Economie

Diversité : la HACA et l’UNESCO accordent leurs violons

Pour la première édition des journées de la diversité, la HACA et les instances de l’UNESCO ont réuni chercheurs et officiels pour un séminaire d’exception. Si la défense du pluralisme a été réaffirmée par l’instance de régulation marocaine, comme mentionné dans la nouvelle Constitution, les partenaires ont pointé la nécessité pour les médias d’être à l’avant-garde de la diversité aussi bien linguistique, que la promotion de la femme et de la différence comme liant social.


La HACA (Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle) (HACA), a tenu, sous le haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, du 24 au 26 mai dernier, et en partenariat avec le Réseau international des chaires UNESCO en communication (ORBICOM), Les Journées Internationales sur la Diversité. Les thèmes abordés ont été axés plus précisément sur «La Diversité culturelle et linguistique: Richesse et liberté, Régulation et créativité ». Le séminaire a réuni une trentaine d’experts et de chercheurs de différents pays : Amériques, Europe, Afrique, Asie et Australie. Ce séminaire de deux jours, a constitué, à ne pas en douter une occasion exceptionnelle pour prendre connaissance des différentes approches et expertises liées à la diversité humaine représentée par des intervenants d’horizons si différents.  La manifestation avait pour objectif de mener une réflexion commune sur les différentes approches de gestion de la diversité avec ses multiples références et modèles, son apport dans les contenus des médias ainsi que les mécanismes pratiques et les expériences vécues a cet égard. Elle a été également une occasion pour découvrir quelques expertises et recommandations au plan international, ainsi qu’au niveau d’expériences pratiques propres à certains contextes régionaux ou nationaux.

Jamal Eddine Naji, directeur général de la HACA, Amina Lemrini présidente des sages lors des journées internationales sur la diversité à Skhirat.

Le président d’ORBICOM, Bertrand Cabedoche a mis l’accent sur l’autorégulation concentrée du secteur des médias, posant ainsi que la diversité intervienne comme un facteur de performance. Ce à quoi, Janis Karklins, sous-directeur général à la communication et l’information de l’UNESCO a réaffirmé la foi de son organisme dans l’indépendance des médias et la liberté de penser et de s’exprimer. Tout comme ses doutes dans l’efficacité et la pertinence  du contrôle gouvernemental des médias. Le représentant de l’ UNESCO a souligné que: “la régulation indépendante ne doit pas s’exercer en dehors des trois axes  que sont la liberté, le pluralisme et l’indépendance, qui rend possible l’expression et l’échange dans les sociétés. Pour les régulateurs, producteurs et même les consommateurs, il s’agit d’acquérir les compétences pour connecter avec ces objectifs et ainsi, interagir correctement avec la différence.

Le Directeur Général de la HACA, Jamal Eddine Naji, s’interroge, pour sa part sur la régulation “traditionnelle”, telle qu’elle est pratiquée jusqu’à maintenant. Quelle est sa portée et sa validité quand on considère  l’émergence et la multiplication des nouveaux médias ? La diversité n’est -elle pas une source de cohésion sociale et d’échange entre les cultures?

Nouveaux médias VS médias traditionnels: des rapports asymétriques  

M. Cabedoche, s’interroge sur les effets d’un encadrement trop poussé, ce qui pour lui, ne sert qu’à brider la créativité, la réactivité et l’investissement. Dans le domaine de l’audiovisuel, de la radio et de la presse et de la diversité culturelle, les déclarations d’intention prennent toute leur ampleur au regard de la nouvelle donne, comme le fait justement remarquer Mohamed Elhajji, professeur associé au programme de doctorat en communication de l’Université de Rio de Janeiro (Brésil).  On ne peut ignorer l’impact d’Internet qui a tout changé, et remet tout en cause, depuis les médias aux moyens de régulations. “Il y a une nouvelle donne avec l’anonymat sur la toile qui modifie les comportements sociologiques et la libération de la parole” explique le professeur. Ce qui peut déboucher sur des mécanismes de délation et peut-être même d’une certaine diffamation. Pourtant, il n’y a que peu ou pas de moyens de codifier cet espace de liberté, et ce pour plusieurs raisons. D’une part, le principe de territorialité ne s’applique pas sur la toile, et il est difficile de juger des cybercriminels comme le voudrait le droit commun, même si cela se fait encore largement, et même au Maroc. Et pourtant, les médias “adhèrent doublement aux principes de la diversité. D’une part, ils représentent un reflet incomplet, mais spontané et difficile à contrôler de la pluralité et de la multiplicité de nos sensibilités et visions de monde et de modes d’expression. D’autre part, ils constituent le champ d’action idéal de toute politique de promotion des principes de justice, d’égalité et de respect aux valeurs de la différence et l’acceptation de l’altérité. Utilisés à bon escient, les médias peuvent être les meilleurs alliés du développement social et de l’épanouissement humain, et ce, même s’ils réduisent, parfois, la diversité, à ses aspects superficiels, sans réel compromis.” 

Dans cet ordre d’idées, M. Karklins a mis en valeur les indicateurs de l’UNESCO, de nature à  pointer les progrès de la diversité, notamment pour ce qui est de la promotion de la femme dans les médias et plus particulièrement dans le monde de la radio, et des différences culturelles. Quant au Secrétaire Général d’ORBICOM, Yves Théorêt, l’accent est à mettre sur le volet de l’échange d’expériences comme moyen de promouvoir la diversité dans les médias. Pour lui, il s’agit également de trouver les moyens “d’établir des ponts entre nous pour répondre à cette mondialisation tous azimuts où les gens se sentent bousculés”. 

Ces journées de réflexion sont, bien sûr, à porter à l’actif de la HACA, ouverte sur l’International justement. L’apport d’expertises et d’expériences venues d’ailleurs ainsi que la contribution d’organismes tels que l’UNESCO, ne peut qu’enrichir et fortifier l’activité de la Haute Autorité. La présidente de cette instance, Lemrini El Ouahabi, précise que “le volet de la diversité culturelle est au centre de notre stratégie” et elle ajoute que “Nous sommes ici pour faire valoir l’expérience d’autres pays et partager nos vues”. Elle se réfère  aux dispositions de la nouvelle constitution qui, dit-elle ”a consacré une place de choix à la défense de la diversité et du respect du pluralisme.” En somme, des journées fort enrichissantes.

 
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