Politique monétaire

Conseil de Bank Al-Maghrib : les vérités de Jouahri

Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, a fait le point sur les dossiers chauds du moment, à l’issue de la deuxième réunion trimestrielle de l’année du conseil de la banque centrale. Flexibilité du dirham, démarrage effectif des banques participatives, situation des finances publiques… Les points clés.


1- Nouveau régime de change : entrée en vigueur annoncée avant fin juin
Le Wali de Bank Al-Maghrib annoncera avant la fin de ce mois de juin, avec le ministre des Finances, Mohammed Boussaïd, l’entrée en vigueur du nouveau régime de change. Tout est fin prêt, et Abdellatif Jouahri insiste sur le caractère graduel de cette réforme. «Nous avons fait le choix de la mondialisation, nous avons 55 accords de libre-échange. Le Maroc a développé une stratégie extérieure dirigée vers le continent africain notamment. Bank Al-Maghrib et ses partenaires ont commencé à travailler sur le sujet de la flexibilité du dirham depuis pratiquement 2010, mais nous n’avons pris la décision de faire cette réforme que lorsque nous avons vu que les prérequis étaient totalement en place. Alors quand j’entends par ci et par là, que le FMI nous a imposés ce nouveau régime de change, ce n’est pas juste. Qu’est-ce que le FMI peut m’imposer ? Il ne m’impose quoi que ce soit ! », a déclaré le Wali de Bank Al-Maghrib, visiblement offusqué.

Credit-bancaire2- Hausse du taux des crédits bancaires : période de transition
« Les banques ont commencé à se faire une concurrence invraisemblable sur les taux appliqués à l’immobilier. Et nous, en tant que régulateur, nous y avons perçu un risque. J’ai donc saisi le GPBM (Groupement Professionnel des Banques du Maroc) pour lui signifier que le secteur risque un taux qui peut lui porter préjudice.  Pour combler le cumul des baisses, et eu égard aux décisions que Bank Al-Maghrib a prises par rapport aux baisses du taux directeur de la banque centrale, nous laissons aux banques une période de transition de 9 mois», a souligné Abdellatif Jouahri.

maroc-islamic-finance003- Finance participative : Abdellatif Jouahri rassure
L’architecture de la finance participative se met en place peu à peu. « Nous travaillons sans répit pour faire avancer les choses, mais cela demande du temps. Chaque chose se met en place. L’essentiel des circulaires est déjà publié au Bulletin officiel. Et il y en a déjà d’autres dans le circuit dont le rôle est de venir compléter le fonctionnement de l’écosystème. Il n’y a aucune volonté de la part de n’importe quelle partie prenante de faire machine arrière sur ce projet. Je vous assure que tous ceux qui sont en train de faire aboutir ce dossier, travaillent même le week-end pour que les choses avancent vite », assure le gouverneur de la Banque Centrale. Il a aussi laissé entendre qu’il a rappelé l’une des filiales participatives d’un groupe bancaire de la place qui avait annoncé le démarrage de ses activités fin mai 2017, alors même que certaines pièces essentielles comme la convention d’ouverture de compte manquent encore au puzzle. « Quand vous faites de la publicité pour appeler un client, c’est bien sûr pour lui ouvrir un compte, mais il n’y a même pas de convention d’ouverture de comptes », a-t-il noté. Soulignons que la convention d’ouverture de compte est déjà finalisée et devrait être publiée très prochainement. En ce qui concerne le marché des sukuks, le Wali a fait savoir que dès le mois de septembre, l’arsenal devrait être prêt pour un démarrage effectif.

Bank Al-Maghrib4- Spéculation sur le dirham : Jouahri en colère contre les banques
C’est la goutte de trop qui a fait déborder le vase. Abdellatif Jouahri a tapé du poing sur la table lors de la conférence de presse. Le secteur bancaire a choisi une mauvaise option en spéculant sur une quelconque dévaluation du dirham dans le cadre du nouveau régime de change. « Je suis un peu froissé de constater cela », a même lâché le gouverneur de la banque centrale. Il ne voit pas d’un bon œil les opérations de couverture que les banques sont en train d’effectuer ces derniers mois pour le compte de leurs clients, à seulement quelques jours de l’entrée en vigueur du nouveau régime de change. Le Wali de Bank Al-Maghrib a même dépêché ses services d’inspection auprès des établissements bancaires de la place pour aller vérifier les opérations qui sont effectuées, en vue de mesurer la situation et prendre les sanctions qui s’imposent. «J e ne suis pas du tout content parce que cela décrédibilise tout ce que nous avons dit depuis le départ. Nous avons dit que la flexibilité du régime de change ne s’accompagnera pas de dévaluation, alors pourquoi demander aux opérateurs de réaliser certaines opérations de couverture qui n’ont rien à voir avec les opérations ordinaires ? », se demande Abdellatif Jouahri, qui appelle à avoir plus de confiance dans les décisions de la banque centrale. Dans les jours à venir, les missions dépêchées par Bank Al-Maghrib devraient rendre leur conclusion. Et le Wali assure qu’il y aura des sanctions. Mais, sa priorité est de faire réussir la réforme pour l’intérêt suprême du pays. Abdellatif Jouahri a assuré que d’ici la fin du mois de juin 2017, il va annoncer l’entrée en vigueur du nouveau régime de change.

 
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