Portrait

Elle pilote l’un des plus gros événements du Maroc

Jeune, discrète et presque effacée, Najoua Dribine est le maillon de la chaîne des dirigeants du Grand Prix de Marrakech sans lequel il ne pourrait exister. C’est elle qui tient les cordons de la bourse. 


Seule femme au milieu d’un staff masculin, Najoua Dribine est en effet la responsable administrative et financière de l’évènement qui se joue sur le circuit international Moulay Hassan de Marrakech depuis 5 ans, le seul circuit d’Afrique homologué par la FIA (Fédération Internationale Automobiles), qui avait nécessité pour sa construction un investissement de plus de 220 millions de DH. Et le Grand Prix de Marrakech ce n’est pas rien : non seulement il marque dès 2009 le retour en Afrique du sport automobile, absent du Maroc depuis plus de 50 ans, mais il est l’unique épreuve africaine du calendrier mondial de la FIA qui compte la Formule1, le WRC (World Rallye Champion) et le WTCC (World Tour Champion Cars). La compétition de Marrakech est relayée dans le monde entier par près de 80 chaînes de télévision et regardée par plus de 480 millions de téléspectateurs. C’est dire que Najoua Dribine est sous pression et ne manque pas de pain sur le paddock ! Après son bac qu’elle obtient à Marrakech, Najoua décroche le diplôme de l’Ecole Nationale de Commerce et de Gestion d’Agadir, et fait partie des quatre Marocains sélectionnés sur une trentaine pour pouvoir s’envoler pour la France et y suivre un master à l’Institut des Administrations des Entreprises de Lille.

Une étape qui sera décisive pour la suite de sa carrière : « au début je voulais faire des études d’ingénieur, dit-elle, mais je me suis orientée vers la finance, qui m’a conduit jusqu’en France et m’a permis d’approcher la responsabilité sociale des entreprises, de travailler sur des projets innovants, de faire des stages concrets et de voyager. J’ai acquis entre autres, une ouverture d’esprit et un sens de la communication qui me sont aujourd’hui indispensables pour mon job au Maroc. » Fin 2006, Najoua rentre au pays où elle est immédiatement engagée au Centre Régional d’Investissement de Marrakech. Elle est chargée de plusieurs projets de communication et de marketing territorial et s’attelle à la promotion de Marrakech et sa région sur le plan économique. « Marrakech se développe à ce moment à vitesse V, et comme j’ai toujours aimé être à la genèse des projets, j’ai laissé parler l’entrepreneur qui sommeillait en moi… » En 2007, Ali Horma l’appelle pour mettre en place le Grand Prix de Marrakech. Un défi énorme pour la jeune femme qui doit s’occuper du montage financier de l’opération, de l’organisation générale, des partenariats, des investisseurs, mais également du management des équipes et de la logistique. « J’étais consciente de l’importance de l’événement et de l’impact qu’il aurait au niveau international, poursuit Najoua, et je savais que ce Grand Prix serait une vitrine pour la ville de Marrakech mais aussi pour le Maroc dans le monde entier. »

Quant au budget correspondant à la réalisation de l’événement, il s’élève à environ 40 millions de DH, par édition, totalement géré par la responsable financière du Marrakech Grand Prix avec l’accord du comité de pilotage. « C’est une grande responsabilité, il faut être fiable, transparent, vigilant sur la gestion de l’ensemble des projets qui constituent le Grand Prix, assure Najoua Dribine. Et les activités sont multiples, il faut gérer à la fois le montage des plannings, l’organisation générale des marchandises, la mise en place des points de vente, le développement des ventes en ligne, le contrôle des recettes, le recrutement des vendeurs… Et vous savez, au moment de l’événement, c’est quasiment une petite ville qui se monte en dix jours autour du circuit. » Seule femme dans un univers d’hommes, Najoua apprend à composer, sait être ferme quand il le faut, gère ses émotions et donne une importance aux relations humaines : « je prends du temps avec mes collaborateurs, explique-t-elle. J’ai découvert un monde que je ne connaissais pas du tout, les courses, les pilotes, les champions, et si je veux me faire respecter, je dois montrer une compétence sur des détails qu’une femme ignore en général, comme le poids d’une voiture, comment elle doit être équipée, les règles de la course.

Je suis devenue une vraie fan de F1 et de courses automobiles en général, je regarde les 24 heures du Mans à la télévision, et tout ce qui concerne le sport automobile. Je suis même allée reconnaître le circuit au volant de ma petite voiture, mais nous sommes encore loin du pilotage professionnel », ajoute-t-elle en riant. Les préparatifs pour le Grand Prix 2014 vont déjà bon train. Si les éditions précédentes ont été convaincantes, malgré l’annulation du Grand Prix en 2011, Najoua Dribine s’est fixé la priorité de la qualité de l’accueil pour le prochain Grand prix. « Pour la première fois, j’ai vu la tribune VIP pleine en 2013, mais il faut encore améliorer les dispositifs de réception et le confort du public, attirer encore davantage de spectateurs et leur offrir une variété d’activités dans le village du Grand Prix pendant tout un week-end. » Comme par exemple l’exposition de Formules1 modernes et historiques qui a fait son apparition cette année, l’installation du « fun park » pour les plus jeunes, le moto show, des simulateurs de courses, un food court, ou encore un plateau exclusivement réservé aux courses marocaines. Une attractivité développée, dont l’impact n’est pas négligeable pour la ville de Marrakech, si l’on sait qu’en 2012 par exemple, les écuries, courses, partenaires et officiels ont dépensé quelque 220 millions de DH pendant la semaine de l’événement, les chiffres pour 2013 n’ayant pas encore été communiqués. « L’impact est certes économique, conclut Najoua, mais ce Grand Prix est une nouvelle façon de promouvoir la destination Maroc, un Maroc innovant, un Maroc autrement. Et nous avons tous les atouts pour le faire, y compris de grands champions -comme Mehdi Bennani- reconnus sur les podiums du monde entier. » Dernière à arriver sur le paddock quand commence l’événement, Najoua Dribine peut enfin savourer sa victoire personnelle : la reconnaissance de tous, alors que dans l’ombre elle orchestre pendant des mois l’organisation d’un événement qui fait honneur au Maroc, et qui projette Marrakech au sommet de sa notoriété. 

 
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