Interview

Dr Mohammad Sajadi, professeur agrégé à l’Ecole de Médecine de l’Université du Maryland : « Le coronavirus pourrait se propager plus rapidement en hiver »

Auteur principal d’une récente étude publiée le 11 juin dans JAMA Network Open, Dr Mohammad Sajadi, professeur agrégé à l’Institut de virologie humaine de l’école de médecine de l’Université du Maryland aux Etats-Unis, a analysé l’incidence de la maladie  dans 50 villes du monde. Avec son équipe, il a comparé 8 villes avec un nombre important de cas à savoir Daegu en Corée du Sud, Madrid en Espagne, Milan en Italie, Paris en France, Qom en Iran, Seattle aux Etats-Unis, Tokyo, au Japon, et Wuhan en Chine, avec 42 autres villes n’ayant pas le même niveau d’infection. Sajadi revient sur les résultats de son étude qui confirme ce que beaucoup soupçonnaient déjà.


Challenge : Vous venez de publier une étude qui semble confirmer ce que plusieurs soupçonnaient déjà : le coronavirus serait saisonnier. Qu’est ce qui vous permet d’affirmer cela ?

Dr Mohammad Sajadi : Notre étude a montré que le virus responsable de la Covid-19 serait sensible à la température et à l’humidité. Nous pensons que ce virus se comporte comme un virus respiratoire saisonnier. Cela rend la Covid-19 semblable à la grippe. Ainsi, le coronavirus serait saisonnier et pourrait se propager plus rapidement en hiver dans les zones tempérées. Ainsi, dans l’hémisphère nord la pandémie devrait perdre en intensité avec l’arrivée de l’été, mais pourrait revenir en force l’hiver prochain.

Challenge : Est-ce à dire que le virus a plus de difficulté à se propager entre les personnes dans les climats plus chauds ou tropicaux ? 

M.S : Effectivement. Les données documentées par mon équipe montrent que le virus a plus de difficultés à se propager dans les zones où la température et l’humidité sont plus élevées, notamment dans les climats plus chauds ou tropicaux.  Cela signifie que le virus a des exigences de température et d’humidité qui facilitent sa transmission.

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Challenge : Serait-il donc possible de localiser les régions les plus susceptibles d’être exposées à un risque plus élevé de propagation importante du Covid-19 ?

M.S : Oui, nous pensons que cela est possible, au moins dans une certaine mesure. Nous avons fait des projections pour les zones les plus à risque pour mars et avril, et cela semble vrai. Les plages de température et d’humidité que nous avons étudiées, sont assez larges et incluent une période de plusieurs mois dans les régions tempérées d’Amérique du Nord et d’Europe. Nous avons découvert que ces aires de reproduction de coronavirus se trouvaient sur une bande similaire de latitude nord et avaient les mêmes degrés de températures et de faible taux d’humidité entre janvier et mars. La Grande-Bretagne, l’Asie centrale, les caucus, l’Europe orientale et centrale, le nord et le centre-ouest des États-Unis et la Colombie-Britannique au Canada sont plus à risque de transmission communautaire en hiver. D’ailleurs pour revenir à votre question, nos cartes peuvent aider les scientifiques et les décideurs à prédire où et quand les épidémies se produiront afin qu’elles puissent arrêter la maladie mortelle sur ses traces avant qu’il ne soit trop tard. Cependant, les températures froides et le faible taux d’humidité ne sont pas les seuls facteurs permettant au nouveau coronavirus de vivre plus longtemps. Il y a un autre facteur à garder à l’esprit. Il s’agit du manque d’immunité collective (ou l’immunité généralisée dans la population), ce qui signifie que des épidémies peuvent survenir en dehors de ce que l’on pense généralement pour les virus saisonniers. Dans ce cas, cela pourrait également signifier que le risque de Covid-19 pourrait être élevé très tôt dans la saison.

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