Interview

“Boeing achète à MATIS 50 millions de dollars de câblage par an”

Seddik Belyamani, Président du Conseil de MATIS Aérospace

Maroc Aero-Technical Interconnect Systems(MATIS Aerospace), vient d’annoncer un investissement de 50 millions de DH pour élargir son usine de Nouaceur, afin de répondre à la croissance de sa charge de travail. Seddik Belyamani, Président du Conseil de MATIS Aérospace, explique les objectifs liés à cet investissement. Propos recueillis par Roland Amoussou


Matis vient de lancer les travaux de l’extension de son usine basée à l’Aéropole de Nouaceur. Quels sont vos objectifs? 

Cette extension découle du fait qu’il y a une grande charge de travail. Le secteur aéronautique se développe très rapidement, grâce au remplacement par les compagnies des anciens avions qui consomment beaucoup de carburant. Aujourd’hui, Boeing est en train d’augmenter sa cadence de fabrication, par exemple le 737 va passer à 42 avions par mois, ce qui est inédit. Cela n’avait jamais été fait auparavant. C’est une opportunité pour MATIS parce que ça va se repercuter sur notre production. Le Boeing 777 lui aussi est en train d’être fabriqué à 8,3 avions par mois, le 787 également monte à 10 par mois et par la suite à 12. Il est donc évident que tous les fournisseurs réagissent face à cela, d’où notre décision de réaliser cette extension pour répondre aux besoins. Nous avons eu de nouveaux contrats avec Labinal Power Systems (Safran:NDRL) et Boeing, qui vont accroître notre production de 40% au cours des quatre prochaines années. Il nous fallait donc augmenter la taille de notre usine pour faire face à tout cela. Aujourd’hui, nous sommes à 120.000 câblages par an et notre objectif est de passer, de façon progressive, à 170.000 par an d’ici quatre ans. Cette augmentation va toucher la production de faisceaux de câbles pour les 737 Next-Generation et le 777, tout en ajoutant de nouvelles commandes de Labinal Power Systems pour le programme 787 Dreamliner. 

Son parcours 

Seddik Belyamani, 71 ans, est bien connu dans le milieu aéronautique mondial. Après ses études, il rejoint la Direction de la Maintenance de la RAM (Royal Air Maroc), qu’il quitte quelques années après pour intégrer le staff de Eastern Airlines, puis Boeing en 1974. En octobre 1998, le constructeur d’avions américain le nomme Vice-Président exécutif en charge des ventes d’avions commerciaux. Il occupe ce poste jusqu’à sa retraite en 2002. 

Son actualité 

MATIS (Maroc Aero-Technical Interconnect Systems) vient d’annoncer l’extension de son usine de Nouaceur. Ce projet, qui va nécessiter un investissement de 50 millions de DH, permettra à l’entreprise d’élargir son usine pour répondre efficacement à la croissance de plus 40% de sa charge de travail sur les quatre prochaines années. L’entreprise va également recruter 400 personnes sur cette même période.

Quels sont les détails de ce projet ? 

Nous allons investir 50 millions de DH pour réaliser cette extension de 4380 m2 de l’espace de production de notre usine pour atteindre une superficie de 12880 m2 dans les quatre prochaines années. Les travaux de construction débuteront en 2015 et devraient s’achever en 2016. Nous augmenterons également nos ressources humaines progressivement, pour accompagner cette croissance de notre activité. Actuellement, nous sommes 800 collaborateurs. Sur les quatre prochaines années, nous allons recruter 400 personnes, soit 100 personnes par an, pour atteindre un effectif de 1200. Il s’agira surtout de recruter des spécialistes et des ingénieurs. Nous visons aussi des profils en management, en technique de contrôle de qualité. MATIS est un fournisseur très concurrentiel par rapport à d’autres fournisseurs.

 Combien de chiffre d’affaires réalisez-vous chaque année et quelles sont vos ambitions ?

 Notre secteur d’activité se porte bien. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 75 millions de dollars. Et avec l’extension qui va suivre, nous comptons réaliser 100 millions de dollars dans les quatre prochaines années. Nous avons l’ambition de remonter la supply chain, c’est-à-dire que MATIS va fabriquer des tubes de plus en plus complexes. MATIS tient également à réussir cette étape d’extension qu’elle vient d’amorcer. 

Vous comptez diversifier vos produits ? 

Non, nous n’envisageons pas de diversification. Je pense qu’il est plus efficace de se concentrer sur quelques produits. Si on se lance dans beaucoup de projets, ça devient trop complexe, cela augmente la surface de travail. Nous allons donc nous concentrer sur ce que nous avons déjà l’habitude de faire, pour beaucoup gagner en rendement. Par contre, MATIS veut, comme je vous l’ai déjà dit, couvrir toute la chaîne, c’est-à-dire qu’au lieu de ne faire que du travail manuel, nous allons faire de l’ingénierie. Par exemple, sur le Dassault qui est un avion d’affaire, ce sont nos ingénieurs qui ont conçu les plans de fabrication. Nous voulons donc passer à une étape d’industrialisation. Cela veut dire que MATIS gagne en expertise et en qualification. 

Comment se constitue votre carnet de commandes ? 

Actuellement, nous fabriquons du câblage pour Airbus dans notre usine. Ce sont des câblages qu’on appelle système d’indication de quantité de carburant et qui se trouvent dans l’aile de l’avion. Mais, la majorité de nos commandes vient de Boeing, et de Dassault aussi, avec une petite part. Les plus importants projets que nous réalisons ici, proviennent de SNECMA(filiale de Safran spécialisée dans l’étude et la fabrication de moteurs pour l’industrie aéronautique et spatiale:NDRL). Par exemple, le moteur nouvelle génération LEAP qui sera monté dans le nouveau Boeing 737-MAX. C’est un projet que nous avons déjà lancé. MATIS se chargera de fabriquer tous les câblages qui vont équiper ce moteur. Il faut savoir que Boeing achète à MATIS 50 millions de dollars de câblages par an, soit plus de 50% de notre carnet de commande. Et en termes de perspective, notre carnet est plein pour les quatre prochaines années à venir. 

 
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