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Bien-être : Malheureux les Marocains ?

Un Marocain sur deux se dit insatisfait de ses conditions de vie au Maroc. Le logement, les soins sanitaires et les conditions de vie du monde rural font partie des griefs adressés aux gouvernants.


L’on se demande toujours ce qui attire les étrangers au Maroc, lorsque la plupart des citoyens du Royaume ne rêvent que d’ailleurs. La fameuse affirmation “bghit n’hrag l’talian”, «je veux migrer vers l’Italie», est très souvent déclamée par des Marocains qui ont envie d’en finir avec les conditions de vie qui leur paraissent intenables.
Le Haut Commissariat au Plan a mené une enquête sur la notion qu’ont les Marocains du bien-être. Cette étude est loin d’être un énième sondage du HCP. Les résultats du sondage rappellent étrangement l’expérience du Bouthan, l’un des pays les plus pauvres de la planète et qui se targue néanmoins d’avoir le meilleur indicateur de Bonheur National Brut (BNB).
Sauf que les résultats de l’enquête ne montrent pas un BNB très élevé aux yeux de la plupart des Marocains. Selon ladite enquête, un citoyen sur trois serait très satisfait de ses conditions de vie, un sur quatre le serait moyennement, lorsque près de la moitié des marocains ne le seraient pas du tout. Que dire au regard de ces chiffres? Que la santé, l’éducation, le logement et les revenus sont des facteurs de bien-être chez nos compatriotes.

Logement inabordable et soins payants
Plusieurs conclusions peuvent être déduites d’une telle enquête. Que, par exemple 60% des Marocains sont préoccupés par le logement. “Les prix de l’immobilier n’ont pas cessé d’augmenter depuis sept ans. Aujourd’hui, acheter un logement revient à être bloqué par un crédit étalé au bas mot sur 25 ans. Tant que l’Etat ne prendra pas de mesures pour proposer aux Marocains des logements de qualité et à un prix abordable, se loger restera un problème pour nombre d’entre-eux. D’ailleurs, le marché est révélateur. On trouve des logements de haut standing, des logements sociaux, mais rien n’est fait pour la classe moyenne”, explique un expert immobilier.
Mais ce n’est pas le seul point noir de l’avis des personnes interrogées. La santé est un autre sujet de préoccupation. Au Maroc, il ne faut pas tomber malade. Les services hospitaliers restent insuffisants et on ne trouve pas toujours des lieux de soins lorsqu’on s’éloigne des zones urbaines. A Imitter, par exemple, on ne trouve qu’un seul dispensaire pour toute la région. Région, pourtant riche d’une matière première de choix, l’argent essentiellement. Les habitants restent tributaires d’une seule ambulance amortie qui dessert tous les villages de la Vallée des Roses.

Le rural défavorisé
Quant à la vie culturelle et les loisirs, 68% des interrogés sont insatisfaits: “Il n’y a pas de réelle politique culturelle au Maroc. Les loisirs sont chers et en dehors des matchs de foot et des séances de cinéma, on ne dispose quasiment pas de lieux de distraction au delà de l’axe Casablanca-Rabat. Dans une ville comme Agadir, on n’a même pas une salle de cinéma”, explique un habitant de la capitale du Souss. Mais c’est également tributaire de la rémunération au travail. Ainsi, les disparités de salaires, l’accès à l’emploi et l’équité restent des points fondamentaux dans la préoccupation des ruraux comme des citadins. Ainsi, on continue de citer des disparités en matière de rémunération entre les travailleurs. De bonnes conditions de travail, une rémunération correcte et un accès à l’emploi sans “coup de piston”, sont des facteurs cités par notre micro-trottoir. Tout comme les caractéristiques du milieu rural qui ressortent également de cette enquête. Ainsi, les ruraux sont plus enclins à valoriser la proximité des écoles et centres de soins, la connexion à l’eau potable et au réseau électrique.
Pour conclure, l’enquête nationale sur le bien-être ne fait que rappeler des facteurs objectivement déterminants de ce que l’on peut appeler “le bonheur” des citoyens marocains. Peut-être qu’à présent que l’on “connaît” les attentes des citoyens, il ne reste plus qu’à y répondre.

 

4 millions  
C’est le nombre d’insatisfaits au Maroc. Ils sont 10 millions à se déclarer très satisfaits.

 

Conditions de vie : les points noirs

Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais c’est également là l’occasion pour pointer les aspects à améliorer. Ainsi, la santé est la cause majeure d’insatisfaction. A 72%, on estime qu’il ne faut pas tomber malade au Maroc. Par ailleurs, la population plaide pour la gratuité des soins, qu’elle soit concernée par le problème ou pas. Pour ce qui est de la culture, à 68% on estime qu’elle est insuffisante. Concrètement, elle se concentre dans les grandes villes et reste inaccessible, voire inexistante, dans le rural. Pour ce qui est de l’éducation, à 55%, les interrogés estiment qu’elle est cause d’insatisfaction. Plus que leurs conditions de vies, les marocains pensent à celle de leur progéniture pour qu’elle connaisse l’ascension sociale par les études. Au final, l’enquête montre au moins une chose: les Marocains sont plus solidaires qu’il n’y paraît, et planifient l’avenir. Au moins pour ce qui est des incertitudes.

 
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