Interview

Chakib Benmoussa : « Mon pays n’a pas espionné le président Emmanuel Macron »

Dans un entretien exclusif au Journal du Dimanche (JDD), l’ambassadeur du Maroc en France, Chakib Benmoussa, a démenti l’acquisition par le Maroc du système Pegasus et assure d’une manière catégorique que le « Maroc n’a pas espionné le président Emmanuel Macron ». Pour Benmoussa, « il existe des réseaux hostiles au Maroc en France et ailleurs, qui sont dans une logique de déstabilisation.


En France, la presse continue à poser la question de savoir si le président Macron a-t-il été espionné  après la révélation  que le chef de l’État français figure sur la liste des cibles potentielles du logiciel Pegasus. Le Journal du Dimanche (JDD) a dans ce cadre interviewé l’ambassadeur du Maroc en France, Chakib Benmoussa, qui durant cet entretien exclusif a été très catégorique.

« La relation entre la France et le Maroc est particulière »

« Le Maroc n’a pas espionné le président Emmanuel Macron. Il n’a pas non plus espionné l’ancien Premier ministre ou des membres du gouvernement. D’ailleurs, aucun élément ne corrobore cela. La relation entre la France et le Maroc est particulière, construite sur l’histoire, sur des liens humains et culturels extrêmement forts, sur des intérêts communs. C’est une relation d’exception mais aussi une relation qui se renouvelle à l’aune des évolutions dans chacun des deux pays et des nouveaux défis. Je comprends que des acteurs en prennent ombrage… », a assuré d’emblée le diplomate.

« Les succès du Maroc en Afrique ne font pas plaisir à tout le monde, notamment à notre voisin »

Relancé par le journaliste pour savoir s’il faisait allusion à l’Algérie, Chakib Benmoussa a rétorqué qu’ « il existe des réseaux hostiles au Maroc en France et ailleurs, qui sont dans une logique de déstabilisation ».

Pour l’ambassadeur du Maroc en France, certains acteurs qui considèrent le Maroc comme un ennemi surfent sur cette vague. « Qui a alimenté tout cela ? Qui en a été l’instigateur? des questions pour l’instant ouvertes. Il est de notoriété publique que les succès du Maroc en Afrique ne font pas plaisir à tout le monde, notamment à notre voisin. Nous constatons également un timing particulier », répond le diplomate qui a fait remarquer que des éléments disponibles il y a un an, ressortent aujourd’hui, de manière coordonnée, à l’approche de la Fête du trône, à l’approche des élections législatives, régionales et locales, dans un contexte où le Maroc réalise des avancées sur de nombreux sujets. « Cela peut ne pas plaire », ajoute-t-il.

« Le Maroc a démenti l’acquisition de ce logiciel il y a plusieurs mois de cela »

Sur la question de savoir si son pays a acheté et utilisé le programme espion Pegasus, l’ambassadeur du Maroc en France n’y est pas allé également avec le dos de la cuillère, précisant que le Maroc a démenti l’acquisition de ce logiciel il y a plusieurs mois de cela, et de manière catégorique.

« En juin 2020, Amnesty International nous avait accusés de surveiller des journalistes au Maroc en utilisant une telle application. Le chef du gouvernement avait déjà réfuté de tels faits et demandé dans une lettre adressée à l’ONG d’apporter les éléments de preuve qui permettraient de conforter ses accusations. Une demande restée sans réponse », martèle-t-il.

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« Le Maroc est prêt à participer à une convention internationale sur l’usage des logiciels intrusifs »

A la question du journaliste, qui cite « Le Monde », de savoir si deux services de renseignement marocains, extérieur et intérieur, auraient eu accès à ce système…, Chakib Benmoussa botte en touche : « C’est une banalité ».

« Ce sont des services de renseignement et à l’instar de leurs homologues dans le monde, ils s’intéressent à des logiciels et des outils technologiques pour faire leur travail de protection des intérêts supérieur du pays et des citoyens, sauf qu’ils n’ont pas acquis Pegasus ».

« La Constitution marocaine et les lois récemment mises à jour, conformément aux conventions internationales ratifiées par le Maroc, protègent les données personnelles. Les services marocains s’inscrivent dans une démarche d’État de droit, la loi déterminant les modalités dans lesquelles l’usage de programmes pouvant gérer des données personnelles peut intervenir », a-t-il poursuivi.

Selon Benmoussa,  ces outils sont d’ailleurs accessibles à des services spécialisés, mais aussi à d’autres acteurs. « La NSO les commercialise à titre privé. La question de la production de ces logiciels intrusifs et de leur exploitation se pose et nécessite certainement une approche multilatérale de régulation à laquelle le Maroc est prêt à contribuer ».

« Dans cette histoire, le Maroc est une victime »

Pour le diplomate marocain, le listing de 50.000 numéros qui auraient subi une intrusion ou une tentative d’intrusion semble avoir été reconstitué. Mais comment? Le groupe NSO affirme qu’il ne tient pas de listing… « Pourquoi ce répertoire concerne-t-il certains pays, que l’on essaie de présenter sous l’angle d’États voyous et policiers, et pas d’autres, alors qu’une quarantaine au total sont censés avoir acheté ce programme, selon NSO? Nous nous demandons également quels éléments permettent de faire le lien avec nos autorités », se demande-t-il.

Et d’ajouter : « Les acteurs qui ont initié ce processus, avec des accusations fortes, doivent maintenant apporter des preuves. Dans cette histoire, le Maroc est une victime. Il s’agit d’une tentative de déstabilisation. En quelques jours, le rouleau compresseur s’est mis en place, avec une campagne massive et coordonnée, qui exploite l’émotion d’acteurs se sentant de bonne foi violés dans leur intimité. Quelles raisons aurions-nous à entreprendre de tels actes d’espionnage? »

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« Les procès ne sont pas fondés sur des informations récoltées par les services secrets » 

Interrogé sur la présence dans la liste de certaines personnes présentées comme opposants au régime, l’ambassadeur a d’abord demandé au journaliste s’il pensait sérieusement que ces acteurs représentent un poids politique suffisant pour déstabiliser le pays.

« Les gens connus pour leur hostilité au Maroc n’ont pas besoin d’être espionnés pour qu’on sache ce qu’ils ont à dire! Cette attaque s’appuie sur le fait que des procès sont en cours et que ceux-ci seraient liés à une opération de renseignement », a-t-il précisé.

« Les audiences sont publiques : les procès sont instruits sur la base de plaintes de victimes et de faits dont la matérialité est discutée par la cour ; ils ne sont pas fondés sur des informations récoltées par les services secrets », a-t-il poursuivi.

« Une relation sans complexes avec Israël »

Interpellé sur éventuel lien entre la normalisation des relations avec Israël, avec cette affaire, l’ambassadeur du Maroc en France, a indiqué que le Royaume s’inscrit sans complexes dans cette relation responsable d’ouverture sur le monde.

« Ces dernières années, nous avons privilégié une approche de coopération à l’international sur des sujets en relation avec la paix dans le monde ou la lutte contre le terrorisme, mais aussi sur des sujets en relation avec le changement climatique, le dialogue des cultures ou les migrations. Nous le faisons parce que nous y croyons, pas en sous-traitant pour d’autres, et sans que l’on nous force la main », souligne-t-il.

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