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Chine – Etats Unis : de la guerre commerciale à la guerre monétaire ?

L’affrontement de ces deux mastodontes sur la scène internationale a nécessairement un impact sur l’ensemble des pays formant la « communauté internationale ».


Au mois d’août 2007, la bourse de New York avait connu une chute de 3%, annonçant le début d’une crise financière mondiale qui allait durer plusieurs années et dont les séquelles sont toujours là.

Le 5 août 2019, l’indice boursier S&P 500 a reculé de 2,98%. C’est là une alerte à ne pas négliger dans un contexte mondial de plus en plus instable. La confrontation entre la Chine et les Etats Unis, les deux plus grandes économies mondiales, ne peut pas ne pas impacter l’économie mondiale. Le 1er août, Trump a menacé d’appliquer des taxes douanières de 10% sur 300 milliards de dollars de produits chinois. En réaction, la Chine a décidé de dévaluer sa monnaie, la laissant glisser sous le seuil de 7 yuans le dollar, soit une baisse de 1,4% en une journée. D’après les Etats Unis, cette mesure traduit la volonté de combiner l’arme commerciale à l’arme monétaire. Ainsi, la guerre commerciale serait en train de s’étendre au marché des changes.

Le marché des actions indique, quant à lui, une baisse de 5,8% de l’indice S&P 500 durant la première semaine du mois d’août. Mais ce sont surtout les marchés obligataires qui présentent des signaux inquiétants dans le monde de la finance. Ainsi, le 1er août, à la clôture, le taux de rendement des bons du Trésor américain d’une duré de 10 ans, a reculé de – 2,06%, en une semaine, pour atteindre 1,72%, et passer à  1,6%, le 15 août.

« La baisse des exportations des Etats Unis et de la Chine impliquerait une baisse de la demande de matières premières et autres produits provenant d’autres pays »

La détention massive de bons du Trésor américain par la Chine et la baisse de la valeur du yuan expliqueraient cette évolution négative du taux de rendement. Ainsi, la Chine n’étant pas désarmée, n’est pas restée indifférente face aux menaces de Trump. Paul Blustein, analyste financier du Centre for International Governance Innovation, a déclaré : « En dévaluant leur monnaie à un moment aussi tendu, les Chinois signalent qu’ils sont prêts à de lourds sacrifices. Je ne suis pas surpris que les marchés réagissent enfin et se disent que tout cela pourrait vraiment mal tourner ».

Il est donc évident que la guerre commerciale ne se limite plus au domaine du commerce. En fait, le ralentissement de l’économie chinoise est la vraie cause de la baisse de la valeur du yuan, malgré l’intervention de la banque centrale de Chine pour contrôler les flux de capitaux vers l’étranger. En laissant faire, le yuan n’a fait qu’évoluer vers sa valeur réelle sur le marché des devises. Tout au contraire, Trump semble déterminé à recourir à l’arme monétaire, en plus de l’arme commerciale, en exigeant une réduction du taux d’intérêt de la part de la Réserve fédérale.

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En fait, le recours à l’arme monétaire ne date pas d’aujourd’hui. Déjà, en 1929, les Etats s’étaient engagés dans une spirale de dévaluations, chaque Etat tentant d’appauvrir l’autre. Le recours actuel à cette arme risque surtout de causer des dommages profonds aux acquis du système monétaire international, voire à des institutions économiques internationales devenues incontournables en matière de stabilité, comme l’Organisation Mondiale du Commerce.

Cette « guerre » américano-chinoise  est en fait multidimensionnelle, sans être directement violente, pour le moment. Les domaines concernés par cette « guerre », et les plus apparents, sont notamment le commerce, la monnaie, mais aussi les nouvelles technologies de l’information et de la communication, ainsi que la recherche scientifique. Cette « guerre » devra nécessairement s’étaler aux relations avec les autres Etats. La baisse des exportations des Etats Unis et de la Chine, premières grandes puissances économiques, signifie aussi, nécessairement, une baisse de la production et donc de la demande de matières premières et autres produits provenant d’autres pays. C’est là une réaction en chaîne, pas seulement économique, mais aussi financière, voire monétaire, à prendre sérieusement en compte dans les prévisions des Etats.      

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