Interview

Dr Nabila Rmili : « les casablancais doivent être plus vigilants pour ne pas arriver au confinement »

Près de trois mois après avoir résisté à la première vague de la pandémie du coronavirus grâce à des mesures de confinement rigoureuses, le Maroc se retrouve dans une situation épidémiologique critique, surtout à Casablanca. La grande métropole se dirigerait-elle vers un nouveau confinement ou l’application de mesures restrictives encore plus drastiques ? La réponse de Dr Nabila Rmili, directrice régionale de la Santé de la région de Casablanca-Settat. 


Challenge :  quelle lecture faites-vous des données actuelles de la pandémie dans la région de Casablanca-Settat ?

Dr Nabila Rmili : la situation épidémiologique, on ne la cache pas, est un peu difficile et un peu inquiétante vu le nombre de cas qui augmente de jour en jour. Si bien que nous avons essayé de lui trouver une explication. Ainsi, en étudiant préfecture par préfecture, nous avons noté qu’il n’y a aucune mutation du virus. L’explication retenue étant la mobilité accrue au niveau de la capitale économique, la reprise des activités après les congés estivaux, … A cela s’ajoute bien sûr, un regrettable relâchement de la population dont nombreux pensent qu’en étant avec des amis, la covid-19 ne sera pas avec eux. Je comprends un peu ceux-là :  du point de vue psychique, ils sont fatigués du confinement et n’ont pas l’habitude de se passer de ces rencontres familiales et amicales. Mais, ils ont oublié que nous sommes en période de pandémie et qu’il faudrait rester vigilant. Autrement dit, la vigilance a beaucoup baissé, ce qui fait que la région de Casablanca-Settat a connu un nombre assez important de cas. Plus étonnant, la situation est pareille dans toutes les préfectures de Casablanca même s’il y a cette semaine une prédominance à Anfa et à Bernoussi.

Aujourd’hui, du point de vue épidémiologique, Casablanca abrite 40 % des formes graves enregistrées à l’échelle nationale. Sur les 4.500 prélèvements effectués chaque jour à Casablanca, le taux de positivité est de 30% contre 6% au début de la pandémie. Je précise que ce chiffre de 4.500 tests peut être considéré comme bon ou mauvais, selon la lecture qu’on voudrait en faire. En effet, il est bon parce que nous ciblons les cas contacts et nous arrivons à les cerner. En fait, nous ne faisons plus les tests de dépistage en masse, ce qui fait que le nombre de cas a augmenté. Il ressort également de la deuxième lecture que le taux de positivité de 30 % montre que le virus circule bien à Casablanca.

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Challenge : un reconfinement de Casablanca ou l’application encore de plus de mesures restrictives n’est-il pas nécessaire sur le plan sanitaire ?

N.R : déjà un communiqué du gouvernement faisait état, la semaine dernière, d’un dimanche noir à Casablanca qui avait enregistré près de 1.000 cas à Casablanca. Nous n’avions jamais atteint un tel chiffre. Cet indicateur nous a inquiétés. Ce dimanche-là, les ministères de la Santé et de l’Intérieur, ont multiplié les réunions toute la journée, pour décider des mesures à prendre afin de diminuer ce taux d’incidence assez élevé. Ainsi, depuis le 7 septembre, Casablanca est soumise à des mesures restrictives, dont des mesures de fermeture durant la nuit afin de diminuer la circulation des personnes. En d’autres termes, les accidents et les agressions vont considérablement baisser pour cette tranche horaire, ce qui soulagera, par exemple, les urgences. Il ne faut pas perdre de vue que nous avons d’autres pathologies à traiter ou encore des bébés à faire naitre. Mais si ces mesures de restriction des mouvements des citoyens vont aider à endiguer la propagation de la pandémie, cela reste insuffisant. Il faut que la population nous aide. Lors du premier confinement, les habitants de Casablanca étaient attentifs, très vigilants et très conscients. Cette posture nous avait aidés à bien comprendre le nouveau virus, à bien entretenir nos premiers malades, à avoir l’expérience et l’expertise. Casablanca doit être plus responsable. Nous disposons d’indicateurs qui montrent que les habitants de Casablanca ont baissé de vigilance : 50 % ne mettent pas leur masque. Pourtant, le port du masque est obligatoire. Tout ceci nous laisse prédire que si les habitants n’aident pas le corps médical qui est déjà très fatigué, cela risque d’être très difficile. C’est pourquoi, j’appelle une fois encore au sens civique et à l’esprit de responsabilité des habitants de la ville : distanciation physique, port des masques, désinfection, lavage fréquent des mains.

Challenge : le problème peut-il être réglé sans qu’on décrète un reconfinement local ou plus de mesures drastiques ?

N.R : je dirai d’emblée qu’il y a un challenge : l’économique ou la santé. Bien sûr le peuple marocain, grâce aux décisions que S.M le Roi Mohammed VI a entrepris, est pour la santé d’abord. Cependant, les gens ne doivent pas nous pousser à choisir entre l’économique ou la santé de la population. C’est dire que tout le monde doit être plus vigilant et discipliné pour nous aider à ne pas arriver au confinement qui s’avère très difficile du point de vue économique, social et psychique. Toutefois, si jamais la situation empire, beaucoup de choses seront envisageables.

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