Culture

«Bayt Dakira» Mémorial pour la mémoire… du futur !

La dernière visite de sa Majesté Mohammed VI à Essaouira, avec les grands projets lancés pour réhabiliter son patrimoine ancien et promouvoir son effervescence culturelle actuelle, a scellé la renaissance de la cité des alizés. Retour sur un projet-symbole. 


Essaouira ne cesse depuis des années de renaître de ses cendres. Elle n’est plus oubliée, plus à vendre ! La cité des alizés offre le modèle de la culture comme levier de développement. Une poignée de souiris et d’amis amoureux de la cité de Sidi Mohammed ben Abdallah, à leur tête André Azoulay, avaient lancé le défi de la remettre sur pied. Grâce aux nombreux festivals, organisés au fil des quatre saisons, aux diverses autres manifestations culturelles et artistiques, inspirées des multiples legs de la ville, la destination est convoitée par les amateurs d’ici et d’ailleurs. Avec le nouvel aéroport, la double voie…la ville est désenclavée. Des petits investisseurs s’installent. Ils ouvrent des maisons d’hôtes, des restaurants. Les artisans soufflent et les artistes pullulent. Les bonnes nouvelles ne cessent de tomber. Patrimoine universel de l’humanité, ville créative, sa tradition Gnaouie vient d’être classée patrimoine immatériel. Il ne lui manquait qu’une infrastructure culturelle à l’image de son effervescence. C’est fait ! Essaouira va se doter de l’une des plus belles cités des arts et de la culture, signée par le grand architecte Oscar Niemeyer. Décédé en 2012, il vient de nous offrir l’une de ses dernières créations comme la regrettée Zaha Hadid nous offre le grand théâtre de Rabat. Un complexe se déployant sur 3,6 ha avec des espaces de formation et répétitions, une salle de spectacles de 1000 places, un musée des arts traditionnels, un conservatoire de musique ainsi qu’un musée du thé.

«Salam Lekoulam, Shalom Alaykoum»

Il y a quatre ans, débutèrent les travaux de la restauration de la synagogue Simon Attia. Un projet porté par l’Association Essaouira-Mogador et le ministère de la Culture avec le soutien financier du gouvernement allemand. Un projet qui tient le plus au cœur d’un homme, André Azoulay, épaulé par son épouse Katia. Outre la réhabilitation, la transformation, c’est un message que le conseiller de sa Majesté voulait lancer à l’ère des troubles, des replis, des guerres de religions et des identités meurtrières. A travers la renaissance de «bayt Dakira», Essaouira et le Maroc envoient un message au monde pour dire et redire qu’il existe bien une exception marocaine, l’exception du vivre ensemble, du partage, de la paix et de la symbiose qui a caractérisé, au long de siècles de cohabitation, et qui caractérise toujours les relations judéo-musulmanes.

La demeure de la mémoire, bâtie à la fin du XIXème siècle par Mima Attia en hommage à son mari Simon Attia, décédé au Liberia, désirait ce qu’il y avait de plus beau pour ce lieu. Des artisans sont recrutés en Angleterre dont M.L Koffman de Manchester qui a conçu et réalisé l’arche. Des meubles en noyer massif et des lustres en argent étincelants. La restauration, réalisée dans les règles de l’art avec des artisans doués, offre aujourd’hui à la cité l’un de ses repères les plus emblématiques. Outre cette Slat Attia, coin synagogue d’une beauté époustouflante, le bâtiment, à plusieurs niveaux, abrite un musée, une bibliothèque, un centre de recherche, des salles de réunion, des studios pour chercheurs. L’odeur du cèdre embaume les lieux. La tradition côtoie avec harmonie la modernité ! Un ultra ascenseur est installé sans déranger la pierre taillée, le bois sculpté et le carrelage en mosaïque des sols.

A coup de panneaux, films, photos avec des encadrements en bois de thuya…le parcours de l’exposition permanente raconte « … l’exceptionnelle saga du judaïsme souiri et de ses patrimoines : du cérémonial du thé aux paroles brodées (Matrouz) de nos musiques, de l’orfèvrerie du filigrane de l’or et de l’argent à Essaouira (Deg Souiri), à la broderie et à la confection de somptueux caftans (Keswa El Kbira), des arts culturels à la littérature et des rituels souiris à la synagogue aux grands comptoirs du négoce qui ont fait le rayonnement de Mogador au XVIIIe et XIXe siècle.» Les figures des grands rabbins, marchands, hommes politiques et diplomates, des femmes, à l’instar de la directrice de l’école anglaise Stella Corcos ou de la tenancière d’auberge, l’inoubliable Messaouda, défilent. Par-ci Leslie Belisha (1893-1957), tour à tour ministre britannique des Finances, des Transports et de la Guerre. On lui doit les «belisha beacons», ces balises en forme de globes montées sur des poteaux noir et blanc, qu’on trouve encore aux abords des passages piétons de Londres. Par là le «premier juif élu de l’histoire des Etats-Unis», David Yulee Levy (1810-86) est issu d’une famille de l’ancienne «Mogador» partie aux Etats-Unis au début du XIXe siècle. L’écrivain Edmond Amran El Maleh nous envoie son regard plein de malice et le couple Haim et Célia Zafrani pris dans une intimité complice. Haïm Zafrani est l’une des personnalités emblématiques de la diversité et de la profondeur de l’histoire du Maroc. Né en 1922 à Mogador, il est décédé en 2004 à Paris. Le bâtiment abrite le centre international de recherche, portant son nom, pour revisiter l’Histoire entre Islam et Judaïsme.

« Bayt Dakira », qui se veut un centre ouvert et vivant, est le premier du genre dans le monde arabo-musulman. Il a vu le jour grâce au dévouement d’une équipe qui a entouré André Azoulay. Je cite M. Abdallah Alaoui, ex-directeur du patrimoine au sein du ministère de la Culture, Mme Isabelle Timsit, scénographe et architecte designer, qui travailla avec les équipes de l’agence Graphely, M. Sidney Corcos, Me Claire Stouling, Mme Maha Sano, Mme Mina Lamghari et d’autres bénévoles anonymes. On ne peut qu’espérer des Bayt Dakira dans toutes les villes du Royaume !

 
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