Blog de Jamal Berraoui

Déni de démocratie

Mustapha Khalfi , ministre de la Communication a décidé de se mettre à dos une grande partie des opérateurs du secteur. La Fédération des médias et l’Association des sociétés de production ne le considèrent plus comme un interlocuteur valable  pour des raisons différentes.
Concernant le confl it avec la Fédération des Médias,  il s’agit d’une véritable atteinte à la démocratie, une sortie de route par rapport aux valeurs consacrées par la nouvelle Constitution. Cette fédération a été éliminée de la commission paritaire, mais aussi de toutes les instances consultatives.  L’excuse avancée par le ministre en dit long sur ses convictions démocratiques. Selon lui, la fédération concurrente, la Fédération des éditeurs a menacé de se retirer si la FMM était invitée. Il a donc choisi de manière arbitraire d’exclure une fédération pour  se plier aux ordres d’une autre. Les discours sur la représentativité sont creux, parce qu’ils ne s’appuient sur aucun élément objectif.


L’enjeu pour la Fédération  des éditeurs est clair, c’est le maintien du monopole de la gestion du fonds de soutien, cinq milliards par an distribués en dépit du bon sens, puisqu’ils enrichissent les actionnaires au lieu de promouvoir la presse. Pour ma part, j’ai toujours défendu l’idée que ce soutien  est une forme de corruption de la profession qui ne profi te qu’à des personnes physiques. Mais ce n’est  pas le débat. La Fédération des éditeurs, gavée par les gouvernements successifs, a exigé et obtenu la représentativité unique. C’est une violation historique  des principes démocratiques.

Au Maroc il n’y a ni parti unique, ni syndicat unique, mais pour la presse on voudrait imposer ce déni de démocratie par le  terrorisme de la plume. Les choses n’en resteront pas là. La Fédération Marocaine des Médias est membre de la CGEM. Elle regroupe plus de 70 entreprises qui emploient des milliers de salariés. Une partie de la presse écrite, l’ensemble des radios libres, qui ont des  millions d’auditeurs y sont affiliés. Le coup de force du Ministre est une insulte aux lecteurs et aux auditeurs de ces médias. L’arbitrage du Chef du gouvernement est envisagé. Abdelilah Benkirane devra se prononcer sur une question fondamentale. Ses ministres  ont-ils le droit de violer l’esprit et la lettre des règles démocratiques ? Car c’est de cela qu’il s’agit et de rien d’autre.

Mustapha Khalfi , au nom de «Attajdid», était  membre du bureau de la Fédération des éditeurs. Cela ne l’autorise pas à évincer la fédération concurrente.  De la même manière que le PJD ne peut limiter les négociations sociales à son propre syndicat. Le ministre de la Communication avait pris des engagements  vis-à-vis du bureau de la Fédération des médias, il les a reniés, sous la pression, affirme- t-il, de deux représentants de la fédération concurrente.  Cela donne une très mauvaise image du gouvernement actuel. Si le soutien populaire, la légitimité des urnes  aboutissent à un exécutif qui se couche devant les lobbys les plus insignifiants, alors la construction démocratique est en danger. ■  

 
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