Enseignement

Casablanca : Les parents d’élèves de la mission espagnole sous tension

L’enseignement de l’espagnol draine de plus en plus de demandes de la part des parents d’élèves marocains. Très répandu dans Nord du Royaume (Tétouan, Tanger, Al Hoceima, Nador, Larache), l’enseignement de l’espagnol reste limité dans le reste du pays, notamment à deux écoles à Rabat et à Casablanca où la demande pour les inscriptions d’enfants non espagnols a explosé au cours de ces dernières années.


Si dans les autres villes du Maroc, le système de l’enseignement de l’espagnol s’est adapté au contexte marocain, tel ne semble pas être le cas pour l’unique école de la capitale économique du Royaume, l’Institut Juan Ramon Jimenez de Casablanca. L’établissement, situé au 192 Boulevard d’Anfa, sur une superficie totale de 12.000 m2, a mis, au courant de ces dernières années, les parents d’élèves marocains dans le désarroi le plus total, du moins à en croire ces derniers, dont nombreux parmi eux, nous ont rapporté que leurs enfants « sont victimes de mesures  abusives et discriminatoires et travaillent dans l’angoisse » au sein de cette école.

Ces parents estiment qu’ils sont arrivés à bout et qu’ils n’en peuvent plus des agissements des membres de la direction de l’établissement et des professeurs. « Mon enfant a été expulsé pour un mois pour la simple raison, selon eux, que son comportement est contraire au bon déroulement de l’école. Et il n’est pas le seul élève dans cette situation », a rapporté un parent d’élève estomaqué par cette décision et qui pointe du doigt « l’Institut Juan Ramon Jimenez de Casablanca qui octroie trop de liberté aux professeurs ».

Contactée par Challenge, la direction de l’établissement nous a demandé de nous adresser au conseiller d’éducation. A noter que sur le plan administratif, l’Institut Juan Ramon Jimenez dépend directement de l’Ambassade d’Espagne au Maroc, plus spécialement en la personne du conseiller d’éducation auprès de l’ambassade, qui assure la coordination avec le ministère de tutelle. Joint à son tour, le conseiller d’éducation, qui a exigé de lui faire parvenir nos questions par email, est revenu vers nous avec des réponses de Julián Mª Cano Villanueva, directeur de l’établissement.

« La législation éducative des écoles espagnoles à l’étranger prévoit le non renouvellement si l’élève a redoublé deux fois pendant le cycle scolaire. La même mesure est aussi en vigueur pour des cas extraordinaires concernant des comportements contraires au bon déroulement de l’école (agressions de tout type, vandalisme, etc.) », dit-il.

Pourtant, selon un parent d’élèves, Julián Mª Cano Villanueva semble être pris en otage par les professeurs. « Le directeur de l’école n’a pas le choix car il est obligé de se soumettre aux professeurs qui l’ont élu à ce poste », regrette celui-ci qui déplore également le refus de toute discussion entre la direction et les parents d’élèves. « En cas de problème, tu rencontres le tuteur qui se contente de te dire ce qu’on reproche à ton enfant. Quant au directeur, il est quasiment impossible d’avoir un rendez-vous avec lui. Et si tu arrives à décrocher un rendez-vous avec le surveillant général, il te donne des directives et refuse toute discussion. Ce n’était même pas ainsi à l’époque du protectorat », déplore cet autre parent, père de deux enfants.

Et de rajouter : « Si on s’ouvre à la presse, c’est que nous ne savons plus à quel saint se vouer et surtout que les professeurs continuent d’harceler nos enfants qui sont angoissés rien qu’à l’idée de se lever chaque matin pour aller à l’école ».

Pourtant, tout semble indiquer qu’à l’Institut Juan Ramon Jimenez de Casablanca, le pouvoir est concentré entre les mains des professeurs qui dictent leur loi aux élèves. « Les professeurs sont en charge de toutes les activités éducatives et pédagogiques. A aucun moment, le professeur ne harcèle les élèves. Bien au contraire, nos professeurs ont comme signe d’identité d’être conviviaux avec les élèves », souligne Julián Mª Cano Villanueva qui précise paradoxalement « qu’il n’y a pas de surveillants dans l’établissement ».

Pour cette maman, elle a tout simplement l’impression que ses enfants sont dans un camp de redressement. « Il arrive souvent qu’un élève soit expulsé une année ou bien privé pendant trois mois d’activités extra-scolaires », affirme-t-elle.

Sur la question, le directeur de l’école a tenté de défendre son établissement. « Notre législation éducative, et plus particulièrement notre règlement interne, prévoit toute une série de mesures éducatives correctrices toujours proportionnelles et progressives. En aucun cas cela ne suppose une expulsion arbitraire, l’expulsion maximale étant de 30 jours. Notre établissement facilite, dans la mesure du possible, tous les moyens afin que les élèves puissent atteindre les objectifs pédagogiques. Le non renouvellement est prévu dans certains cas où il est détecté un manque de travail et d’intérêt de la part de l’élève », indique-t-il.

Aujourd’hui, les parents d’élèves marocains de la mission espagnole de Casablanca qui, dont les enfants ne peuvent accéder à aucune autre institution, puisqu’ils ont fréquenté depuis leur plus jeune âge l’école espagnole, à moins de partir en Espagne, sont très remontés contre la direction de l’Institut Juan Ramon Jimenez. « Et je te dis que nous n’avons même pas la possibilité de voir les copies d’examens de nos enfants », lance cette maman déboussolée. Interpellée, sur le sujet, le directeur de l’école n’a pas apporté une réponse tranchée. « Légalement, les familles ont le droit de voir les copies des examens à tout moment de l’année », se contente-t-il d’affirmer.

Quoiqu’il en soit, une mission d’inspection est arrivée dans l’établissement. Et les parents se demandent si elle parviendra à tirer tout cela au clair, histoire de mettre fin à leur calvaire et à celui de leurs enfants.

Il faut dire qu’ils ont fait le choix du système éducatif espagnol et par ricochet, ces parents participent quotidiennement au rayonnement de la culture espagnole au Maroc et dans le monde mais se trouvent aujourd’hui prises en otages. La langue est le meilleur moyen pour connaître l’histoire, la culture et la société d’un pays. Un constat que le Ministère espagnol de l’Education a toujours voulu approfondir en fondant en 1971, l’Institut Juan Ramon Jimenez de Casablanca. Ce n’est pas un hasard si l’action culturelle de l’Espagne au Maroc est soutenue et de plus en plus intense. Coordonnée par la Consejeria de Cultura, (les services culturels de l’Ambassade), elle est canalisée par un réseau d’instituts Cervantès implantés dans différentes villes du Royaume : Rabat, Casablanca, Tanger, Tétouan, Fès et Marrakech. Le Maroc est le deuxième pays au monde (après le Brésil) qui compte autant d’Instituts Cervantès. En plus des Cervantès, on compte une dizaine de collèges et instituts dont le travail est coordonné par la Consejeria de Educacion (Services d’éducation) qui agit également auprès des lycées marocains où l’espagnol est enseigné à travers les six Asesorias Técnicas se trouvant à Rabat, Casablanca, Agadir, Fez, Tanger et Tétouan, pour accompagner l’enseignement marocain de l’espagnol au niveau du secondaire.

Challengenews
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