chinois de haut
vol dans le camion

Discrètement mais sûrement, le groupe Riad Motors Holding est devenu un géant de l’économie. Presque 50 ans d’existence. Fondée par Riad Sahyoun, la holding du même nom est actuellement composée de plusieurs filiales dont Riad Motors, une unité industrielle spécialisée dans l’assemblage des camions importés de Chine, créée en novembre 2007 à Ouled Hriz Sahel, dans la province de Settat. Coût du projet : 275 millions de DH. L’usine s’étend sur une superficie de 20.000 m², 12.000 m² pour la logistique et 4.000 m² couverts pour la chaîne de production. Elle a une capacité de production de 5000 véhicules par an. Chaque étape de son processus est validée par un contrôle qui garantit la conformité du montage aux standards internationaux des constructeurs Beijing Automobile Work Co., Ltd (BAW), China National Heavy Duty Truck Group Co.ltd (CNHTC) et ZHONGTONG Bus Holding. Il faut dire que Riad Sahyoun n’a pas lésiné sur les moyens pour aller chercher ces trois partenaires en Chine. Qui sont-ils ? BAW est une société pionnière de l’industrie automobile Chinoise. Elle constitue l’origine et la personnification du développement de l’industrie automobile à Beijing (Pékin). La société bénéficie d’une expérience de 50 ans dans la fabrication de véhicules tous terrains-légers et de camions, et elle est considérée comme le leader dans la recherche et le développement de l’industrie du poids lourd petit tonnage. Sa clientèle est constituée de l’armée chinoise, du marché domestique et du marché à l’export. Quant à CNHTC, son siège est situé dans la ville de Jinan, en Chine. C’est le berceau et la principale base de production de l’industrie de camions lourds moyen et gros tonnage du pays.
Cette compagnie est célèbre pour avoir développé et fabriqué le premier camion lourd de Chine-Modèle JN150 de marque «Huanghe», pour avoir réussi l’introduction du projet de camion lourd de motorisation «STEYR» et pour avoir installé une joint-venture avec VOLVO pour fabriquer des camions lourds avec les standards internationaux de qualité et de sécurité. La CNTHC est leader en Chine sur le marché des camions (moyen et gros tonnage), se place en troisième position à l’international et envisage d’établir un positionnement international de sa marque Sinotruk, et d’être parmi les «Top 500» entreprises du monde. Le troisième partenaire chinois de Riad Motors Holding est ZHONGTONG Bus Holding, qui a été créé en 1958, pour se spécialiser dans l’industrie de la carrosserie bus et autocars chinoise. Aujourd’hui, flanqué de ses alliés chinois, le groupe de Riad Sahyoun voit loin : il a dans le pipe un projet d’installation d’une usine d’assemblage de camions du constructeur chinois Sinotruk au Sénégal, porté par sa filiale Somagec et l’homme d’affaires sénégalais Demba Diop Sy.

Export Moroccan Products – Made in Morocco
le baliseur !

Très présent ces dernières années au niveau de l’export à travers son groupe Gelacom, Mehdi Laraki a fini par décider de promouvoir le Maroc en Chine et plus largement en Asie, où la demande en produits innovants et de qualité est en plein boom. Derrière cette ambition du PDG de Gelacom de faciliter l’export des produits Made in Morocco vers la région la plus peuplée de la planète, il y a surtout les problèmes rencontrés par les exportateurs marocains. Il faut dire que le marché de l’Empire du Milieu est complexe: il faut compter entre 20 à 30 jours pour sortir un container du port du fait de la multitude des démarches administratives et douanières. De plus, une licence d’importation est nécessaire pour chaque catégorie de produit. Et ces sésames sont généralement la chasse gardée d’importateurs chinois. C’est ainsi que Mehdi Laraki a créé une structure « Export Morocan Products (EMP)-Made In Morocco (MIM) » en partenariat et pilotée par Tarik Bennouna. Pour ce dernier qui a occupé de nombreuses fonctions de direction au sein de plusieurs multinationales comme Unilever et Nokia avant de diriger cette entité, l’objectif de ce projet est de servir de plate-forme aux industriels du Maroc en leur offrant une passerelle opérationnelle vers les marchés asiatiques, au travers de partenaires locaux exclusivement et ce, afin de faciliter la promotion et la présence des produits du Royaume en Asie. Pour ce faire, EMP, une structure juridique marocaine basée à Casablanca, agit comme une centrale d’achat pour le compte de Made in Morocco (MIM), une entreprise basée à Shanghai, à capitaux 100 % marocains, qui centralise les commandes des clients asiatiques. « Shanghai est aujourd’hui une vitrine du développement et de l’ouverture de la Chine vers le monde occidental. 95 % des échanges agro-alimentaires se font par son port de Shanghai », souligne-t-il. Ainsi, EMP-MIM propose aux industriels marocains de pénétrer le marché Asie, notamment la Chine et ce, en exclusivité et sans aucune concurrence directe, la facilitation au niveau commercial dans la mesure où elle est, à ce jour, le seul intervenant à proposer du groupage à ses clients et partenaires. A ces avantages, s’ajoutent la garantie d’une conservation de la propriété intellectuelle ainsi que la sécurité au niveau financier, puisque l’entité marocaine sera l’unique correspondant et client avec un règlement à partir d’une facturation en dirhams payée au Maroc. A noter qu’EMP-MIM se charge de tous les aspects supply chain et logistique (récupération des palettes, stockage, préparation à l’export, gestion des transitaires au Maroc et en Chine,…..). « Nous avons signé des partenariats avec plusieurs importateurs chinois qui ont des licences et parmi lesquels le partenaire d’Auchan », confie-t-il. Il a fallu presque deux ans au groupe Gelacom pour lancer cette structure qui a démarré ses activités cette année. A ce jour, EMP-MIM compte parmi ses clients plusieurs marques et entreprises, notamment Aiguebelle, Unimer, VCR, Orientines,Atlas Couscous et Pates Alimentaires, Citruma, Cartier Saada, Agro Food Industries, Atlas Olive Oil,……

Jing Ning, Conseiller economique de l’Ambassade de Chine

Jing Ning, Conseiller economique de l’Ambassade de Chine

Challenge : Comment se porte la coopération économique et commerciale entre le Maroc et la Chine ?

Jing Ning : La coopération économique et commerciale entre la Chine et le Maroc est fructueuse et porte de larges perspectives. Les entreprises chinoises participent activement à la construction économique marocaine, avec environ 30 sociétés chinoises implantées au Maroc dans le domaine de la construction de routes, de ponts et de centrales, ainsi que celui de télécommunication, etc. Une société chinoise a entrepris la construction d’une centrale thermique d’une capacité de 350MW. China Exim Bank a accordé à ce projet un prêt préférentiel d’achat d’un montant de 300 millions de dollars. A fin 2013, le montant des volumes des échanges commerciaux entre les deux pays s’élève à 3,806 milliards de US Dollars, Le marché chinois possède d’énormes potentialités, et le Maroc est en possession d’abondants produits de qualité. Nous souhaitons que les entreprises marocaines développent davantage leur business avec la Chine et rendent la ‘‘Marque Marocaine’’ plus populaire.

Pouvez-vous nous faire le point sur les investissements chinois au Maroc ?

En ce moment, les investisseurs chinois sont actifs dans différents secteurs de l’économie marocaine : la pêche, la transformation plastique, l’assemblage de moto, la plaque d’impression, la mine etc, avec un montant cumulé de plus de 100 millions de US dollars. Une société chinoise va construire une unité de production de structures et de pipelines en acier à Tanger pour un montant d’investissement de 150 millions US dollars. Les entreprises chinoises paient des impôts en respectant les lois et les règlements dans leurs activités commerciales, et créent un grand nombre d’emplois. Par exemple, les sociétés chinoises de pêche emploient près de 2000 Marocains à bord de leurs navires au Maroc.

Outre le groupe chinois Shandong Shangang, leader mondial dans le secteur de la métallurgie, qui vient de concrétiser son implantation au Maroc, quels sont les autres investisseurs chinois qui se sont installés cette année ?

Cette année, une société chinoise est arrivée au Maroc. Elle investit dans le domaine de prospection et d’exploitation pétrolière. D’autres investisseurs cherchent des opportunités de coopération dans le domaine des énergies renouvelables.

Quels sont les secteurs qui intéressent les investisseurs chinois au Maroc ?

Les sociétés chinoises ont l’intention d’investir au Maroc dans le domaine des énergies nouvelles, de la mine, du port, de l’industrie de la transformation et de la fabrication etc.

Royal Air Maroc s’apprête à lancer une ligne aérienne Casablanca-Pékin-Casablanca. Qu’est ce que cette initiative peut-elle apporter dans la dynamisation des relations économique et commerciale ?

Le vol direct va faciliter l’échange de personnel, surtout les hommes d’affaires, et apporte de nouvelles opportunités de la coopération économique. De plus, il va réduire la distance entre nos deux pays pour les touristes chinois.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les investisseurs chinois qui voudraient s’installer au Maroc ?

Il est difficile d’obtenir le contrat de travail et le visa marocain pour les employés chinois des sociétés chinoises au Maroc. Les autres difficultés, la pénurie des talents comprenant le français ; l’inadaptation à l’environnement d’affaires au Maroc. ■

 

 
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