Hommage

Décès. Rachid Benabdallah nous a quittés [Par Fathallah Oualalou]

La mort le 20 août dernier de mon ami Rachid Benabdallah, que Dieu lui accorde sa miséricorde, a été vécue comme un grand choc pour bon nombre de ses proches et de ses amis.


Ce qui s’est traduit par une immense tristesse qui a envahi tous ceux qui ont pu accompagner le défunt et prier pour lui jusqu’à la porte du cimetière, en raison des circonstances difficiles et exceptionnelles imposées par la pandémie. Ces dernières années, après avoir renoncé à mes fonctions politiques, j’ai eu la chance de participer chaque semaine à la «Réunion du mercredi» que feu Rachid Benabdallah organisait depuis des années chez lui.

Une rencontre intime, amicale, de réflexion et un échange d’idées sur les événements de la semaine au niveau national, social, régional et mondial, sans compter le suivi des développements diplomatiques, scientifiques et culturels. Une rencontre unique qui ne pouvait être organisée et encadrée que par une personne comme feu Rachid Benabdallah, universitaire, homme de très grande expérience, et surtout ouvert spontanément aux autres.

Il fut un témoin privilégié et un connaisseur de tous les événements que le Maroc a traversés depuis la fin des années quarante. Parallèlement, et dans son style si particulier et distingué, il était un acteur influent, quoique silencieusement, de tous les événements qu’il a vécus, directement ou indirectement.

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Il a été associé au Mouvement ittihadi dès le départ, car il en était l’un des fondateurs et défenseurs. Cela est sans doute venu grâce à son association forte et étroite avec le martyr Mehdi Benbarka qui l’avait chargé, après le retour d’exil de feu SM Mohammed V, de contribuer à la création de l’organisation de la jeunesse de l’Istiqlal. De par ce lien avec Mehdi Benbarka, il s’est engagé très tôt dans le courant démocratique progressiste, en l’occurrence dans l’Union nationale puis dans le Parti socialiste.

Aussi, après l’indépendance, il fut l’un des premiers éminents responsables au sein de l’organisation syndicale (l’Union Marocaine du Travail) et contribua à la mise en place de ses branches au sein de l’administration du Royaume. Il est resté le compagnon de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) jusqu’à ce que Abderrahman El Youssoufi se retire de son poste du Premier secrétaire du parti.  

Ces dernières années, il avait collaboré au Comité des relations étrangères du parti où il m’avait rejoint en tant que membre d’une délégation dirigée par El Youssoufi pour assister au vingtième anniversaire de la fondation de l’Internationale socialiste, organisée en 1996 par le leader socialiste français Pierre Mauroy dans le Grand Hall des Nations Unies à New York.

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Ma lecture de la vie si riche et si pleine de feu Rachid Benabdallah, je la résume en quatre points, soulignant ses caractéristiques qualitatives personnelles et comme militant :

• Premièrement, le défunt avait une personnalité particulière qui faisait que l’on se sentait proche de lui. Il entretenait une amitié personnelle avec les dirigeants syndicaux et avait d’ailleurs cette capacité à combiner amitié et militantisme.

Il était proche de Mehdi Benbarka qui lui a confié, avant et après la mise en place du syndicat, plusieurs tâches auprès des jeunes notamment. Par ailleurs, sa pratique sportive a fait de lui un acteur distingué et influent dans l’organisation de la jeunesse indépendante, qui a représenté le Maroc après son indépendance aux championnats du monde de tennis de table en Chine. Puis son amitié personnelle et sa proximité à l’égard d’Abderrahim Bouabid qui fut l’un de ses amis et qui lui a apporté son soutien dans la stratégie du militantisme vers la démocratie.

Au cours de cette étape, son ancienne amitié avec Si Mohamed El Yazghi s’est consolidée à Rabat. Il avait également une relation intime et forte avec le martyr Omar Benjelloun à Casablanca où il travaillait. C’est une relation qu’il a partagée également avec un ami commun, Si Mohamed Faraj.

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Enfin, durant ces trente dernières années, il a été associé à Si Abderrahman El Youssoufi et il est devenu un ami proche. D’ailleurs, sa maison à Rabat était spontanément et constamment ouverte à El Youssoufi et à sa femme, chaque fois qu’ils y sont venus. Sa famille, ses fils, ses sœurs et ses beaux-parents, surtout pendant les fêtes religieuses, pouvaient être considérés comme faisant partie de la famille de Si Abderrahman. Et les enfants de feu Rachid Benabdallah étaient également considérés par El Youssoufi comme ses enfants. 

• Deuxièmement, la personnalité du défunt a grandi et s’est développée sous l’influence de deux cultures qu’il a su parfaitement conjuguer :

-Une culture qu’il a héritée de son père dont la famille comptait d’éminents érudits. Il maîtrisait l’arabe et le français. Très jeune, il intégra l’administration, devenant un cadre au sein de celle-ci. Il était également traducteur au service de SM Mohammed V. Par ailleurs, au sein de la société marocaine à Rabat, il véhiculait des valeurs de développement et des concepts d’efficacité, de modernisation et de rationalisation.

-Sa deuxième culture est celle du mouvement national anticolonial, notamment avec l’influence directe de Mehdi Benbarka. C’est-à-dire à travers ses aspects progressistes, démocratiques et modernistes.

• Troisièmement, l’une des caractéristiques de feu Rachid Benabdallah est qu’il a su allier habilement son adhésion aux valeurs et aux principes du syndicat, et qu’il fut au cœur de la lutte de l’opposition, entretenant une amitié particulière avec feu le Prince Moulay Abdallah. Ils avaient une étroite amitié, en plus d’une confiance réciproque qui les liaient les deux familles depuis leur jeunesse. Cette position, sans doute, fit jouer au défunt un rôle décisif dans certaines périodes critiques.

• Quatrièmement, feu Rachid Benabdallah a su combiner de façon remarquable son militantisme et son implication sur le plan professionnel. Après avoir officié au sein de l’Administration centrale à Rabat, il a également contribué, avec Si Mohamed Manjour, au transfert de la société «Samir» de Mohammedia dans les années 70 vers le secteur public, dont il en devient le secrétaire général pendant plusieurs années. Ainsi, il est devenu l’un des premiers cadres marocains spécialisés en matière de raffinage des produits pétroliers (production et distribution) et à même de maîtriser les dossiers liés à l’énergie de façon générale.  

Que Dieu ait pitié de notre cher ami Rachid Benabdallah, et nos condoléances à sa femme et ses enfants, Salwa, Abla et Youssef. Et à ses sœurs Halima, Ghazlan, Nadia, ainsi qu’à ses beaux-parents et à tous les membres de sa famille.

À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.

Par Fathallah Oualalou, Professeur universitaire et ancien ministre de l’Économie & des Finances.

 
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