Interview

Dan Catarivas : « Cette normalisation offre désormais la possibilité d’élargir et d’approfondir les relations entre les secteurs privés israélien et marocain »

En charge des Relations Internationales du Patronat Israélien, Dan Catarivas, Economiste de formation, connait parfaitement les arcanes de l’économie israélienne. Celui qu’on considère aujourd’hui comme  « Monsieur Relations extérieures des industriels d’Israël », met le doigt, entre autres, sur les possibilités de partenariat en termes de business entre les hommes d’affaires et institutions publiques et privées marocains et israéliens et les opportunités pour les entreprises des deux pays. Il pointe également les similitudes entre l’économie marocaine et israélienne.  


Challenge : Suite à la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, quelles sont les possibilités de partenariat en termes de business entre les hommes d’affaires et institutions publiques et privées des deux pays? 

Dan Catarivas : Tout d’abord, le secteur privé israélien se réjouit de cette normalisation qui offre désormais la possibilité d’élargir et d’approfondir les relations entre les secteurs privés israélien et marocain. Les opportunités se trouvent dans différents domaines tant au niveau du commerce, de ventes et d’achats de produits marocains vers Israël et vice versa, que des autres secteurs. Il y a aussi des partenariats qui pourraient être signés entre des secteurs qui sont les plus porteurs dans les domaines de l’agriculture, de l’agroalimentaire, dans le traitement de l’eau, entre autres, qui sont des secteurs dans lesquels Israël a des expertises pour intéresser le Maroc. Je sais qu’il y a déjà eu des coopérations à ce niveau et donc maintenant, avec la normalisation, cela va s’accélérer. Dans les autres domaines tels que la technologie, de la cybersécurité, des fintechs sont des secteurs où Israël a des atouts. De plus, il existe une certaine complémentarité entre les deux économies dans la mesure où le marché israélien étant un petit marché (et le Maroc étant plus grand), on peut donc s’imaginer qu’il y ait une coopération dans les énergies renouvelables, l’environnement… qui sont des secteurs où le Maroc a des atouts. Le Maroc a également un tissu industriel qu’il veut moderniser et là il peut y avoir aussi une coopération entre les deux secteurs privés. 

Challenge : Israël est plus qu’un marché, puisqu’il dispose de près de 400 pôles de recherche et développement. Quelles pourraient être dans ce cadre, les opportunités pour les entreprises marocaines en termes de partenariat ?

Israël s’est positionné comme un centre de Recherche & Développement, puisque nous investissons plus de 4% de notre PIB dans ce domaine, et le secteur privé mobilise énormément d’efforts dans ce sens. Du coup, nous avons des entreprises internationales qui viennent en Israël pour établir leurs laboratoires de R&D. Je pense que cela peut bénéficier également aux entreprises marocaines. Non seulement la R&D se fait en Israël, mais l’application aussi. Il y a là donc, un réservoir de savoir-faire et de connaissance qui peut être mis à la disposition des entreprises marocaines qui, elles aussi, peuvent se joindre à des entreprises israéliennes pour des projets de R&D. Nous savons que le Maroc essaie de développer ce genre de secteur avec des incubateurs et des accélérateurs. C’est dire qu’il peut y avoir dans ce domaine aussi des coopérations entre les deux parties, et même avec d’autres entreprises internationales puisque nos deux pays sont ouverts à la mondialisation et à la coopération internationale. 

Challenge : Jusque-là, les grands partenaires israéliens sont les pays européens, les Etats-Unis et aujourd’hui les pays asiatiques. Le Maroc, de par son positionnement et son économie, pourrait-il constituer un hub pour les entreprises israéliennes désirant s’attaquer aux marchés africains ?

Cela fait aussi partie de la complémentarité qui existe entre l’économie marocaine et israélienne. Effectivement, le Maroc est bien placé pour servir de tremplin pour des compagnies israéliennes qui, ensemble avec des entreprises marocaines, peuvent aller chercher des opportunités dans le marché africain. Israël est déjà présent sur le continent africain à travers plusieurs entreprises, mais je pense que le positionnement du Maroc peut faciliter davantage les choses. Cette coopération israélo-marocaine n’est pas qu’une coopération bilatérale. Ensemble, les deux pays peuvent travailler sur des marchés au niveau mondial et africain où les Marocains ont une pénétration importante et un avantage certain. 

Challenge : Quelles sont les similitudes entre les économies israélienne et marocaine ?

Je sais que le Maroc essaie de moderniser son industrie et fournit beaucoup d’efforts dans le domaine de la R&D. Mais, toujours est-il qu’il faudra laisser du temps aux deux communautés d’affaires pour mieux se connaître, d’apprendre la culture des affaires de part et d’autre, bien qu’il y ait eu déjà des entreprises israéliennes qui ont opéré au Maroc au préalable. Il y a d’abord tout un travail d’apprentissage à faire   pour comprendre là où sont les complémentarités et détecter les similitudes qui peuvent exister entre les deux économies. 

Challenge : Comment les hommes d’affaires israéliens ont-ils accueilli l’annonce de la normalisation des relations diplomatiques et économiques entre le Maroc et Israël ?

La communauté des affaires en Israël est tout à fait enthousiaste à l’idée de travailler et de nouer de nouveaux contacts pour développer des relations économiques sous toutes ses formes (exportations, importations, joint-ventures…) avec son homologue du Maroc. Le tourisme est un domaine très porteur, car de nombreux Israéliens ont déjà visité le Maroc, et maintenant avec les vols directs, le business va s’accélérer de part et d’autre. L’autre point important, concerne les Juifs marocains qui habitent en Israël et qui sont très impliqués dans la vie économique ici. Naturellement, ils se réjouissent aussi de cette normalisation qui permet de renouer avec le Maroc. C’est un point fort qui peut jouer en faveur d’une intensification des relations entre les deux pays.

Son parcours

Dan Catarivas a débuté sa carrière en tant que Haut fonctionnaire au commerce extérieur du ministère du Commerce et de l’Industrie Israélien. Economiste de formation, il a écrit plusieurs publications sur les leviers de l’innovation dans l’économie Israélienne, milieu qu’il a longtemps fréquenté en tant que Conseiller économique auprès de l’Ambassade d’Israël à Pékin, puis à Hong Kong et Beyrouth. Par la suite, Dan Catarivas a dirigé le Cabinet du ministère de la Science et de la Technologie, celui du ministère du Commerce et de l’Industrie et enfin, du Département au commerce extérieur d’Israël au bureau Europe. Et depuis 2005, il est en charge des Relations Internationales du Patronat Israélien. 

 
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