Blog de Jamal Berraoui

Egypte : le scénario algérien

Chaque jour apporte son lot de morts, et déjà la question insupportable se pose, qui tue qui. L’armée, les bandes criminelles (Al baltajya), ou les Islamistes sont pointés du doigt. De presse d’information, il n’y en a plus. Les pro-Morsi sont réduits au silence, les autres se sont transformés en machine de guerre anti-Islamistes. Ils le font avec une vulgarité nauséabonde qui rappelle les sombres heures de la propagande totalitaire.


Florilège « le peuple hait les frères musulmans et veut leur disparition totale », « les frères musulmans sont des agents à la solde d’Israël et de l’Amérique, c’est le devoir national de l’armée de les écraser », « ce sont de simples citoyens excédés par les actes criminels des Islamistes qui défendent leurs biens ». « Les frères musulmans sont des lâches qui utilisent les femmes comme boucliers humains ». Tout cela et bien pire est dit par des journalistes sur des plateaux de télévision. L’appel à la répression, l’incitation à la haine, au meurtre, de manière viscérale sont la nouvelle ligne éditoriale de la totalité des médias autorisés à pratiquer.

« Al Jazeera » n’essaye même plus de cacher son jeu, en faisant appel de temps en temps, aux anti-Morsi. Le Qatar ayant officiellement pris le parti des frères musulmans, en soutenant « la légalité », son arme médiatique prend le relais. Elle devient le porte-parole de la place « Al Adaouya » et ce n’est pas plus joli. Là aussi, florilège « Sissi est un criminel à la solde d’Israël ». « Les laïcs et les libéraux défendent les danseuses qui couchent avec les chevaux », « nous sommes prêts à mourir en martyrs, mais nous ne tendrons pas l’autre joue », « Les coptes ont choisi leur camp, celui de l’armée, ils subiront le même sort ». « Morsi reviendra, sinon nous brûlerons Misi » etc…

Cette violence verbale est le reflet d’une radicalisation certaine. L’impasse étant totale, aucune solution négociée n’ayant la moindre chance, c’est la guerre civile qui se profile. Ce qui était redouté, le scénario algérien, devient l’issue la plus probable.

Sauf que l’Islamisme politique en Egypte a un ancrage sociétal beaucoup plus important que le FIS. Surtout, le pays des pharaons a une situation géostratégique d’une importance telle que l’étranger ne peut que s’immiscer. En Algérie, toutes les grandes puissances ont soutenu l’armée. Le contexte a changé.

Trois pays essentiels, état nations séculaires, sont en déliquescence totale : Irak, Syrie et maintenant Egypte. Le rêve américain d’un nouveau Moyen-Orient, disposé à intégrer Israël, se transforme en cauchemar. Les monarchies du Golfe jouent les sponsors, le Qatar d’un côté, les autres en face, mais risquent de se brûler à ce jeu.

L’avenir immédiat c’est une période de turbulences, de guerres, d’instabilité plus ou moins longue. Au Maroc, nous devons en prendre acte, nous éloigner du bourbier en cherchant un devenir lié au Nord et au Sud, en oubliant l’Est.

 

P. S : Le ministre qui a été le premier à bénéficier d’une rente, n’avait pas de dettes de jeu, le pokerman est venu après. Dont acte, même si l’objectif de mon billet n’était pas de souiller des mémoires mais de dénoncer une pratique.

 
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