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Emploi : L’insertion de plus en plus délicate pour les ingénieurs

Le Maroc a revu à la hausse son ambition de 2006 de former 10.000 ingénieurs par an. Si ce bataillon a pu être absorbé par le marché, les premières difficultés commencent.


Lancé en 2006, le programme national des 10. 000 ingénieurs est arrivé à terme en 2010. Cette année-là, le Maroc a dépassé les objectifs fixés : les grandes écoles et universités publiques et privées de la place ont réussi à former plus  de 13000 ingénieurs. Depuis, l’Etat a fixé la barre plus haut : 15.000 par an jusqu’en 2015, et 25.000 à 2020. Le marché marocain est-il capable de digérer ces bataillons d’ingénieurs ? En tout cas, si en 2011, l’insertion des 10.000 ingénieurs sur le marché de l’emploi s’est déroulé sans trop de problèmes, surtout dans des secteurs comme ceux des technologies de l’information et du génie civil, ce n’est pas le cas pour cette année. « En 2012, l’insertion risque d’être plus délicate eu égard à la crise mais aussi les retards enregistrés par la fonction publique à lancer les concours de recrutement et les marchés qui génèrent eux aussi des recrutements au niveau du privé », souligne Mohamed Abdelfattah Charif Chefchaouni, directeur de l’Institut National des Postes et Télécommunications (INPT).
La crise qui sévit en Espagne est venue mettre plus de pression sur le marché. En effet, de plus en plus d’ingénieurs ibériques viennent s’installer dans le Royaume pour y travailler, en particulier dans le secteur de l’énergie et des infrastructures.  D’après une carte interactive élaborée par Structuralia, l’un des leaders espagnols dans le secteur de l’énergie, de l’ingénierie et des infrastructures, le Maroc constitue de fait le second pays en termes d’opportunités de marché et donc d’emploi, pour les ingénieurs et entreprises espagnoles de ce domaine, aux côtés de la Thaïlande et de la Russie. «La crise a fait que les ingénieurs ibériques s’expatrient à travers les entreprises ibériques travaillant au Maroc. Les Marocains le font aussi ! Il se trouve que ces entreprises ibériques ne peuvent se permettre de recruter des débutants et ne trouvant pas de personnel expérimenté, elles n’ont d’autre choix que de recourir à leurs compatriotes », explique le directeur de l’INPT. Et d’ajouter : « il y a péril en la demeure si on ne revoit pas en urgence nos formations et que nous les adaptions au besoin national et international ».

Des problèmes de qualité
En effet, les objectifs du programme des 10.000 ingénieurs répondent plus à un souci quantitatif. Parmi les 13.000 lauréats sortis en 2010, la moitié vient des écoles d’ingénieurs publiques (réseau des ENSA, ENSIAS, EMI, EHTP, ENIM, ENSEM, ENSAM), c’est-à-dire, des ingénieurs sur titre. L’autre moitié est constituée d’ingénieurs dits assimilés. Ces derniers sont les détenteurs de master ou de licence ou de diplôme d’écoles supérieures privées. Nombreux sont ceux qui estiment que ces diplômes ne peuvent pas être assimilés à ceux d’ingénieurs qui exigent une grande sélection, une préparation spécifique, un cursus particulier et des méthodes pédagogiques adaptées. D’autant plus que les masters des écoles privées ne sont pas accrédités par le ministère de tutelle. Il faut dire que l’intégration des «assimilés» trouve sa justification dans la volonté du Maroc de se mettre au diapason des établissements internationaux quant au calcul de ses benchmarks en matière de nombre d’ingénieurs formés pour drainer plus d’investissements internationaux.
Aujourd’hui, les écoles d’ingénieurs publiques sont en train de revoir leurs formations par rapport à ce qu’elles avaient déroulées pendant le programme des 10.000 ingénieurs. Objectif : mettre en avant la qualité. «Sur le plan qualitatif, les établissements de formation d’ingénieur auront à redoubler d’efforts et d’imagination pour rendre concrète cette adéquation formation emploi en faisant intervenir massivement les entreprises surtout au niveau de leurs cursus d’année terminale. La formation professionnelle est le parent pauvre de nos formations d’ingénieur pourtant réputées être professionalisantes », prévient Mohamed Abdelfattah Charif Chefchaouni.

 

15.000
C’est le nombre d’ingénieurs que le Maroc prévoit de former chaque année jusqu’en 2015.

 

Les secteurs qui recrutent les ingénieurs

Aujourd’hui, les technologies de l’information recrutent mais la concurrence entre les ingénieurs et masters d’université est rude tirant les salaires vers le bas. Les recrutements se font beaucoup pour des entreprises qui offshorent. Le génie civil recrute également avec des salaires plus conséquents, rareté oblige, car très peu d’établissements forment pour le secteur. Idem pour les énergies renouvelables où c’est aussi nouveau eu égard aux grands projets que le Maroc a lancés. L’agriculture n’est pas en reste, surtout pour les besoins de l’agroalimentaire, du génie rural et de la topographie. La mécanique revient à la mode eu égard à la mise en place de la zone industrielle de Tanger TFZ et de l’usine Renault. Enfin, les métiers de la logistique commencent à pointer leur nez timidement et de plus en plus d’étudiants commencent à s’intéresser à ces derniers. Il est à noter que les ingénieurs en étude et développement sont rares et très peu de bureaux d’études existent au Maroc.

 
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