Interview

Dr Tayeb Hamdi : « on a seulement noté une petite fièvre et une rougeur au point d’injection pour le vaccin de Sinopharm auquel le Maroc a participé »

À l’instar des autres pays dans le monde, les futures campagnes de vaccination contre le coronavirus suscitent beaucoup d’espoirs mais aussi des interrogations. Le Maroc, pour sa part, a annoncé sa campagne dans les prochaines semaines. Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politique et systèmes de santé et vice-président de la fédération Nationale de la santé (FNS), nous apporte son éclairage par rapport à ses espoirs mais aussi aux nombreuses interrogations.


Challenge : que pensez-vous de la décision du Maroc de procéder dans les prochaines semaines à la vaccination de sa population ?

Dr.Tayeb Hamdi : tout comme le consensus scientifique international et l’OMS, je pense également que le seul moyen de combattre la pandémie du coronavirus, c’est l’immunité collective par le vaccin. Donc fini les scénarios et les théories qui parlent de l’immunité collective par la maladie. Toutes les recherches montrent maintenant qu’exposer la population au virus est un risque majeur de décès. On ne peut pas protéger les personnes vulnérables tout en laissant circuler les moins vulnérables, ce qui est impossible. Le seul moyen pour freiner la circulation du virus est l’application des mesures barrières, les restrictions territoriales et la vaccination. Je pense que le Maroc a fait le bon choix justement au vu de ses données scientifiques et des connaissances acquises sur le terrain, ainsi que la connaissance de l’épidémie en optant pour une large campagne de vaccination. L’effectuer le plus tôt possible et avoir le maximum de vaccins pour protéger d’abord les professionnels de Santé et les personnes vulnérables avant de passer au reste de la population pour assurer une immunité collective par la vaccination, demeure un choix très judicieux.

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Challenge : actuellement certains spécialistes pensent qu’il est prématuré de procéder à la vaccination pour la simple raison qu’il serait difficile de maitriser certains facteurs liés à la complexité du vaccin notamment la tolérance et les effets secondaires. Faut-il s’inquiéter à ce niveau du vaccin chinois de Sinopharm ?

T.H : je rappelle qu’il y a 200 vaccins en cours : ceux qui sont dans les phases précliniques, une cinquantaine qui sont déjà dans une phase clinique, dont une dizaine en stade 3, et aussi ceux qui ont fini leurs essais et qui sont en cours d’évaluation par les chercheurs. Cela reste un processus très long et profond. Toutes les étapes ont été étudiées au laboratoire sur l’animal et sur l’humain afin de démanteler la toxicité et les effets indésirables ainsi que pour étudier son efficacité.

En ce qui concerne le vaccin Sinopharm auquel le Maroc a participé et qui est au stade 3, les effets indésirables étaient minimes. On a noté qu’une petite fièvre et une rougeur au point d’injection, ce qui constitue des effets attendus d’un vaccin, acceptables qui entrent dans les normes et qui ne posent aucun problème.

Maintenant au Maroc, on lance les chantiers de la préparation au fur et à mesure, parce que les choses ne se font plus de façon classique où il faut attendre un vaccin, faire une commande et le fabriquer. Les vaccins comme ceux de Sinopharm et de Pfizer vont nécessiter des autorisations d’urgence. Il faut savoir également qu’après la validation et l’autorisation d’un vaccin, celui-ci est toujours surveillé afin de déceler d’éventuels effets indésirables.

Challenge : en tant que chercheur en système de santé, que préconisez-vous quand on sait que plusieurs vaccins sont en préparation ?

T.H : en matière de santé publique et de vaccination surtout quand on cherche à avoir une immunité collective, il est important d’avoir plusieurs vaccins. Il faut rappeler que les vaccins qui sont en cours actuellement sont des vaccins avec des techniques différentes et que certainement ils auront des profils différents. Pour cela, il faut chercher à avoir des fournisseurs différents. Tout d’abord, lorsque nous avons commencé à parler en juin dernier de vaccins et de leur production, nous ne savions pas si un vaccin allait aboutir ou pas. Dès lors, il fallait diversifier les commandes et les fournisseurs pour garantir au minimum un ou deux vaccins valides. Par ailleurs, la vaccination doit être la plus rapide possible avec le maximum de quantité disponible sachant qu’un seul laboratoire ne peut pas fournir toute cette quantité en un temps record.

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