Actualité

Biden défend la décision de se retirer de l’Afghanistan

Au lendemain de la prise de Kaboul par les talibans, Joe Biden a pris la parole, lundi 16 août, de la Maison Blanche en tentant de justifier pendant une vingtaine de minutes le retrait américain du pays.


Ebranlé pour la première fois depuis son élection, Joe Biden a tenu à défendre sa décision de retirer les derniers soldats américains d’Afghanistan au plus tard au 31 août, en confiant le sort du pays à un gouvernement et des soldats afghans, aujourd’hui en pleine déroute. « Le fait de retirer nos forces était la bonne décision, nous ne pouvions pas nous battre si les forces afghanes n’étaient pas prêtes elles-mêmes à le faire. » a-t-il déclaré. « Après vingt ans, j’ai appris à contrecœur qu’il n’y avait jamais de bon moment pour retirer les forces américaines », a affirmé le président des Etats-Unis lors d’une adresse à la nation très attendue, en raison du mutisme présidentiel durant le week-end historique.

Lire aussi |La Chine refuse l’instrumentation politique de la recherche scientifique sur le traçage de l’origine du Covid-19

Le président des USA a admis avoir sous-estimer la soudaineté de la chute de l’Afghanistan après que les journaux télévisés ont diffusé une vidéo de lui rejetant à plusieurs reprises et avec véhémence une telle possibilité.

Les défenseurs de Biden se sont concentrés, à juste titre, sur les mauvais choix laissés par l’ex-président Donald Trump, qui a négocié un retrait américain anticipé avec les talibans, excluant ainsi le gouvernement afghan officiel soutenu par Washington. Toujours de la part du clan Biden,on a tenu à pointer du doigt les erreurs des quatre administrations précédentes qui ont conduit à une défaite américaine face à un régime répressif. Une défaite, qui à leurs yeux, aura des répercussions géopolitiques au Moyen-Orient et dans le monde entier.

Mais Biden est le commandant en chef, et le chaos actuel ressemble plus à une défaite ignominieuse qu’à une sortie avec honneur. « Je suis le président des États-Unis d’Amérique. C’est à moi que revient la responsabilité », a-t-il déclaré.

Pourtant, lors de son discours il a tenu à blâmer les anciens présidents – y compris, implicitement, Barack Obama, avec qui, il n’était pas d’accord avec lui en 2010 – de ne pas avoir mis fin au conflit et les Afghans eux-mêmes de refuser de se battre pour un pays dévasté par des générations de guerre. Il a suggéré que le choix auquel il était confronté était de rester pendant des années ou des décennies supplémentaires – ou de se retirer une bonne fois pour toute.

Biden a affirmé que son équipe de sécurité nationale et lui-même avaient suivi de près la situation sur le terrain en Afghanistan et avaient agi rapidement pour exécuter les plans mis en place pour répondre à toutes les éventualités, y compris l’effondrement rapide auquel nous assistons actuellement.

Concédant que la chute de Kaboul avait été « difficile et désordonnée », le président a imputé le chaos à l’incapacité des Afghans à se battre. « C’est une erreur d’ordonner aux troupes américaines d’intervenir alors que les propres forces armées afghanes ne le feraient pas », a-t-il déclaré.

Durant son discours, Biden a déploré l’échec américain. A ses yeux, les deux décennies de soutien n’ont pas réussi à faire de l’armée afghane une force capable d’assurer la sécurité de son propre pays.

« Nous leur avons donné tous les outils dont ils pouvaient avoir besoin. Nous avons payé leurs salaires. Nous avons assuré l’entretien de leurs avions », a déclaré M. Biden. « Nous leur avons donné toutes les chances de déterminer leur propre avenir. Ce que nous n’avons pas pu leur fournir, c’est la volonté de se battre pour cet avenir. « 

Lire aussi |PLF 2022. Note de cadrage : entre changement et continuité

Il a adressé une question aux détracteurs du retrait, demandant : « Combien de générations supplémentaires de filles et de fils de l’Amérique voudriez-vous que j’envoie combattre les Afghans – la guerre civile de l’Afghanistan, alors que les troupes afghanes ne veulent pas ? »

M. Biden a déclaré que le président Ashraf Ghani, qui s’est échappé du pays pendant le week-end alors que les talibans progressaient, n’a pas tenu sa promesse selon laquelle l’armée afghane était prête à défendre le pays après le départ des dernières forces américaines.

Les talibans ont consolidé leur contrôle sur l’Afghanistan lundi, avec des scènes de passation de pouvoirs aux combattants insurgés dans tout le pays et des informations selon lesquelles les talibans recherchent des personnes qu’ils considèrent comme des collaborateurs des Américains et du gouvernement déchu.

Aujourd’hui, quatre présidents partagent la responsabilité des faux pas en Afghanistan qui se sont accumulés pendant deux décennies. Mais seul le président Joe Biden sera le visage de la conclusion chaotique et violente de la guerre.

Lire aussi |Chefchaouen. Un incendie ayant déjà ravagé près de 725 hectares de massifs forestiers

L’effondrement du gouvernement afghan est la plus grande crise de politique étrangère de la jeune présidence de Joe Biden, rappelant les revers subis par les présidents précédents, comme le retrait du Viêt Nam et l’invasion ratée de la baie des Cochons à Cuba. Les répercussions du succès des talibans ont été surprenantes, mettant en danger les femmes et les filles afghanes, posant de nouvelles menaces pour la sécurité et menaçant de saper l’opinion mondiale sur la fiabilité de l’Amérique.

Lutter contre la puissance dévastatrice des images en provenance d’Afghanistan par un argumentaire, aussi élaboré soit-il, paraît une tâche impossible. C’est pourtant ce qu’a tenté Joe Biden, lundi 16 août, dans une déclaration solennelle prononcée à la Maison Blanche. Le voilà confronté à la plus grave crise de ce début de présidence, hors Covid-19, dont l’impact à long terme au sein de l’opinion publique américaine reste à mesurer.

 
Article précédent

Vaccin AstraZeneca. La 2ème dose doit être prise avant le 28 août

Article suivant

Banques. Le besoin en liquidité s’est accentué en juillet