Dossier

Des IDE chinois à capter

Malgré ses méga-investissements en infrastructure (domaine de prédilection de l’Empire du milieu), le Maroc ne représentait jusqu’en 2014 qu’une part infinitésimale des IDE chinois vers l’Afrique. Une donne qui est amenée à changer grâce à un regain d’intérêt de la part des industriels chinois pour la position géoéconomique privilégiée du Maroc, mais aussi car la Chine, qui s’est hissée au rang de premier investisseur mondial en énergie solaire et éolienne, ne pouvait désormais qu’avoir les yeux de Chimène pour le leader africain incontesté des énergies renouvelables. par L.M.


Si jusqu’en 2014, le Maroc ne figurait point dans les radars du fonds souverain China-Africa Development Fund (structure étatique entrée en service en 2007) qui a accompagné près d’une centaine de projets d’entreprises chinoises sur le continent noir, l’année 2015 semble avoir marqué un tournant avec l’arrivée à Tanger Med du géant mondial de la métallurgie, Shandong Shangang qui s’apprête à investir 1,3 milliard de dirhams dans une usine dotée d’une capacité de production de 250.000 tonnes de tuyaux en acier par an, entièrement destinée à l’export. Un investissement que la China-Africa Development Fund finance d’ailleurs à hauteur de 40% et qui représente une véritable rupture par rapport aux flux d’Investissements Directs Etrangers (IDE), au ras des pâquerettes que le Maroc attirait auparavant en provenance de la Chine avec à peine 265 millions de DH en cumulé pour toute la période allant de 2009 à 2014, ce qui représente moins de 1% des investissements chinois vers l’Afrique subsaharienne au cours de la même période (lesquels ont atteint 3,5 milliards de dollars pour la seule année 2013 !). Il faut dire que le Maroc qui n’a jamais fait partie des vingt destinations africaines préférées des entreprises chinoises depuis que l’empire du Milieu a mis en place une véritable stratégie de conquête économique de l’Afrique, est en train de regagner du terrain grâce aussi bien à sa position géoéconomique privilégiée, qu’à son statut africain de bon élève en infrastructure et, surtout depuis peu, de pionner incontestable des énergies renouvelables (les plus grandes fermes solaires et éoliennes en Afrique se trouvent au Maroc et le programme marocain de développement des énergies renouvelables est le plus ambitieux du continent).

Une incursion encore limitée dans les projets d’infrastructures marocains
En effet, la révolution marocaine de la décennie précédente en matière d’infrastructures de tout genre (réseau autoroutier, ports, ponts, aéroports, etc), n’a pas véritablement fait le creuset du raffermissement des IDE chinois vers le Maroc (contrairement à plusieurs autres pays africains dont notre voisin algérien où la Chine a fait une razzia dans la construction des autoroutes, barrages, transports ferroviaires, hôtels et autres). Les incursions des entreprises chinoises de BTP au Maroc restent, à ce jour, peu génératrices d’investissements à long terme et assez limitées en étant principalement incarnées dans les premiers projets glanés par Covec (China Overseas Engineering Corporation), MBEC (Major Bridge Engeneering Compagny) et CWE (China International Water and Electrics Corporation) à savoir, le pont à haubans de l’autoroute de contournement de Rabat (dont l’inauguration devra intervenir au cours des prochaines semaines) pour un contrat de 700 millions de DH et le tronçon d’autoroute Berrechid-Ben Ahmed entré en service il y a quelques mois. Gageons, toutefois, que les récentes offensives de l’AMDI (Agence Marocaine pour le Développement de l’Investissement) à l’endroit des patrons et décideurs chinois (Voir Challenge du 02 juin 2015) et la volonté de China-Africa Development Fund d’installer à Casa Finance City son siège pour l’Afrique du Nord, augurent d’un changement de donne pour les années à venir, notamment pour les futurs projets d’envergure incarnés dans l’extension de la ligne de TGV (lignes Casa-Marrakech, Rabat-Meknes et Fès-Oujda) et de construction de nouvelles autoroutes en mode concession dans le cadre de Partenariats Public Privé (un modèle qui a bien réussi aux Chinois dans d’autres contrées africaines, tant la force de frappe de leurs fonds souverains a été d’un atout décisif pour la structuration d’offres financières opportunes).

….mais des velléités grandissantes pour les énergies renouvelables
Quant au secteur des énergies renouvelables, promu parmi les priorités stratégiques du gouvernement chinois qui souhaite «décarboner» la production énergétique de son pays et soigner son image de premier pollueur de la planète, le Maroc fait déjà office de cible africaine par excellence, pour le pays qui s’est hissé en 2014 au rang de premier investisseur mondial dans le solaire et l’éolien avec une enveloppe de 89,5 milliards de dollars (près de 850 milliards de dirhams de DH) consacrée aux énergies vertes, en hausse spectaculaire de 32 % sur un an (soit bien loin devant les États-Unis qui, eux, y ont alloué près de 52 milliards de dollars). Aussi, des entreprises tels Sino Hydro (leader chinois de construction de barrages et d’infrastructures hydro électriques) ou encore Shanghai Electric (entreprise chinoise de production d’électricité et de fabrication d’équipements électriques ayant déjà à son actif plusieurs investissements en Afrique et en Europe, notamment en énergies renouvelables) sont-elles déjà en prospection au Maroc, pays dont le cadre réglementaire des énergies renouvelables (notamment la loi 13-09) fait partie des plus ouverts et attractifs en Afrique pour les producteurs indépendants en leur permettant, entre autres avantages, de vendre par exemple l’électricité produite directement aux consommateurs finaux et ce, aussi bien pour la Très Haute Tension que la Haute Tension ou la Moyenne Tension. Dans la ligne de mire de ces géants chinois, se trouvent aussi bien des producteurs locaux privés comme Nareva ou Taqa, que les développeurs de projets hydroélectriques, éoliens ou solaires qui sont courtisés pour l’apport tant de financements (notamment dans le cadre de partenariats capitalistiques) que de savoir-faire. Des industriels comme Sinovel Wind, premier constructeur chinois d’éoliennes et deuxième mondial derrière le danois Vestas (qui a équipé plusieurs fermes éoliennes au Maroc), et Xinjiang Goldwind Science & Technology cherchent activement à se positionner sur le Projet Marocain Intégré de l’Energie Eolienne ayant pour objectif à porter la capacité électrique installée d’origine éolienne à 2000 MW.
A la remorque de l’intérêt nourri pour les énergies renouvelables, le créneau de l’efficacité énergétique n’est pas en reste avec les opportunités qu’offre le marché marocain et l’ambitieux programme du gouvernement de réduction de consommation électrique de 12% à horizon 2020. En témoigne l’arrivée au Maroc, dès 2014, du leader mondial de production de panneau photovoltaïque, Yingli Solar qui y a basé son siège régional pour l’Afrique du Nord et l’implantation en cours de son principal challenger mondial Jinko Solar (un autre chinois) qui cherche actuellement à créer une base avancée à Casablanca pour mieux structurer son offensive sur l’Afrique de l’Ouest. Les énormes investissements prévus au cours des prochaines années par les établissements publics et parapublics marocains (pour ne citer que ceux-là) destinés à réduire leurs factures d’électricité, ainsi que la ruée anticipée chez les agriculteurs marocains sur le pompage photovoltaïque avec l’entrée en vigueur l’an dernier des subventions publiques ad hoc, sont autant d’atouts qui prédestinent le Maroc à attirer les géants chinois de la technologie solaire pour y écouler leurs produits…et pourquoi pas pour y installer une usine de production de plaques photovoltaïques comme celle implantée par Jinko Solar, en 2015, en Afrique du sud (autre grand marché de l’efficacité énergétique en Afrique).

 
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