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Dans le couloir de la privatisation depuis… 8 ans !

Initié il y a plus de vingt ans, le programme des privatisations a permis à l’État marocain de récolter plus de 100 milliards de DH de revenus et, surtout, de se désengager d’activités totalement ouvertes à la concurrence et ne présentant plus un caractère stratégique pour les politiques publiques.


Aussi, peut-on dire que les principaux ex-joyaux du patrimoine économique de l’État sont déjà sortis du périmètre des EEP (Etablissements et Entreprises Publiques) dont aussi bien des mastodontes tels BMCE Bank, Maroc Telecom et Régie des Tabacs que de grosses PME ou ETI (Etablissements de Taille Intermédiaire) à l’instar de CTM ou Somathes (ex-Office National du Thé et du Sucre). Mais est-ce une raison de garder encore dans le giron du public des entreprises parfois de taille modeste et opérant dans des secteurs libéralisés depuis belle lurette et qui connaissent déjà l’intervention du secteur privé ? À priori non, puisqu’aussi bien le ministère des Finances que la Cour des Comptes qui s’est penchée sur la question dans son dernier rapport « Le secteur des établissements et entreprises publics au Maroc : Ancrage stratégique et gouvernance » affirment que rien ne justifie encore la présence de l’État dans la production de vaccins pour animaux, la gestion des silos portuaires (deux métiers où le privé est déjà présent en force) ou encore la commercialisation de semences (secteur libéralisé depuis 1988 !).

Il faut croire alors qu’il s’agit d’une simple procrastination de la part des décideurs, dans la mesure où Sonacos, Biopharma et Sosispo sont inscrites, depuis au moins cinq ans, dans la liste des sociétés à privatiser sans que rien ne se passe sous le soleil année après année. Une procrastination qui empêche l’État d’empocher au bas mot, quelques 500 millions de DH (si l’on reste plus ou moins collés aux seuls fonds propres cumulés de ces trois entités) mais qui, au passage, mobilise les ressources publiques pour le suivi, le pilotage et le contrôle de ces trois établissements publics entre ministères de tutelle, Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation relevant du ministère des Finances, Cour des Comptes, voire occasionnellement les différentes commissions parlementaires. Sans oublier que le retard à céder ces entités pèse sur leur compétitivité face à des concurrents privés beaucoup plus agiles et pilotés selon une logique de pure efficience économique (ce qui est loin d’être le cas de tous les établissements publics).

L’année 2018 sera-t-elle, enfin, celle de la première privatisation totale d’une entreprise publique, depuis 2006 et la cession de 100% du capital de Somathes au groupe Holmarcom ? Rien n’est moins sûr, puisqu’au vu des échos que nous avons pu recueillir de sources autorisées au sein du ministère des Finances, aucun process (mandat à une banque d’affaires, travaux de valorisation…) n’est enclenché à ce jour. Une inaction des plus incompréhensibles sachant que les 350 millions de DH de manque à gagner pour les caisses de l’État auraient permis par exemple, de construire quelques 1 000 établissements préscolaires dans le monde rural et péri-urbain destinés à scolariser pas moins de 75.000 enfants âgés entre 4 et 6 ans (si l’on se tient aux ratios de la Fondation Zakoura qui s’attelle à ce problème majeur dont pâtit notre pays en collectant des donations du privé), ce qui serait un pas louable vers la généralisation de l’accès au préscolaire de quelque 500.000 élèves aujourd’hui laissés au bord de la route. Un objectif que le Maroc devait atteindre dès 2003 conformément aux objectifs de la Charte nationale de l’éducation et formation.

 
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