Dossier

Casablanca se dote d’un méga plan de développement urbain


Nommé quelques semaines après le discours du 11 octobre 2013 où le souverain a critiqué le mode de gouvernance de la ville, le Wali Khalid Safir a pu et su relever le défi. Faisant confiance à l’expertise nationale, il a établi un partenariat gagnant avec l’Université Hassan II qui a vite porté ses fruits. S’entourant d’un think tank d’experts, il a rapidement élaboré, sur la base d’une démarche participative et inclusive, un diganostic suivi d’un plan d’action. Le résultat est plus que satisfaisant. La démarche du Wali est exemplaire et nous ne pouvons que recommander sa généralisation à l’ensemble des grandes villes qui, malheureusement continuent à tourner le dos à leurs universités. Dossier réalisé par Salim AL Attar

L

a ville de Casablanca tient une place particulière dans la vision Royale du développement urbain. Conscient des lignes de force et de faiblesse de la capitale économique, le Souverain a d’abord adressé une sévère critique du mode de gouvernance de la métropole tout en multipliant ces deux dernières années l’inauguration des grands projets structurants qui ont positivement modifié le paysage urbain de la ville. Dans le discours du 11 octobre 2013, le Roi Mohammed VI a fortement critiqué le mode de gouvernance de Casablanca. Sur ce registre, le souverain a cité Casablanca comme « l’un des modèles les plus faibles en matière de gestion territoriale ». Il a ainsi pointé du doigt le déficit de gouvernance dont souffre la capitale économique qui, malgré les moyens dont elle dispose fait moins bien que les villes de Rabat, Fès et Marrakech. Des villes qui, pourtant, n’ont pas les moyens de Casablanca. 

Selon le Souverain, « la transformation de Casablanca en hub financier international exige d’abord et avant tout, des infrastructures et des services de base, répondant aux normes mondiales. Elle requiert, en outre, la consolidation des règles de bonne gouvernance, la mise en place d’un cadre juridique approprié, la formation de ressources humaines hautement qualifiées et l’adoption de techniques et de méthodes de gestion modernes. Malheureusement, Casablanca ne réunit pas tous ces atouts, malgré les grands efforts en matière d’équipement et d’investissement, surtout pour ce qui est de la mise à niveau urbaine. » En un mot, le problème dont souffre la capitale économique tient essentiellement à un déficit de gouvernance. 

Le Wali s’entoure d’un think tank

Nommé juste quelques semaines après ce discours qui a eu l’effet d’un seisme institutionnel dans la capitale économique, le Wali Safir s’est attelé à l’élaboration d’une stratégie de développement de la ville selon une démarche innovante. Rapidement, il met en place, en partenariat avec l’Université Hassan II un think tank composé d’experts, de professeurs universitaires et de représentants des milieux économiques. Ce think tank s’est fixé comme objectif stratégique de doter la ville d’une stratégie de développement pour en faire un pôle de rayonnement à l’échelle nationale, continentale et internationale. La démarche adoptée est une démarche participative et consensuelle. Sous la direction du Wali, le think tank a organisé des ateliers de travail hebdomadaires. Il a également tenu des séances d’écoute de l’ensemble des acteurs de la ville : citoyens, sociétés civiles, opérateurs économiques… Plusieurs workshops thématiques ont été également organisés : transports et mobilités, emploi, formation, éducation et santé etc… Et enfin, le think tank a procédé à un Benchmark international pour confronter Casablanca avec des capitales comme Istambul et Barcelone, Marseille, et Stuttgart. Cette initiative du Wali doit être saluée. C’est la première fois que l’Université a été associée d’une façon directe et officielle à l’élaboration du plan de développement urbain d’une grande ville au Maroc, en l’occurrence la métropole économique.

Sur la base du diagnostic établi et des propositions d’action, Khalid Safir a commencé un remarquable travail de mobilisation des partenaires, de collecte de fonds et d’ingénierie conventionnelle.

Le résultat atteint est remarquable : c’est un plan de développement de la région du grand Casablanca pour la période 2015-2020, avec un budget de 33,6 milliards de dirhams. La cérémonie de lancement de ce méga plan de développement a été présidée par S.M. le Roi Mohammed VI vendredi 26 septembre au Palais Royal à Casablanca. 

Un plan de développement axé sur la problématique du transport et du schéma de circulation

Le Plan de développement urbain du Grand Casablanca, est axé conformément aux recommandations du think tank, présentées en mars 2014, sur les problèmes de mobilité, de transport et de schéma routier de circulation. En effet, près de 27 milliards de dirhams seront consacrés à la modernisation du transport urbain et du schéma de circulation routier dans la capitale économique. L’objectif est d’apporter des réponses claires et audacieuses, à la problématique du transport et des déplacements à Casablanca et de ses équipements de base, qui seront renforcés et améliorés. Les Casablancais verront sans doute leur cadre de vie amélioré grâce à ce plan de développement intégré, qui veille au respect de l’environnement et du cachet identitaire de la capitale économique. Le plan prévoit ainsi, l’extension de la ligne du tramway, le développement du parc d’autobus, l’aménagement des routes et la réalisation d’ouvrages d’art et de tunnels. Le Plan de développement vise donc à promouvoir des projets multidimensionnels pour apporter des solutions efficaces aux problématiques des voiries, de la circulation routière, du stationnement en ville. Le Plan de développement a également accordé une place importante au volet socio-culturel et à la préservation de l’environnement de la ville. De grands projets sont prévus dans ce cadre, comme la construction d’un grand théâtre et d’un village de sport, la mise à niveau du complexe Mohammed V et de l’espace  »La Casablancaise » et la réhabilitation du littoral, de la Forêt de Merchich et du zoo d’Ain Sebaâ.  

Un programme tributaire de l’amélioration de la gouvernance de la ville

La mise en œuvre des projets inscrits dans le cadre de ce méga Plan de développement de la région, est tributaire de l’amélioration du système de gouvernance. Selon Khalid Safir  « mettre en œuvre ces projets, réaliser les aspirations et relever les défis ne sera pas possible sans l’adoption d’un système de gouvernance audacieux et efficace ». Dans sa présentation devant S.M. le Roi, il a détaillé les quatre principaux leviers pour assurer la réussite et l’accompagnement de ce plan de développement et améliorer l’efficience des instances chargées de l’exécution sur le terrain de ce chantier d’envergure.

Il s’agit, a-t-il précisé, des leviers de développement de la gouvernance et du cadre juridique, de recherche de nouveaux modes de financement et de partenariat, de la gestion moderne des services publics et de la communication visant la promotion de l’identité de la région. M.Safir a expliqué que les citoyens seront associés à travers les instances élues et la société civile, en tant que force de proposition, dans le cadre du levier de développement de la bonne gouvernance, à la mise en œuvre des chantiers de ce plan de développement. De même le secteur privé et la société civile, a-t-il poursuivi, seront associés à l’élaboration, l’évaluation et la mise en œuvre des politiques publiques au niveau local, l’objectif étant d’assurer la convergence et l’intégration entre les programmes et de définir les rôles en rapport avec les missions décisionnelles des conseils élus et les missions exécutives de l’administration locale. Selon le Wali, tout ce processus nécessite la restructuration de l’administration communale, le renforcement de ses ressources humaines et de son professionnalisme et la création d’une police administrative municipale pour veiller à assurer le contrôle d’une exécution optimale des décisions des conseils élus.

Pour ce qui est du levier axé sur la recherche de nouveaux modes de financement et de partenariat, il sera procédé à la mise à niveau de l’administration communale dans le but d’élargir l’assiette fiscale et d’améliorer l’efficacité du recouvrement des impôts, à l’amélioration du rendement des services communaux payants, à la mobilisation des ressources propres des communes par la mise en valeur de leurs biens et à l’augmentation de leurs ressources financières, a-t-il ajouté.

L’amélioration de la gouvernance nécessite également la rationalisation de la gestion des ressources humaines et des dépenses des collectivités territoriales, de la maîtrise de la masse salariale pour améliorer la situation financière de ces communes, renforcer leur capacité d’investissement, attirer des financements et des investissements étrangers et encourager le partenariat public-privé pour la réalisation de de grands projets à travers des montages financiers innovants, a fait observer M. Safir.

L’amélioration de la gouvernance nécessite également la modernisation de la gestion des services publics. Sur ce registre, M. Safir a annoncé que des mesures seront prises pour le renforcement des structures organisationnelles des unités administratives de la wilaya du Grand Casablanca et du Conseil communal de la ville, dans le but de leur permettre d’assumer leurs missions dans des conditions optimales. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication seront mises à profit pour renforcer ce volet.

S’agissant du volet de la communication visant la promotion de l’identité de la région, M. Safir a annoncé qu’il sera procédé à la création d’un label d’excellence propre à Casablanca, tout en œuvrant pour son rayonnement et pour la promotion des atouts de la capitale économique du Royaume sur les plans local, national et international, ainsi que de son pôle financier (Casablanca Finance City). 

Un observatoire régional d’évaluation de la bonne gouvernance

M. Safir a annoncé la mise en place d’un observatoire régional d’évaluation et de suivi. Il s’agit d’une instance chargée de l’accompagnement et du suivi de ce plan de développement. Il a précisé que des indices d’évaluation internationaux ont été choisis pour évaluer le degré de concrétisation des objectifs tracés dans le cadre du Plan de développement de la région du Grand Casablanca (2015-2020) et suivre le classement de la métropole par rapport à d’autres villes internationales. Selon le Wali, ces indices concernent les domaines du mode de vie (indice de la qualité de vie établi par le cabinet Mercer et par l’Economist Intelligence Unit), des infrastructures (indice de la compétitivité internationale du The World Economic Forum), de la prospérité économique (indice Doing Business) et des loisirs (Classement des pays suivant les dépenses des visiteurs établi par MasterCard).

Il apparaît en définitive, que le Plan de développement du Grand Casablanca (2015-2020), dont le lancement intervient un jour après l’inauguration par le Souverain de la nouvelle gare ferroviaire de Casa-Port, s’inscrit en prolongement des grandes Initiatives Royales visant à faire de la ville de Casablanca une cité disposant d’infrastructures modernes et à confirmer son rôle de locomotive de la croissance économique du Maroc. Il vient ainsi conforter le projet « Wessal Casablanca-Port », qui vise la reconversion d’une partie de la zone portuaire de Casablanca, Casa Marina, qui vise à créer un méga pôle dédié au tourisme et aux affaires, Casa Anfa , qui vise à créer une offre mixte d’habitat avec de grands équipements commerciaux, hôteliers, de culture, de sport et de loisirs, la mise en valeur de la médina et l’aménagement de la corniche et du littoral… autant de grands projets urbains structurants qui vont renforcer le rayonnement de Casablanca sur le plan national, continental et international. 

10 conventions de  33,6 milliards de DH

A l’occasion du lancement du plan de développement de la région du Grand Casablanca (2015-2020), le 26 septembre 2014, le Roi Mohammed VI a présidé la cérémonie de signature de 10 conventions relatives à la mise en œuvre du plan de développement de la région du Grand Casablanca (2015-2020). Ces conventions totalisent une enveloppe budgétaire de 33,6 milliards de DH.

1

– La convention relative à la construction des équipements publics, dans le cadre des opérations de lutte contre l’habitat précaire, a été signée par Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur, Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des affaires islamiques, Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des Finances, Rachid Belmokhtar, ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, Mohamed Ouzzine, ministre de la Jeunesse et des Sports, El Houssaine Louardi, ministre de la Santé, Khalid Safir, wali de la région du Grand Casablanca, Chafik Benkirane, président du conseil régional du Grand Casablanca, Mohamed Sajid, président de la commune urbaine de Casablanca et Badr El Kanouni, président du directoire du Holding Al Omrane.

 

2

-La convention relative au programme régional intégré de mise à niveau social a été signée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Rachid Belmokhtar, Mohamed Ouzzine, El Houssaine Louardi, Mohamed Amine Sbihi, ministre de la Culture, Khalid Safir, Chafik Benkirane, Mohamed Sajid et Larbi Bencheikh, directeur général de l’Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail (OFPPT).

 

3

-La convention relative à l’aménagement de la voirie et des infrastructures routières et à l’amélioration des conditions de circulation, a été également paraphée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Aziz Rabbah, ministre de l’Equipement, du Transport et de la Logistique, Khalid Safir, Chafik Benkirane, Mohamed Sajid, Mohamed Lamfadel, président de la commune urbaine de Mohammedia, Mohamed El Atouani, président du conseil préfectoral de Mohammedia, Salaheddine Aboughali, président du conseil provincial de Médiouna, Abdelaziz Jadie, président du conseil provincial de Nouaceur, Anouar Benazzouz, directeur général des Autoroutes du Maroc, Khadir El Merini, directeur général de l’Agence de l’aménagement et du développement d’Anfa et M’hamed Lemrini, directeur général de la société Al Manar développement.

 

4

-La convention relative à la réhabilitation et à la sauvegarde du patrimoine a été signée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Mohamed Nabil Benabdellah, ministre de l’Habitat et de la Politique de la ville, Aziz Rabbah, Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, Mohamed Amine Sbihi, Abdeladim El Hafi, Haut-commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la désertification, Khalid Safir, Chafik Benkirane, Mohamed Aouzai, gouverneur, directeur de l’Agence urbaine de Casablanca, Mohamed Sajid, Mohamed Lamfadel, Othman Benjelloun, président du groupement professionnel des banques du Maroc, Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance, Rachid El Andaloussi, président de l’Association Casa Mémoire et Mustapha Mellouk, président de l’association Grand Casablanca Carrières Centrales.

 

5

-La convention relative à la restructuration des quartiers sous-équipés a été signée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Mohamed Nabil Benabdellah, Khalid Safir, Chafik Benkirane, Mohamed Sajid, Badr El Kanouni et Jean-Pascal Darriet, Directeur général de la Lydec.

 

6

-La convention relative au marketing et à la promotion territoriale a été paraphée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Lahcen Haddad, Khalid Safir, Chafik Benkirane, Mohamed Sajid, Abderrafie Zouiten, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), Saïd Ibrahimi, directeur général de « Casablanca Finance City Authority » et Omar Kabbaj, président du conseil régional du tourisme à Casablanca.

 

7

-La convention relative à la mise à niveau des infrastructures culturelles, sportives et d’animation a été signée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Mohamed Ouzzine, Abdeladim El Hafi, Khalid Safir, Chafik Benkirane, Mohamed Sajid et Faouzi Lakjaa, président de la Fédération royale marocaine de football.

 

8

-La convention relative à la mobilité et à l’amélioration du transport en commun a été signée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Khalid Safir, Chafik Benkirane et Mohamed Sajid.

 

9

-La convention relative à l’harmonisation du périmètre de distribution d’eau, d’électricité et de gestion de l’assainissement a, elle, été signée par Mohamed Hassad, Mohamed Boussaid, Abdelkader Amara, ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, Khalid Safir, Mohamed Sajid et Ali Fassi Fihri, directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE).

 

10

-La convention relative à la mise en valeur du littoral du Grand Casablanca a été paraphée par Mohamed Hassad, Khalid Safir, Mohamed Sajid, Mohamed Lamfadel, Abdelkrim Choukri, président de la commune urbaine Dar Bouazza, Mohamed El Atouani et Abdelaziz Jadie. 

 
Article précédent

Importation : Céréales la facture baisse

Article suivant

Il fait l'actu : Anis Birou, ministre chargé des Marocains résidant à l’étranger (MRE) et des affaires de la migration