Portrait

Entrepreneur, consultant biomédical, sportif de l’extrême


Il a un visage marqué de boxeur professionnel. Malgré son jeune âge, il compte parmi les experts du domaine bio-médical. De l’agence spatiale française, à la direction d’entreprise, il est aujourd’hui consultant en technologies et logiciels médicaux entre la France et le Maroc. Par  Noréddine El Abbassi

Il adopte un look “corporate” de costume sobre sur cravate assortie et chemise blanche. Néanmoins, le tempérament aventureux de Hicham Belkassem Temsamani, se lit, dès l’abord sur son visage “cabossé”. “Lorsque je faisais de la boxe, j’avais un visage impressionnant. On l’attribuait à ma carrière de sportif de combat, alors qu’il n’en était rien”, dévoile-t-il, le rire jovial. En fait, Hicham dégage une forme éclatante, de simplicité et de franchise. Il n’a rien à cacher, et assume son parcours, sa vie et ses choix.
Il est né en 1970, à Tanger. “Un pays de cocagne, dans une ville de vacances, entre plongée sous marine et vie au bord de l’eau,” se remémore-t-il, avec une nostalgie non dissimulée. Mais pour Hicham, la vie à Tanger c’est également l’aventure: “j’étais un casse-cou. Chaque fois qu’il y avait une aventure à tenter, j’étais le premier sur les rangs”, avoue-t-il. Mais Hicham avait une double obligation de réussite dans ses études. D’abord, de par sa qualité de fils aîné d’une famille de trois enfants, il devait montrer l’exemple pour la famille.

Un exil précoce

D’autre part, avec des parents, tous deux enseignants, de la langue arabe pour son père, et du français pour sa mère, il n’avait pas le droit à l’échec. “Il est vrai que j’avais toutes les conditions pour réussir mes études. En outre, mes parents étaient très exigeants”, concède-t-il, sans jamais se départir de sa bonhomie, dans une corpulence imposante. Celle d’ un joueur de Rugby, plutôt que celle de l’ingénieur studieux qu’il est.
L’opportunité que la vie donnera à Hicham, se matérialise sous la forme d’un ”exil”, laisse-t-il entendre. Touche d’humour ou regret , à posteriori…Toujours est -il que, dès sa neuvième année, la famille est appelée en 1979 à s’installer en France, à Compiègne plus précisément. Ce sera pour un bail, qui s’étendra sur 34 années que Hicham passe en France. Il en garde la franchise dans les rapports humains et un accent français, qui dans la bouche d’un marocain, surprend au premier abord. Il évoque l’époque où, à l’école, il était astreint à l’excellence. Pression familiale oblige, mais également fierté communautaire: “Durant toute ma scolarité, j’ai été le premier à faire quelque chose. Le premier marocain à décrocher son Bac C, le premier marocain en école d’ingénieurs. Avant que la vague ne suive derrière, un peu plus tard”, explique-t-il, fier certes, mais sans  arrogance.
Les souvenirs des jeux de l’enfant qu’il était, restent vivaces. D’autant plus qu’ils avaient   souvent pour cadre de décors, aussi inattendus que des Châteaux, tel le Château Impérial ou celui de Pierrefont. Mais Hicham partage également les loisirs de son environnement,  et fréquente le Conservatoire local, pour étudier la guitare classique. Mais on lui interdit de pratiquer les arts martiaux. La scolarité se déroule sans aléas et il décroche son Bac Scientifique en 1988. La poursuite de ses études, ne peut faire l’économie d’une classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs. Une phase de travail intense, à laquelle il faut consacrer, jusqu’à 72 heures par semaine. Il décroche en 1992, l’admission à une école de “Génie bio-médicale”, au sein de l’Université de Technologie de Compiègne.

Etudes scientifiques et carrière dans l’aérospatial

“Après les classes préparatoires, l’école est plutôt une formalité. Dans les matières scientifiques on a largement le niveau,” commente Hicham. Après cette expérience au cours de laquelle il avait mis sa vie entre parenthèses, estime-t-il, il se prend d’une boulimie d’arts martiaux. Il pratique alors le Jui jitsu, le karaté et la boxe pied poing (appelée Full contact au Maroc) au rythme hebdomadaire de dix huit heures. Au sortir de l’école en 1995, Hicham présente le concours de l’Agence Spatiale française. Commence alors une expérience nouvelle, qui le plonge dans les technologies de médecine à distance, destinées  aux astronautes, en mission dans l’espace.
Au bout de deux années, il est chargé de mettre en place des systèmes de télé médecine, dans les régions reculées de la France d’outre mer, que sont les DOM TOM. Hicham s’envole pour la Guyane, pour installer des centres de diagnostic à distance, connectés aux Centres hospitaliers français. “La première nuit, j’étais en équipement militaire. Je dormais dans la jungle, un hamac pour lit, un bâton dans la main droite et une lampe torche allumée dans la gauche”, se plait-t-il à évoquer. Une anecdote pour décrire un environnement sauvage, et rappeler la violence des rapports dans l’ancien bagne, de sinistre mémoire. Pour sa mission, il doit mettre en place des centres de soins à distance pour les maternités, la psychiatrie, la radiologie, la cardiologie et la dermatologie.

De cadre de direction à entrepreneur

L’expertise acquise par Hicham en fera un candidat recherché et recruté par Sanofi Synthélabo. Il prend le poste de chef de produit marketing corporate pour pacemakers et défibrillateurs implantés. Son expérience lui permet de mettre en place le premier centre européen de télé médecine. La première expérience “civile” de cet ordre sera un système entre l’hôpital de  Broussais et le Centre hospitalier de l’île de St Denis. Suivra alors une autre expérience, quand il sera directeur export de l’entreprise des équipements médicaux, Novacore. Une période où le marché est dans un cycle creux et attend le prochain saut technologique, celui du numérique. Avant de sauter le pas pour rejoindre ce nouveau monde des logiciels médicaux, Hicham développe l’implantation et la représentation de Novacore de par le monde.
Le passage au monde du logiciel s’opère en 2006, lorsque Hicham rejoint Ascom, avant de passer à Panasonic Europe en 2008 et rejoindre Cisco en 2010. “A ce moment tous les équipements numériques étaient connectés. Mais cela donnait lieu à des aberrations. A quoi servirait un chariot que l’on ne peut piloter entre les lits? C’est une innovation, mais coûteuse et qui finit, reléguée aux oubliettes,” analyse-t-il. Hicham quitte Cisco en 2013 pour être chargé d’ une mission de conseil stratégique. Ce qui le plonge dans une longue réflexion, fertile. “Il ne fallait plus pousser à acheter, mais à cibler les bonnes technologies adaptées”, expose-t-il. De cette réflexion sur l’éthique, émergera son cabinet de conseil: Factuel, qu’il fonde en 2015. Depuis, Hicham Belkassem Temsamani passe son temps entre le Maroc et l’Europe, l’objectif étant d’ aider son pays. Mais aussi, de continuer à apprendre !

Bio Express
1970: naissance à Tanger
1988: Bac C à Compiègne (France)
1995: ingénieur du Génie Médical de l’Université de Technologie de Compiègne
intègre l’Agence Spatiale Française
1988: chef de produit corporate pour la télémédecine de Sanofi synthélabo
2001: Directeur export Novacare
2006: travail tour à tour chez ASCOM, Panasonic Europe, Cisco France
2015: fonde Factuel Maghrib

 
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