Politique au Maroc

Dangereuse confusion

Mustapha Bakkoury, SG du PAM et Hamid Chabat, SG du PI.

Le rapport du cinquantenaire, sous l’égide de feu Meziane Belfkih avait établi un diagnostic assez consensuel : le Maroc connaît diverses transitions. La transition démocratique a été accélérée par les turbulences de l’environnement régional, lors de ce que l’on a appelé, bien improprement, le printemps arabe. L’exception marocaine est une réalité. Les espaces de liberté conquis de haute lutte, la légitimité de l’institution monarchique, ont permis d’éviter la déstabilisation, par l’adoption d’une Constitution réellement avancée.
Seulement, pour faire vivre ce texte fondamental, il faut que les structures partisanes se mettent au diapason. Les partis politiques n’ont de sens, de justification, que quand ils représentent un courant d’idées présent dans la société.
Si l’on accepte cette définition, il y a au Maroc quatre courants représentatifs. Le conservatisme est prégnant, tant sur les problématiques sociétales que sur la vision de l’intégration du Maroc à la mondialisation. Un courant libéral, du point de vue économique, mais peu novateur sur les questions sociales existe chez les élites. Une gauche libertaire mais à fort accent social, prônant les solidarités est un réel positionnement au sein de la société. Enfin, chez les élites, on peut déceler un véritable courant libéral, tant sur le plan économique que sociétal, il s’agit là des élites occidentalisées, qui sont souvent aux manettes.
Le drame, c’est que ces quatre courants ne sont pas restitués politiquement. L’Istiqlal refuse l’étiquette de conservateur, alors qu’il est le premier parti salafiste du pays. Le PJD se veut moderniste en donnant à ce terme sa propre définition.
La droite marocaine a honte de son positionnement, pourtant réellement ancré sociétalement. Ainsi, le PAM se définit comme social-démocrate et cite les expériences de l’Europe du Nord comme modèles. Ce parti, en voulant unir des gauchistes et des notables, a un véritable problème d’identité. Mais il n’est pas le seul. Le RNI cherche un positionnement centriste, depuis qu’Aujjar et Mustapha Yaznasni, transfuges de la gauche, ont voulu réagir à la création de l’Union Constitutionnelle, en faisant du RNI un parti autonome. La gauche n’est pas mieux lotie. USFP et PPS ont adhéré à l’économie de marché, sans développer une véritable pensée sur la solidarité, d’où leurs dissensions actuelles.
Le drame de la politique au Maroc, c’est la confusion des genres. Tout le monde dit la même chose, c’est ce que les citoyens perçoivent. Pour construire une démocratie, il faut que chacun assume son positionnement sociétal et reflète un courant de pensée réel, au sein de la société. Il n’y a aucune honte à être de droite, de gauche ou d’un éventuel centre. Par contre, se prétendre social- démocrate, quand on est le PAM, ajoute à la confusion et handicape la construction démocratique.

 

 

Lahcen Lyoussi et la mémoire collective

Le centre Lahcen Lyoussi pour les études et recherches politiques a organisé, dans les environs de Sefrou, un hommage à une personnalité qui a joué un rôle historique important dans les années cinquante et l’immédiat après-indépendance. Lahcen Lyoussi fait partie des caïds qui ont refusé de rejoindre Glaoui dans sa campagne pour la déposition de feu Mohammed V. Caïd de Sefrou, il s’est engagé, fortement, dans le soutien du mouvement national et de la revendication du retour du monarque légitime. Ensuite, il a été le Premier ministre de l’Intérieur du Maroc indépendant. Cette période, riche en évènements, est mal, très mal connue. Les politiques, ceux de l’USFP et de l’Istiqlal l’ont·dénaturée. Malheureusement, les historiens n’ont pas rétabli la vérité.
Lahcen Lyoussi a été l’un des fondateurs du Mouvement Populaire. Celui-ci est présenté comme un parti du Makhzen, c’est partiellement faux. Le Mouvement Populaire doit à l’origine son succès au fait qu’il reflétait la réaction de l’arrière-pays à la tentative des élites citadines de s’approprier la lutte pour l’indépendance.
A l’époque, la population rurale représentait 80 % de l’ensemble de la population et c’est l’Armée de libération nationale qui a fait le plus de dégâts au colonisateur. Or, l’ALN était constituée de ruraux, en particulier dans la région du Rif. C’est justement l’assassinat de Abbès Msaâdi qui a été à l’origine de la création du Mouvement Populaire.
Moha Lyoussi a raison quand il place l’action du centre qu’il préside dans le cadre de la mémoire collective et non pas dans l’apologie du parcours de son père.
Si la lutte pour l’indépendance n’a pas été particulièrement meurtrière, c’est parce que le colonisateur a été désavoué par ceux-là même qu’il considérait comme ses·laquais. Les caïds, en choisissant la fidélité au trône, à Mohammed V, ont détruit le projet français d’une monarchie domestiquée.
Près de soixante ans après, le Maroc peut revisiter cette étape historique, avec la plus grande des objectivités, en dehors de toute instrumentalisation politique. Nous le devons à la·jeunesse, aux générations futures.

 
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