Portrait

La face cachée du Marocain qui doit développer un vaccin contre la covid-19

Depuis qu’il a été nommé par le président américain Donald Trump, directeur scientifique de l’opération “Warp Speed”, un effort inédit visant à préparer « très rapidement » un vaccin contre la Covid-19, beaucoup s’interrogent sur l’identité réelle de Moncef Slaoui. Qui est cet éminent spécialiste en biologie moléculaire ? Quels sont ses liens et attaches avec le Maroc ? Quelles sont ses ambitions pour son pays ?


Le mercredi 13 mai, la plupart des Marocains découvrent qu’un Marocain installé aux Etats-Unis a été appelé à diriger l’effort du président Donald Trump pour développer un vaccin contre le coronavirus. L’information rapportée ce jour-là par les médias américains, citant des responsables de la Maison Blanche, a rapidement été reprise par la presse électronique marocaine et les réseaux sociaux. Depuis, beaucoup s’interrogent également sur l’identité réelle de cet éminent spécialiste en biologie moléculaire.  Qui est réellement Moncef Slaoui ? Sinon comment expliquer que cette sommité dans le domaine de la recherche & développement santé ne soit pas très connue dans son pays ? Il faut dire que l’une des rares apparitions publiques de Moncef Slaoui au Maroc, remonte au mardi 16 mai 2017. Il était l’invité vedette de la Chambre de Commerce Britannique au Maroc pour intervenir dans une édition du cycle « BritCham Conference » sous le thème : « Le Maroc Hub de l’Innovation et de la R&D : Quelles perspectives et facteurs clés de succès ? Zoom sur le modèle britannique ». En guise d’annonce de l’événement, la Chambre de Commerce Britannique au Maroc n’avait pas hésité de communiquer sur le fait qu’elle recevait une personnalité mondialement reconnue, « classée parmi les 50 personnes qui changent le monde, par la revue américaine Fortune en 2016 ». A l’époque, Dr Moncef Slaoui était Président de GSK Vaccins Monde, Membre de son bureau exécutif, et Président de Galvani Biolelectronics.

Des attaches marocaines

Pourtant, Dr Slaoui visite souvent en privé le Maroc pour venir voir  sa mère qui vit à Casablanca. Ayant perdu son père à l’adolescence, Moncef Slaoui a été élevé avec ses 4 frères et sœurs par sa mère, femme qui ne s’est jamais remariée. Ce qui ne l’a pas empêché d’avoir de grandes ambitions au même titre que ses frères et sœurs dont deux sont devenus médecins (Amine, pédiatre qui décédera plus tard et Mohamed, médecin gastro-entérologue) et une professeure universitaire (Hadia, Pr à la faculté des lettres et sciences humaines Ben M’sik). Lui, dont la sœur est décédée très tôt de la coqueluche, une maladie vaccinable, pendant leur enfance au Maroc choisira de devenir médecin comme ses deux frères. Né à Agadir en 1959, Moncef Slaoui a grandi à Casablanca.

A la conquête du monde

Après un bac obtenu au lycée Mohammed V de Casablanca, ce père de trois enfants quitte son Maroc natal pour la France où il comptait suivre des études de médecine mais par un curieux hasard se retrouve en Belgique où il a voulu suivre des études en médecine.  Il ne réussira pas à l’intégrer faute de place, ni à devenir médecin, mais l’ironie du sort fera de lui plus tard professeur au sein de ce même établissement. Ainsi, après avoir obtenu une licence en biologie, il fait un doctorat en biologie moléculaire et immunologie à l’Université libre de Bruxelles qu’il obtient en trois ans. Le destin le mènera après aux Etats-Unis avec son épouse. Flanqués tous les deux de leurs doctorats, ils soumettent leur candidature pour une formation post-doctorale à l’Université de Harvard. Ils passeront trois ans à Boston entre 1983 et 1985. Mais Moncef est obligé de quitter le pays de l’Oncle Sam car son épouse est approchée par un chasseur de têtes de Smith Kline R.I.T (Recherche et industrie pharmaceutique), société spécialisée dans les vaccins, dénommée aujourd’hui GlaxoSmithKline (GSK). La firme multinationale lui propose de revenir en Belgique pour entreprendre un projet de vaccin contre le Sida. Par coïncidence, il rencontre le président de Smith Kline R.I.T qui lui propose le poste de conseiller scientifique en immunologie de GSK qu’il va occuper pendant trois ans. Convaincu par l’impact des vaccins à sauver des vies, Dr Slaoui franchit le pas en 1988 de rejoindre le domaine de la recherche pour les vaccins, toujours chez GSK. Son nom reviendra souvent dans la découverte de plusieurs vaccins du groupe pharmaceutique, notamment ceux contre l’herpès, la Malaria, le cancer cervical, le rotavirus et les infections à pneumocoques.

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Seul hic, si ces vaccins sont  approuvés en Europe, ce n’est pas le cas aux Etats-Unis pour la simple raison que GSK n’y est pas présente dans la recherche scientifique.  Moncef va une nouvelle fois mettre le cap sur les Etats-Unis car GSK va y implanter un centre de recherche à Rockville qui sera rebaptisée quelques années plus tard «Slaoui Center for Vaccines Research»,  en hommage à sa personne et à ses nombreuses contributions, et où travaillent aujourd’hui dans le développement des vaccins près d’un demi-millier de chercheurs. Le brillant chercheur à l’humilité impressionnante sera promu tour à tour directeur du business développement du centre mondial de GSK basé à Philadelphie, chef de développement de la recherche globale, puis directeur de la division vaccins monde de la firme européenne pour relancer la R&D de GSK. Le résultat ne se fera pas attendre. Le laboratoire va passer d’un médicament approuvé par l’Agence américaine d’approbation des médicaments et des produits alimentaires FDA à une trentaine avec le tiers du budget d’alors. Outre cette performance, Moncef Slaoui va donner une nouvelle orientation au laboratoire qui mise sur la médecine bioélectronique qui consiste à implanter de petites puces sur les nerfs conduisant à un viscère donné, comme le foie, le pancréas ou la rate, afin de pouvoir guérir énormément de maladies liées à ces organes. En effet  cette technique scientifique a réussi à guérir 14 maladies chroniques allant du diabète au lupus, en passant par l’asthme et l’obésité. Il a entamé en 2018 des essais cliniques pour le développement de cette recherche, via une société nommée Galvani Elctronics cofondé en  août 2016 entre Global Healthcare company, GSK, et Verily Life Sciences, une filiale de Google dédiée aux recherches bio-électroniques. Depuis également, Dr Slaoui est à la tête du comité du développement des produits de Moderna Inc une entreprise de biotechnologie qui en collaboration avec National Institute of Allergy and Infectious Diseases (Niaid), travaille sur un vaccin expérimental contre le nouveau coronavirus. Ce n’est pas un hasard si le président américain Donald Trump qui l’a nommé vendredi 15 mai comme directeur scientifique de l’opération “Warp Speed”, un effort inédit visant à préparer « très rapidement » un vaccin contre le Covid-19, dit de lui qu’il est « l’un des hommes les plus respectés au monde dans la production et la formulation de vaccins ».

Ses ambitions pour le Maroc

A quand l’expertise de Moncef au service du Maroc ? Il faut dire qu’il n’a jamais caché sa volonté d’aider le Royaume à développer sa R&D. C’est ainsi que lors de son intervention en 2017 à la Chambre de Commerce Britannique, il dit espérer « s’engager dans des projets où le Royaume peut faire la différence ». En effet, pour lui, le Maroc doit faire preuve de pragmatisme et de réalisme dans ses orientations en termes de R&D. Selon lui, aujourd’hui, il ne peut pas concurrencer les grandes structures déjà en place en se lançant dans de grands projets. D’où la nécessité de faire de la R&D en s’appuyant sur des questions spécifiques au Royaume, notamment ses plantes médicinales, sa médecine traditionnelle ou les maladies avec un phénotype particulier. Car, dit-il, en agissant de la sorte, le Maroc part avec un avantage sur les autres. Et les petites réussites en appelleraient des plus grandes, et peu à peu le Maroc pourra devenir un collaborateur privilégié des mastodontes de la R&D, avant de pouvoir rivaliser un jour à plus grande échelle. 

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