Sport

CAN 2017 : Heurs, malheurs et bonheurs

Il fait froid au Maroc, le temps est même glacial en plusieurs endroits du Royaume, mais le Marocain en ce matin a chaud au cœur.
Les citoyens, tous âges et tous sexes confondus sont dopés à la victoire.


Depuis plusieurs jours, la raclée (3-1) infligée au Togo, a comblé le fan de base du ballon rond. Dans la rue, on ne parle plus que de cette génération emmenée par Renard au Gabon et qui, à force de solidarité et de talent, aura bousculé tous les poncifs, les contre-vérités, et les dérapages verbaux.
Parce que depuis que les Lions de l’Atlas étaient dans cette campagne gabonaise, on en aura entendu des bêtises (pour rester poli) envers la fédé, les sélectionneurs et bien sûr les joueurs. Et puis, dans un de ces magnifiques revirements dont le football est coutumier, voilà que tous les «insulteurs» d’hier se transforment en laudateurs d’aujourd’hui. Le public national retrouve ses couleurs, au propre et au figuré, et n’a plus de mots assez forts pour vanter les mérites des Mandil, Nassyri (auteur du magistral 3ème but contre le Togo) et du bûcheron Bouhaddouz, formé dans la rigueur de la Bundesliga et qui n’a pas peur de se mesurer aux défenseurs les plus vigoureux.

Plus que la victoire face au Togo qui entrouvrait les portes de l’espoir d’un passage au 2ème tour de la CAN, c’est la solidarité et l’intensité mises dans le jeu par la formation marocaine qui ont enthousiasmé les populations.

Une population qui s’est remise à voir ces matchs de la CAN avec les yeux de Chimène. L’enthousiasme revenait ; l’euphorie grandissait et à mesure que le jour «J» approchait (ce fameux mardi 24 janvier 2017) avec le match Maroc-Côte d’Ivoire, la passion farouche du football reprenait ses droits dans les cœurs et les esprits. Et voici ce mardi tant attendu avec un soleil qui ne va pas s’effacer de toute la journée, et ses rayons qui réchauffent les murs, les rues et les âmes, le bon peuple fait ses comptes et attend, avec fébrilité le rendez-vous de 19 heures GMT, heure du coup d’envoi du match.
Et dans la joie du bonheur retrouvé, les Marocains ont une pensée émue pour le Gabon éliminé impitoyablement par le Cameroun, les coéquipiers de la star Aubameyang ne réussissant que trois petits points sur trois matchs. Nul sur toute la ligne. Meurtrie pour le Gabon, ce pays ami au peuple pacifique et jovial, l’opinion publique se rattrape contre les Algériens, les Fennecs ou les Chevaliers du Désert, comme ils aiment à s’appeler, sortis au premier tour d’une CAN dont ils se voulaient être les favoris.

Et là, les commentaires et les quolibets peuvent se montrer cruels. On connait tous le slogan de matador que s’était choisi le public algérien pour encourager les siens ; c’est le cri de «one, two, three, viva l’Algérie», ce cri de guerre a donné lieu à des dérisions piquées d’acide. On a ainsi lu sur les réseaux sociaux «one, two, three, par ici la sortie…» «one, two, triste» et le cinglant «one, two, three, ah non, juste deux, pas de trois, comme le nombre de points ramassés par l’équipe d’Algérie».
Une équipe d’Algérie qui a beaucoup perdu de son éclat et dont le retour au pays menaçait d’être difficile. Le Président de la fédération algérienne, le sieur Rawrawa est dans ses petits souliers.

Et ce n’est que justice, pour la Coupe du Monde 2014, l’Algérie s’était honteusement et scandaleusement qualifiée grâce à un arbitrage qui fut un modèle dans la contrefaçon.
La victime en fut le Burkina Faso, un Burkina Faso qui s’est lui glorieusement qualifié dans cette CAN 2017 et qui rencontrera la Tunisie en quart de finale. Autre lauréat prodigieux, le Sénégal qui est passé haut la main et qui se heurtera au Cameroun en quart de finale. Les Lions de la Teranga contre les Lions Indomptables, un duel au sommet dans lequel on peut très bien voir se confirmer les progrès sénégalais et de sa génération d’exception. Alors en ce mardi matin au Maroc, tout le monde veut croire que les Lions de l’Atlas vont se joindre à la fête, et au fur et à mesure que l’heure du rendez-vous approchait, l’angoisse serrait les cœurs.
Les cafés se remplissaient aux alentours de 18 heures, on se rassure entre potes en se disant que cette fois sera la bonne. «Que les joueurs restent unis, qu’ils ne cherchent pas à jouer le nul, un match dure 90 minutes, il faut qu’on y soit présent du début à la fin. Ah là là, que c’est dur d’attendre»
On est à l’affut des dernières déclarations de Renard. Le coach déclare que ce sera difficile, car la Côte d’Ivoire est un gros morceau et il ajoute : mais la solution pour la déranger est en nous. C’est à nous d’y croire.

Le match est lancé par la Côte d’Ivoire qui prend l’ascendant sur le terrain. Leur emprise va durer pendant toute une grosse demi-heure, durant laquelle nos joueurs défendent comme ils peuvent.
Bouhaddouz, dont on attendait qu’il gène le bloc ivoirien doit quitter ses coéquipiers après un choc qui lui a meurtri les abdominaux. Notre gardien de but réalise des merveilles d’arrêt. Paradoxalement, pourtant c’est le Maroc sur un magnifique coup franc tiré par le spécialiste, Fajr, qui manque d’ouvrir le score, mais son ballon merveilleusement brossé va aller s’écraser sur la transversale. Et puis les Ivoiriens reprennent la maîtrise du jeu. On arrive cahin-caha à la mi-temps.
Encore 45 minutes à tenir. Le 0-0 du match nul nous qualifie, alors dans les maisons, face aux postes de T.V on se consume d’angoisse.
Et à la reprise, l’on va vivre sur les nerfs car les Ivoiriens ne lâchent rien. Le premier quart d’heure se passe, il reste un siècle à tenir, va-t-on y arriver ?
Les minutes les plus longues de l’Histoire s’égrènent lentement. Dieu que c’est long. Et alors qu’on se calle dans nos coussins et qu’on commence à trembler, voilà que le miracle s’accomplit. Alioui rentré à la place de Bouhaddouz, hérite d’une balle au centre du terrain. Il contrôle, lève calmement la tête et voit le gardien ivoirien très avancé, alors il lui adresse un maître tir qui va se nicher dans les filets. Le Onze national mène par un but à zéro et dès lors, les Ivoiriens groggys, vont tout rater. On ne va pas s’attarder sur la joie qui envahit Marocaines et Marocains. Après ce but, on sait que plus rien ne va nous arriver. On va finir le match à la bagarre, au corps à corps, et se ramasser quelques cartons jaunes malvenus. Mais ne chipotons pas, après 20 ans de disettes, cette qualification en quart de finale est un évènement. Désormais, Renard va crouler sous les éloges et les embrassades. Le Onze national a réalisé la «3ème grosse sensation de la CAN 2017» après les éliminations du Gabon et de l’Algérie.
Et maintenant, de quoi demain sera-t-il fait? On peut vous assurer qu’après cette lutte héroïque, il sera à n’importe quelle équipe (Ghana, Egypte) difficile de nous battre.
Le public s’est découvert de nouveaux héros, leurs noms sont partis pour faire oublier les Bassir et compagnie.
Ces gars ont déjà réalisé un truc de légende : éliminer le tenant du titre.
En 76, les coéquipiers de Hazzaz avaient «sorti» le Zaïre champion 74, au premier tour.
En 80 à Lagos, le Maroc des Jamal, Daïdi, Abdellatif et Labied sortaient le Ghana, champion en 78.
En 76, le Maroc remporta le titre. En 80, il finira sur le podium à la 3ème place.
Et cette fois après avoir éliminé la Côte d’Ivoire, jusqu’où ira-t-il ?
Faîtes votre choix. Toutes les possibilités sont ouvertes.
En voilà une belle journée qui a été fêtée comme il se doit.
Félicitations à tous les Marocains.

 
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