Economie

Covid-19 : un scénario probable de croissance à 4% au Maroc dès la reprise mondiale

Dans l’un des 3 scénarios échafaudés par le Haut Commissariat au Plan dans son examen de la mise en œuvre par le Maroc des objectifs de développement durable, le Maroc pourrait retrouver une vigueur économique après la crise du Covid-19. Et ce, à travers la performance de ses métiers mondiaux et les flux d’IDE que le pays pourrait recevoir. En ligne de mire, une croissance qui pourrait se situer à 4% par an. Rien que cela.


Le HCP voudrait voir le verre à moitié plein. Et tout comme Bank Al Maghrib qui a basé sa décision de maintenir le taux directeur à 1,5% en suivant ses propres scénarios qui lui indiquent qu’en l’état actuel, l’économie est bien financée, le HCP croit que le rebond après la crise peut être plutôt profitable pour le Maroc. L’un des scénarios, dit probable, « prend en charge les impacts de la pandémie du COVID-19 sur l’économie nationale, retrace la trajectoire de son évolution avec un rétablissement progressif après la période de récession causée par cette pandémie », explique le rapport du HCP. Ce scénario s’oppose à ceux dits tendanciel(1) et souhaitable (2). Et selon ce scénario, passé le ralentissement du Maroc dans son élan en matière de réalisation de ODD à 2030, « le pays va accélérer sa croissance et améliorer ainsi tous ses indicateurs sociaux par rapport au scénario tendanciel basé sur les évolutions des dernières années », détaille rapport.

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Une croissance à 4% par an

Suivant ce scénario, « le rythme de croissance du PIB serait amélioré pour atteindre 4% par an (contre 3% dans le scénario tendanciel) », précise le rapport. Comment ? Le HCP compte sur le déploiement de plusieurs programmes et stratégies sectoriels ayant contribué à la modernisation des infrastructures du pays et au relèvement du profil de spécialisation de son système productif. Le redémarrage de l’économie mondiale serait à ce moment tirée « principalement par le bon comportement des économies émergentes et en développement, impactant en conséquence positivement la demande adressée au Maroc », scénarise le HCP. Le rapport ajoute que « l’économie marocaine ferait preuve d’une résilience puisqu’un dynamisme des exportations nationales serait de retour, impulsé par la performance des secteurs forgeant l’ossature des métiers mondiaux du Maroc ainsi que par la performance qui serait observée du côté des flux d’Investissements directs étrangers (IDE) reçus par le Maroc ». Et ces résultats seraient la conséquence de réformes que le Maroc aura déployées sur le plan de la modernisation de son système productif et du renforcement de sa compétitivité. Dès lors, les industries manufacturières croîtraient de 3,9% et les services marchands devraient bondir de et 4,5%, et le secteur agricole enregistrerait une croissance de 2,5% en moyenne annuelle durant les dix prochaines années.

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Puis, dans le sillage de ces améliorations économiques probables, l’éducation connaitrait une baisse de la part des adolescents non scolarisés de 23,8% (16,7% dans le scénario tendanciel). Les taux de mortalité infantile et néonatale baisseraient aussi de 21,8% et 18,3% au lieu de 15,3% et 12,7% respectivement dans le scénario tendanciel. La mortalité maternelle baisserait, quant à elle, de 28,3% au lieu de 20,1%. Ces améliorations cibles devraient se produire à horizon 2030, pour rester dans les engagements pris par le Maroc.

Optimisme

Le scénario est idéal et fait presque écho à l’optimisme affiché par le Ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Economie Verte et du Numérique, Moulay Hafid Elalamy, lors du Conseil National de l’Entreprise il y a quelques jours à la CGEM. Celui-ci n’avait pas manqué de souligner le dynamisme et la résilience des entreprises malgré l’impact important de la crise sanitaire, et mis en avant la banque de projets que son ministère a concoctés pour les investisseurs dans plusieurs secteurs. Le ministre avait également démontré la disponibilité de son département à accompagner les entreprises, à les soutenir pour leur permettre une montée en compétence et en régime. Seulement, ce scénario très inspirant du HCP a-t-il quelque espoir d’être réalisé ? À en croire l’économiste Najib Akesbi, intervenant récemment lors d’une conférence à la CFCIM, « “l’incertitude“ est le mot qui caractérise le mieux la situation ; personne ne voit encore le bout du tunnel dans cette crise. Cette rentrée économique est bizarre, atypique, unique en son genre. On est en permanence confrontés à des faits nouveaux. Et on est armés que par notre capacité d’analyse. L’expérience, dans cette situation, ne nous est d’aucune utilité ». Justement, la taille de cette incertitude donne-t-elle l’opportunité d’établir un scénario aussi volontariste et expansif ? D’abord, le HCP dans son scénario table sur le déploiement des réformes en matière de modernisation du productif du pays et le renforcement de ses capacités. Par temps de crise, et au vu de la trésorerie amincie que doivent gérée les industriels, avec des conditions de financement qui restent encore très sévères, une telle modernisation est-elle réellement plausible ?

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La CGEM, dans ses propositions pour la loi de finances 2021 a émis un certain nombre d’idées en matière d’allègement de charges et de soutien à la trésorerie pour l’entreprise, mais qui pourraient mettre l’État en situation d’endettement plus important. Qui financera donc cette modernisation de l’outil productif ? Le scénario compte aussi sur les métiers mondiaux du Maroc qui pourraient retrouver une certaine vigueur dans la chaîne mondiale de production et une arrivée importante d’IDE. Sauf qu’à l’heure actuelle, d’autres pays sur les mêmes créneaux profitent d’avantages non moins compétitifs à faire valoir. Le Maroc saura-t-il surpasser ses propres retards, rattraper et dépasser ces pays qui chercheront également à se positionner pour prendre la reprise au rebond ? Le challenge est lancé.

(1) Le premier scénario, dit tendanciel, ignore les effets de la pandémie. Il projette l’économie marocaine dans 10 ans sur la base de ses réalisations actuelles.  Selon le scénario tendanciel, l’économie marocaine devrait continuer à croitre de 3% par an entre 2020 et 2030. Au niveau des composantes de la demande intérieure finale, la consommation des ménages croitrait à 2,9% par an, l’investissement privé à 2,1% et la consommation publique à 3,3%. Le déficit commercial extérieur serait en accentuation, en dépit de l’accroissement de 3,8% des exportations, plus élevé que celui de 3,2% des importations. Au niveau sectoriel, les services marchands enregistreraient la valeur ajoutée la plus élevée, suivis par l’industrie manufacturière, les services publics et l’agriculture. Le taux de croissance serait de 3% par an d’ici 2030 pour les services marchands et les services publics et devrait se situer entre 1,9% et 3% en moyenne, respectivement pour l’agriculture et l’industrie manufacturière. Le secteur de l’industrie minière aurait le taux de croissance le plus faible, inférieur à 1%. Les indicateurs relatifs à l’ensemble des Objectifs de Développement Durable (ODD) seraient, ainsi, en amélioration en 2030. Le domaine de l’éducation, en particulier, connaitrait une baisse de 16,7% de la part des adolescents non scolarisés et une augmentation de 6,4% du taux d’inscription au niveau du préscolaire, de 1,4% du taux d’achèvement du cycle primaire et de 4,5% du secondaire et de 12% du taux d’inscription au supérieur.

(2) Le troisième scénario, dit souhaitable, est un scénario alternatif simulé pour mettre en exergue le gain que le Maroc pourrait réaliser en termes de croissance économique et d’avancement dans la concrétisation des Objectifs de Développement Durable si certaines conditions seraient réalisées. Il s’agit essentiellement de l’amélioration substantielle du rendement des investissements déployés et d’une mise en valeur conséquente des opportunités offertes par les accords de libre-échange en matière d’élargissement des débouchés extérieurs. Le renforcement de l’intégration industrielle au niveau de certains secteurs porteurs et le relèvement de leur compétitivité s’avèrent également nécessaires pour atténuer les pressions concurrentielles suscitées par les importations sur le tissu productif national. La mobilisation de l’investissement public serait davantage soutenue en faveur des infrastructures économiques, notamment les routes, les autoroutes, les ports, les aéroports et les barrages. Dans ce scénario, l’économie nationale gagnerait presque deux points de croissance par rapport au scénario tendanciel. Le secteur manufacturier serait un secteur moteur dans cette dynamique et son évolution serait de 6,4% en moyenne annuelle au cours des dix prochaines années. De même, les secteurs des services marchands ainsi que celui de l’agriculture connaitraient des améliorations notables avec une croissance de 4,9% et 3,8% respectivement. Au plan des Objectifs de Développement Durable, leur évolution serait notable par rapport au scénario tendanciel. Dans le domaine de l’éducation, la baisse de la part des adolescents non scolarisés serait de 30% au lieu de 16,7% dans le scénario tendanciel. Dans le domaine de la santé, le taux de mortalité maternelle baisserait à 47 décès pour 100 000 naissances vivantes au lieu de 58 dans le scénario tendanciel, soit une baisse de 35,2%.

 
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