Enseignement supérieur

Ces autres destinations qui attirent les étudiants marocains

De nombreux pays commencent à prendre une importante place chez les Marocains dans leurs choix pour les études supérieures : l’Ukraine, le Canada, l’Allemagne, la Roumanie. L’Espagne avance ses pions et pourrait dans quelques années monter dans le classement.


La tendance est encore timide, et la France occupe une place prépondérante dans le choix des destinations pour les études supérieures. Avec plus de 40.000 étudiants dont une dizaine de milliers dans les écoles d’ingénieurs et de commerce, ce pays arrive très largement en tête des destinations favorites des étudiants marocains à l’étranger. Et ce n’est pas demain qu’il tombera de son “piédestal“. Pourtant, d’autres pays commencent à faire surface et se faire un petit nom. En dehors du Canada, qui a relativement pris de l’ampleur ces dernières années, d’autres pays se distinguent pour les opportunités qu’ils offrent aux étudiants marocains de s’y former. Notamment des pays tels que l’Ukraine, la Roumanie ou encore l’Allemagne.

L’Europe de l’Est pour les carrières médicales

« Il y a encore peu, l’Ukraine arrivait en 2ème position, certes très loin derrière la France. Le pays devrait compter quelque 4.000 étudiants marocains, essentiellement dans les carrières médicales. Que ce soit pour la médecine, la médecine dentaire ou la pharmacie, l’Ukraine accueille de nombreux étudiants marocains », indique Mohamed Tazi, Directeur Général de Archimède Consulting. Et pas que l’Ukraine. La Roumanie donne également ces opportunités aux étudiants étrangers. La raison ? Ces pays, européens, offrent des conditions de vie et des frais de scolarité relativement abordables que la France. « En France, les conditions d’accès aux carrières médicales sont draconiennes. Et des quotas existent pour les étrangers », explique Mohamed Tazi. Tous ceux qui ne peuvent donc pas faire des études dans le domaine médical en France trouvent leur bonheur en Ukraine et en Roumanie.

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D’ailleurs, précise Tazi, il y a même beaucoup d’étudiants français qui, faute d’effectuer leurs études de médecine en France, partent poursuivre leurs études en Roumanie. De même, au Québec, la France est la première communauté estudiantine étrangère, avec 15.603 étudiants selon les chiffres 2019 de Campus France. Mais l’Ukraine et la Roumanie n’attirent pas les étudiants uniquement qu’en carrières médicales. Ils forment aussi dans les métiers d’ingénierie, dans la lignée des cursus que l’ex-URSS a dispensé à des milliers d’étudiants africains et d’autres pays durant les années 60 et 70.

L’Allemagne vient en 3ème position derrière l’Ukraine. Contrairement à ces deux pays de l’Europe de l’Est, l’Allemagne attire par son offre en formations techniques, notamment pour les étudiants en spécialisation. De plus, le pays offre des opportunités d’emploi après les études. « C’est un argument qui pèse désormais dans les choix des pays de destination. Les parents privilégient et se préoccupent aujourd’hui plus qu’avant des opportunités d’emploi après les études. C’est devenu un critère très important », explique Tazi. Fini le temps où on allait étudier à l’étranger avec la ferme volonté de rentrer au pays pour y travailler. Les années 60, 70 et 80 avec leur état d’esprit sont bien loin, bien de lointains souvenirs. De nombreux parents ayant connu la désillusion du retour au pays ne voudraient plus que leurs enfants s’y prennent les pieds. Mais en Europe de l’Ouest, il n’y a pas que la France et l’Allemagne qui savent attirer l’attention des étudiants marocains. Le voisin ibérique prend aussi des galons.

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L’Espagne, la destination qui monte

Le pays a de quoi attirer. Des universités dans toutes les régions du pays, un système d’enseignement performant, une proximité géographique, des échanges culturels, etc. : l’Espagne monte. De plus, le pays s’est donné pour ambition d’attirer des étudiants pour venir y poursuivre leurs cursus universitaires, dans ses universités. « En médecine, c’est plus facile d’étudier en Espagne qu’en France. Le pays attire aussi par ses formations en ingénierie et dans le domaine de la gestion », affirme le DG d’Archimède Consulting. Ses écoles de gestion sont fort réputées, ses universités sont bien équipées et offrent une multitude de programmes. Sans oublier l’organisation des universités par région, « une excellente organisation », qui permet d’assurer un coût relativement abordable pour des études de très bonne qualité. Ajoutée à cet avantage, la présence d’une forte communauté marocaine dans ce pays, joue un rôle déterminant et devient un facteur-clé dans le choix de l’Espagne. Comme dans le cas du Canada ou de la France, la possibilité de se voir mettre le pied à l’étrier par un membre de la famille ou un proche qui a déjà pris ses quartiers dans le pays est de nature à rassurer quand il faut quitter le cocon familial. « Je prévois que l’Espagne va prendre énormément d’importance dans le futur », pense Tazi.

Dans 4 à 5 ans, le pays pourrait supplanter l’Allemagne et lui ravir la 3ème place », prédit Mohamed Tazi. Lui dont le cabinet accompagne des étudiants pour des études supérieures à l’étranger, en reçoit de plus en plus qui choisissent l’Espagne. D’ailleurs, ajoute-t-il, les écoles espagnoles se renforcent au Maroc et nombre de parents qui y ont inscrit leurs enfants sont satisfaits de l’enseignement qu’ils y reçoivent. « Et cette tendance va continuer. Il y a des places qui vont prendre de l’importance au fil des années », prévient Tazi.

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Malgré tout, il ne faut pas s’attendre à une décrue soudaine des arrivées en France. La croissance des arrivées va certes chuter, mais le nombre d’étudiants dans ce pays continuera pour un bon moment encore à tenir les premiers rangs. « Nos liens avec la France sont très forts ; notre système éducatif est calqué sur celui de la France, la mise en place du LMD est calquée sur la France », rappelle Mohamed Tazi. La course, pour les autres pays, sera longue pour espérer rattraper le coq gaulois.

 
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