Interview

Aziz Bouslamti, président du GPPEM : « Les demandes déposées par le GPPEM auprès des autorités pour une reprise des activités de notre secteur sont restées sans suites »

A ce jour, et malgré les efforts du Groupement Professionnel des Prestataires de l’Évènementiel du Maroc (GPPEM) pour convaincre les autorités de laisser les opérateurs entamer la reprise, il n’en est rien. Une récente étude du GPPEM montre d’ailleurs que près de 60% des opérateurs du secteur ont connu une baisse de +75% de leur chiffre d’affaires à cause de la crise sanitaire. Les opérateurs ne savent plus à quel saint se vouer. Aziz Bouslamti, président du GPPEM, revient sur la situation très délicate que vit le secteur.


Challenge : Le GPPEM a lancé une étude qui a porté sur toutes les composantes du secteur dans les principales régions du Royaume. Quels sont les principaux enseignements de cette étude dans le contexte actuel ?

Aziz Bouslamti : Les résultats de l’étude du GPPEM, réalisée par le cabinet VQ, ont confirmé la situation de grave crise qui terrasse les opérateurs du secteur de l’industrie de l’événementiel. Ainsi, 93,5% des professionnels sondés déclarent que la conjoncture actuelle de l’évènementiel est défavorable et pour 83,5%, elle est très défavorable. Notre activité est la plus touchée de tous les secteurs, sachant que près de 60% des opérateurs de notre secteur ont connu une baisse de +75% de leur chiffre d’affaires. Et malgré le contrat cadre signé lors de la 10ème réunion du CVE, la situation ne s’est pas améliorée, car il n’y a pas eu d’autorisation de reprise de l’événementiel présentiel.

Challenge : Pourquoi jusqu’à présent les entreprises de l’événementiel n’arrivent toujours pas à opérer ?

A.B : A ce jour, et malgré le protocole sanitaire proposé en juillet 2020 par le GPPEM et Bureau Veritas, élaboré en étroite collaboration avec le Ministère de l’industrie et Imanor, les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits. Sans autorisation de rassemblements, point d’événements présentiels et, donc, point de reprise. Nous avons interpelé plusieurs fois le Chef du gouvernement, le Ministère de la santé et le Ministère de l’intérieur à ce sujet. La CGEM a, à 2 reprises, interpelé le Ministère de l’intérieur au parlement. La demande a essuyé un refus catégorique. Nous comprenons la position des autorités à ce sujet qui veulent éviter des risques sanitaires, mais nous nous demandons si les rassemblements qui se font dans les cafés/restaurants, les centres commerciaux, les transports en commun… sont différents des rassemblements dans les événements ? Sont-ils moins risqués ? Je ne le pense pas !

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Challenge : Combien d’entreprises du secteur ont déjà fait faillite depuis le début de la crise jusqu’à présent ?

A.B : Il ressort de l’étude que 35% des opérateurs du secteur de l’industrie de l’événementiel ont fermé et 23,5% des patrons ont mis en vente une partie ou l’ensemble de leur matériel. Ces chiffres sont alarmants, car n’ayant aucune visibilité d’autres suivront, ce sont donc des centaines de milliers d’emplois qui sont et seront perdus. D’ailleurs, à ce jour certains opérateurs ont licencié plus de 50% de leurs salariés. Et comme près de 60% des professionnels interrogés n’ont aucune visibilité commerciale pour les prochains mois, et les 40% restants ont des promesses qui, sans autorisation de reprise des rassemblements, ne seront pas tenues, l’avenir n’est point à l’optimisme.

Challenge : Où se situe réellement le problème lorsqu’on sait que le GPPEM a quand-même organisé un événement de démonstration il y a à peine quelques  mois pour justement montrer que les opérateurs pouvaient opérer dans le strict respect des mesures de précaution sanitaires ?

A.B : Nous n’avons aucune réponse concrète à ce sujet. Le protocole sanitaire que nous avons proposé en juillet et la simulation réalisée par le GPPEM prouvent pourtant la capacité des opérateurs du secteur de l’industrie de l’événementiel à organiser des événements présentiels dans des conditions sanitaires optimales. Les demandes déposées par le GPPEM au Chef du Gouvernement et aux Ministères de la santé et de l’intérieur pour une reprise des activités de notre secteur sont donc restées sans suites.

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Challenge : Ou peut-être que cette démonstration n’a pas réussi à convaincre les autorités à vous laisser opérer ?

A.B : La simulation que nous avons réalisée a été applaudie par tous les invités et reprises par les médias les plus renommés de la place dont les télévisions, avec des témoignages. Ceci est la preuve de sa réussite. Maintenant, si elle n’a pas assez attiré l’attention des autorités, et j’en doute fort, c’est certainement le poids des problématiques des divers secteurs économiques, que doivent supporter les responsables. D’ailleurs, je les félicite pour tout le travail qu’ils ont réalisé à ce jour, particulièrement les Ministères de l’industrie, de l’économie et des finances, de l’emploi, de la santé et de l’intérieur et le CVE.

Challenge : Quelles sont les pistes que le GPPEM explore aujourd’hui en vue d’une reprise de l’activité pour les opérateurs ?

A.B : Le GPPEM ne cesse de demander aux autorités publiques de soutenir davantage le secteur et d’autoriser les rassemblements. Et notre étude a ressorti clairement les attentes des opérateurs du secteur de l’industrie de l’événementiel, qui sont convaincus que seule une aide soutenue de la part des autorités publiques est à même de leur permettre de se maintenir. Le GPPEM propose la consolidation et le renforcement des aides aux salariés en tenant compte de l’échelle des salaires selon le cadre et la compétence, l’exonération totale des charges fiscales et sociales pour les exercices 2020/2021, le report des échéances bancaires de 2020 et 2021 sans intérêt et l’octroi de crédits sans intérêts pour les entreprises du secteur qui en auront recours durant l’année 2021. Néanmoins, le GPPEM estime que l’organisation d’événements en présentiel est la seule voie qui favoriserait le retour de l’activité en situation normale et, ainsi, l’assurance d’une sortie de crise.

 
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