Maroc-Portugal

Des compétences portugaises pour des potentialités marocaines

La journée d’étude Maroc Portugal a été l’occasion de rencontres à haut niveau entre les responsables gouvernementaux marocains et leurs homologues portugais. Cinq ministres des deux pays étaient présents, en plus des représentants du milieu des affaires marocains. Mais le bilan de la journée a été que les portugais recherchent avant tout des partenaires marocains pour porter leurs projets.


L

a conférence d’affaires Maroco-portugaise, “Maroc Portugal : un partenariat stratégique”, s’est tenue le 17 mai dernier à Lisbonne. Une rencontre de haut niveau qui a réuni pas moins de 200 participants lusitaniens, à l’affut des opportunités d’affaires dans un contexte économique marqué par la crise. Pour cette grand-messe des échanges entre les deux pays, deux ministres marocains, et leurs homologues portugais étaient de la partie. Les conclusions de cette journée d’étude et d’échanges auront été unanimes, aussi bien pour Kamal Lahlou, PDG du groupe des Editions de la Gazette, que pour José Antonio Sralva, directeur de l’hebdomadaire Sol : les relations économiques entre les deux pays ne correspondent nullement aux liens diplomatiques et historiques qu’ils entretiennent depuis des siècles. C’est là l’anomalie que la journée d’échanges aura révélée. Les potentialités des deux pays sont grandes, aussi bien d’un point de vue culturel et social, comme le met en lumière S.E Karima Benyaich, ambassadeur du Maroc au Portugal, que du point de vue de l’histoire récente, comme le pointe Mohamed Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat, de l’urbanisme et de la politique de la ville en établissant une corrélation entre la révolution des œillets portugaise, qui a mis à bas, pacifiquement, le système politique fachiste et le printemps arabe, qui est un virage que le Maroc a amorcé avec succès, concrétisant les évolutions du système marocain tout en conservant les valeurs fondamentales du pays.  

Les exportations portugaises vers le Maroc trois fois supérieures 

Le Maroc et le Portugal sont des voisins qui s’ignoraient jusqu’à récemment. Ils se connaissent politiquement depuis des siècles, et leurs histoires sont inextricables. Pourtant, le berceau de la lusophonie regarde vers ses anciennes colonies lorsqu’il s’agit d’échanges économiques. Sans aucun doute, le Brésil, la nouvelle puissance verte sur l’échiquier mondial ne tardera pas à prendre une place de choix dans le concert des nations, depuis le virage amorcé par le règne de Lula. Ce sera sans aucun doute ce pays qui tirera la nation-mère, portugaise, vers le haut. C’est en tout cas là l’espoir que caressent les hommes d’affaires les plus lucides. Mais d’un autre côté, le Maroc bien plus proche attire de plus en plus des PME sur ses terres. Pourtant, les exportations portugaises vers le Maroc n’ont atteint que 470 millions d’euros en 2012, à peine plus de 5 milliards de dirhams. Le Royaume pour sa part, a atteint des exportations qui se montent à peine à 157 millions d’euros, soit 1,7 milliard de dirhams. Sans aucune surprise, la balance commerciale entre les deux pays penche définitivement en faveur du Portugal, qui nous fournit trois fois plus que nous ne lui apportons. En matière de valeur, le Maroc exporte des machines et équipements électriques, des hydrocarbures, des produits agricoles, du textile, des engrais et des dérivés du plastique. Malgré la qualité des échanges, le Maroc ne représente qu’1,02% des exportations portugaises, et ces échanges placent le Maroc au 13e rang des clients de son voisin. Ce dernier exporte du bois, du papier et des produits semi-finis.  

L’immobilier en berne 

Pour Badr Kanouni, président du directoire du groupe Al Omrane, c’était l’occasion de faire le bilan de l’action de son groupe dans le domaine du développement de l’habitat social et pour les classes moyennes au Maroc. Accompagnement qui n’a guère trouvé d’échos dans la salle, si ce n’est celui d’hommes d’affaires portugais qui cherchent à placer leurs propres logements auprès des clients marocains. C’est que dans le pays, l’immobilier est en berne. Situation qui trouve des échos en la personne de Karim Lamrini, représentant de la FNBTP (Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics) mandaté par Bouchaïb Benhamida pour le représenter. Au Maroc non plus, le bâtiment souffre de la conjoncture actuelle. Mais le responsable reste optimiste, une autre bulle immobilière suivra, un nouvel emballement des prix, sur lequel des entrepreneurs pourront construire des fortunes. 

Le Maroc a ceci de beau, c’est un pays de cocagne, où les fortunes se bâtissent par des spéculations effrénées et que les consommateurs n’auront jamais la présence d’esprit de s’insurger contre des prix prohibitifs, supérieurs à ceux de Miami ou Montréal, mais avec une qualité de vie bien marocaine, qui arrangent certains, mais poussent une grande majorité à bout. Les mécontents pourront toujours s’exiler sous d’autres cieux, même si partout l’on ferme la porte au nez des maghrébins… 

Portugal : la passerelle vers le Brésil 

Pour ce qui est du tourisme, les Marocains étaient plus réalistes. Le Portugal est un petit pays, et son potentiel limité. Par ailleurs, les entrées ne cessent de baisser depuis quelques années, comme le pointe Jamal Kilito, directeur général délégué de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT). Mais pour Fouad Lahbabi, vice-président de la Fédération Nationale du Tourisme (FNT), les marchés à conquérir sont brésiliens. Le responsable appelle à une offre croisée, qui amènerait les touristes d’Amérique latine un peu plus loin sur leur parcours, d’Europe en Afrique du Nord, à condition d’avoir des liaisons à des prix attractifs. La balle est dans le camp de la Royal Air Maroc. Mais le phénomène est celui des Marocains qui découvrent de plus en plus la destination lusitanienne et ce, malgré les barrières à l’entrée que sont les visas. Il va sans dire que c’est par cette rencontre entre les peuples que devront passer les politiques pour créer de nouvelles opportunités, comme le pointe Youssef Amrani, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération. Pour ce dernier, ce n’est que lorsque les peuples auront appris à se connaître que le sens des affaires des Marocains reprendra le dessus et qu’ils identifieront les opportunités à développer avec leurs homologues lusitaniens. 

Les hommes d’affaires du pays présents dans la salle, pour leur part, privilégient le partenariat avec des marocains. Signe des temps, le portugais compte sur des nationaux pour défricher la jungle que peut-être le monde des affaires au Maroc. M. Amrani regrettera qu’on n’encourage insuffisamment les investissements. Là encore, il y a beaucoup à faire, mais à l’évidence, les portugais croient au potentiel de développement du Maroc. Peut-être plus que les Marocains eux-mêmes….. 

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