L'édito

Effets d’annonce

 


L

e Haut Commissariat au plan est un instrument sérieux, crédible quoi qu’en pense l’exécutif qui lui reproche de jouer les cassandre. Ses publications, de plus en plus médiatisées ont le mérite de donner des informations circonstanciées chiffrées. Et les chiffres, quand ils sont incontestables, laissent peu de place aux commentaires oiseux. Selon Bank Al Maghrib, l’outil productif, le tissu industriel est en grave crise. Le quart des entreprises ont enregistré un recul de la production lors du premier semestre, par rapport à 2012 qui n’était pas florissante non plus. Le BTP, qui a tiré la croissance lors de la dernière décennie connaît l’inutilisation de 30 % de ses capacités de production et les carnets de commande sont vides. Cela signifie que des emplois sont perdus ou en passe de l’être et que le nombre d’entreprises en difficulté augmente. Sous d’autres cieux, l’exécutif réagit en concertation avec le patronat pour arrêter l’hémorragie. Chez nous, on s’attaque au porteur de la mauvaise nouvelle en contestant les chiffres.

D

ans un contexte tel que nous le connaissons, il est naturel que les recettes fiscales et douanières baissent. Il était illusoire de tabler sur l’inverse. Le seul secteur qui a connu un fort taux de croissance c’est l’agriculture, et elle est pour le moment défiscalisée. Le rapport des nouvelles taxes, de l’aveu même des

 

 

pouvoirs publics est très faible. Celle sur les hauts salaires par exemple confirme ce que l’on avait pensé lors de sa création : elle relève du symbolique. Elle n’a donné aucune aisance budgétaire à l’Etat, tout en créant un malaise chez les hauts cadres. Même si ceux-ci ne l’ont pas réellement rejetée, parce qu’elle n’impacte pas sérieusement leur pouvoir d’achat. Donner à l’Etat plus de moyens, tout en relançant l’économie devait être l’objet de la réforme fiscale. On l’a renvoyée aux calendes grecques pour des raisons obscures. Pourtant, c’est le passage obligé pour une sortie de crise.

A

 chaque fois qu’un contrat-programme ou une simple convention est signée, on nous annonce un nombre d’emplois à créer, en phase optimale, très ambitieux. Si on fait la somme, le taux de chômage devrait se rapprocher de zéro, c’est l’inverse qui se passe. L’on se souvient de ces effets d’annonce avec Daewoo, Thomson et bien d’autres dans les années 90. On leur avait déroulé le tapis rouge contre des promesses d’un volume d’emplois jamais atteint. Mais cela justifiait les avantages accordés. Il faut sortir de ce schéma en fixant un cadre incitatif unique pour tous les investisseurs. Nous avons besoin de chaque emploi, l’arnaque au volume a assez duré.

 

 

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