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Autotests Covid. La cupidité, ce mal profond qui menace la «santé sociale»

La crise sanitaire mondiale due au Covid-19 a été révélatrice, à la fois aux niveaux global et local, d’une réalité où la santé humaine n’a pas échappé à la logique marchande, au sens le plus étroit, avec des déviations à hauts risques.


Dès le début, ce fut d’abord la fermeture des frontières, et des accusations lancées de part et autre, quant à l’origine du virus. La communauté internationale, après plus de 75 ans d’existence de l’Organisation des Nations Unies (ONU), s’est révélée désunie, incapable d’unir les Etats pour affronter un ennemi pourtant commun.

Ensuite, ce fut la « guerre mondiale des vaccins » qui a permis de percevoir l’image réelle des Etats économiquement développés et humainement/moralement sous-développés. Ce spectacle a permis de constater à quel point l’ONU, depuis longtemps, est devenue un « petit chat en papier », enfoncée dans ses rouillages bureaucratiques, incapable de toute réforme, produisant des recommandations et résolutions, généralement sans effet sur les Etats puissants.

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Son bras sanitaire qu’est l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a à peine pu jouer un rôle symbolique, voire marginal, à travers le système Covax, mis en place pour permettre aux « pays pauvres » d’accéder aux vaccins anti-Covid.

Actuellement, à l’exception de la Chine et de quelques « Etats du Sud », dont le Maroc, rares sont les Etats qui ont pu franchir le taux de 5% de vaccination de la population totale. La plupart des pays économiquement riches se sont servis d’abord eux-mêmes, exprimant ainsi un égoïsme extrême et donnant raison à certaines anciennes thèses comme celle de Hobbes. En effet, derrière le discours paternalo-humaniste, s’est révélé le pragmatisme glacial des intérêts.

Au niveau local, cette réalité internationale a aussi tendance à se reproduire et à se développer. Au Maroc, pays en avant-garde dans la lutte contre le Covid, malgré l’acte hautement symbolique du Souverain, consacrant la gratuité des vaccins anti-Covid, c’est-à-dire la prise en charge par la collectivité, la cupidité et l’aveuglement chez les « marchands de la santé » ne leur a pas permis de saisir la profondeur de ce message humaniste où prévaut l’intérêt collectif.

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Cette situation a été illustrée sur le terrain par l’affrontement entre médecins biologistes et pharmaciens, avec une intervention négative de la Direction du médicament et de la pharmacie, c’est-à-dire du Ministère de la Santé publique. Cette Direction a ordonné le retrait des autotests d’orientation médicale mis au point par une société marocaine, à un prix abordable, sans motiver scientifiquement cette décision de retrait.

En fait, les laboratoires autorisés à exercer les tests PCR, voyant leur monopole menacé, n’ont pas hésité à exercer des pressions pour sauvegarder leurs petits intérêts très étroits. Les pharmaciens n’ont pas baissé les bras et ont résisté à cette décision de retrait prise par ladite direction du médicament et de la pharmacie, tout en critiquant son fondement arbitraire. La situation s’est aggravée par le développement du marché noir des autotests Covid, offerts autour de 150 dirhams sous le manteau, alors que le prix de vente à la pharmacie est de 90 dirhams.

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Le test PCR quant à lui fait dans les laboratoires, sous ordonnance médicale, coûte 700 dirhams. Impossible à des ménages modestes, composés de plusieurs membres, de faire face à cette dépense. D’où le risque de multiplication des contaminations et de manque de crédibilité des statistiques officielles sur la pandémie. La Fédération des consommateurs est aussi sortie du silence dénonçant cette situation où l’imagination du gouvernement s’est révélée être en panne.

Dressant son constat impartial, les mots utilisés par la Fédération sont durs, très durs : « par conséquent, la Fédération dénonce le retrait des autotests si le but est de défendre les intérêts d’une corporation précise. Il est inadmissible que le citoyen soit victime des luttes entre lobbies et la spéculation d’une caste et son enrichissement à la faveur de la pandémie et au détriment de la santé du citoyen ». En fait, la santé du citoyen se trouve pratiquement emprisonnée entre les mains d’une bureaucratie publique mafieuse et les intérêts ultra-égoïstes d’affairistes cupides, voire de « charognards », contre lesquels l’Etat doit sévir.   

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