Portrait

Entrepreneur « pionnier », motard

Il a un style inspiré de Hassan II qu’il a côtoyé au cours de sa carrière à la RAM. Ce businessman de la «gentry» lance aujourd’hui des projets innovants dans le développement durable, avec un projet d’immeubles de parkings «avant gardistes», entre autres activités.


On dit souvent « herfet bouk lla i ghelbouk », mais qu’en est-il de la part de la mère? En tous cas, Nabil Derraji est bien le fils de sa mère, celle qui a été une des première femmes pilotes marocaines, Lalla Malika Assad Idrissi. Pour autant, le jeune Nabil qui grandira à Rabat, connaîtra un parcours au départ qui ne le différencie guère de celui de ses camarades Rbatis tel qu’on se l’imagine depuis Casablanca.

Il est pourtant né à Casablanca en 1957. Mais son père, alors fonctionnaire, -une corporation assimilée à une véritable « aristocratie » dans le Maroc des années 50- résidera, en compagnie de sa famille dans la capitale du Royaume, et garde « attache » avec Casablanca; et les quatre enfants du couple, dont Nabil est l’ainé, vivent en parfaite harmonie. « Ce n’était pas comme de nos jours. Il y avait réellement une « belle qualité de vie » et nous vivions « à l’aise ». Aujourd’hui tout est tellement plus compliqué », regrette-t-il.

Son enfance ressemble à une image d’Epinal de jeune privilégié de Rabat. Scolarisé dans les écoles publiques de la ville, Nabil côtoie les « fils de bonne famille » et mène une vie plutôt « rangée ». « Mon père est quelqu’un de « rigoureux », il nous intimidait. Ce n’est pas le genre de personne à qui l’on se permettrait de dire non. Il est d’une « honnêteté » exemplaire et d’une « probité » notoire. Aujourd’hui encore, malgré son âge avancé, ses conseils avisés, sont appréciés par mes frères et moi-même », explique-t-il.

Mais le rythme de vie de Nabil est alors « encadré » : « Nous avions un programme « rythmé », avec sorties le dimanche. C’était soit à la forêt proche de Rabat ou carrément la campagne proche, surtout quand le beau temps le permettait. Bien entendu, la journée est consacrée à la scolarité avec ses contraintes et le soir, la pratique du sport est de rigueur, aussi souvent que notre emploi du temps le permettait. C’est ainsi que j’ai pu m’initier au judo».

27 années à la RAM
Nabil a 16 ans lorsqu’il se prend de passion pour les sports mécaniques. A cet âge, il se met à la moto, mais ce n’est que deux années plus tard qu’il commence le « moto cross » au sein d’un groupe de passionnés. Ils vivent alors « l’aventure » de la jeunesse : « Nous faisons les « montagnes russes » en moto cross. Avec mes amis, nous apprécions le « saut d’obstacles » et la vitesse en nature », confie-t-il.

Ce sont les années 70, et évidemment, Nabil vivra pleinement les années de plomb. Il n’est pas question de sortir du « rang ». Il déroche son Bac en 1975, et s’oriente vers des études de tourisme. Ce seront alors deux années passées à Tanger, au sein de l’Institut Supérieur de Tourisme où il s’était inscrit. Pour approfondir sa formation, il s’envolera pour la Suisse, le pays du tourisme par excellence. Ce sera pour l’Ecole d’Hôtellerie de Lausanne.

En 1980, après avoir achevé son cursus et quelques mois en tant que manager d’hôtel, il débutera sa carrière à la RAM. D’ailleurs il ne quittera la Compagnie Aérienne Nationale, qu’au moment de la retraite. Prémonitoire ce choix, lui qui est le fils d’une des premières femmes pilotes du Maroc, puisqu’on le nomme responsable des vols VIP de feu Hassan II.

« Mon plus beau souvenir est ma rencontre avec le Roi, avec un « grand R ». Celui qui ne vous laissait pas indifférent, et rien qu’à son approche, on se sentait « exalté ». Je me rappelle une des premières fois, où je voulais lui expliquer le menu du jour. M’exprimant tantôt en Arabe tantôt en Français, il m’a simplement dit: « Monsieur, choisissez la langue dans laquelle vous êtes le plus à l’aise et tenez-vous y! ». C’était vraiment un grand homme, » lance-t-il, sur le ton de la confidence. Les cheveux poivre et sel, un petit air de « dandy » il a pourtant la « simplicité » d’un homme qui sait que, parfois, « less is more ».

Eco entrepreneur
Nabil reste à la RAM jusqu’en 2007, et à ce même poste. Cette carrière lui permet de découvrir le monde, de traverser les océans et de vivre la grande vie : « Grâce à cela, j’ai pu faire deux fois le tour du monde, et voyager dans des conditions que mon salaire ne m’aurait jamais permis. C’est réellement une « chance », d’une part de côtoyer les « grands » mais aussi, d’autre part, de « découvrir le monde » et même des endroits que l’on ne soupçonne pas », avance-t-il, avec une dose de « bravado ».

Lorsqu’il prend sa retraite, Nabil décide de devenir manager. « J’ai réalisé plusieurs projets avec des amis. Ils me demandaient de « mettre un projet sur les rails », puis de partir. Ce que j’ai fait assez souvent», explique-t-il. Mais au détour d’une réunion, il propose une idée à l’assemblée: pourquoi ne pas constituer un Groupement d’Intérêts Economiques?
« L’idée m’est venue à la lecture d’un discours de Sa Majesté Mohammed VI. Et c’était ce que je conseillais aux jeunes entrepreneurs pour qu’ils puissent décrocher des marchés: développer leur « force ». Et cela a pris », expose-t-il.
Nabil Derraji croise alors la route de Sergio Gali, un « italien du Maroc » qui exerce également la présidence d’un groupement économique, en Italie cette fois. «Il est natif de Casablanca et souhaite finir sa vie et être enterré dans le Royaume. Nous avons tout de suite décelé des « synergies » entre nos deux groupes. Depuis, nous travaillons ensemble », expose-t-il.
Le groupement se développe, rejoint par un groupe indien. Il reprend le concept de « dinner in the sky », collectionne les « cartes étrangères » de produits et service, réunit un groupe pour le « salon de la marié » et lance un projet de « Parking couvert » à Casablanca. Le tout, en faisant face à la « réalité marocaine » et ses « tracas administratifs ». « C’est dommage que des intéressés par notre pays sont découragés par des blocages administratifs», regrette-t-il. Mais là encore, ce n’est pas cela qui l’arrêtera!

BIO EXPRESS

1957: naissance à Casablanca
1975: Bac S au Lycée My Youssef (Rabat)
1979: Diplôme de l’Institut Supérieur de Tourisme (Tanger)
1980: Diplôme de l’Ecole hôtelière de Lausanne
Entrée à la RAM
2007: Fondation du Groupement Ziad Bureaux
2017: Lancement d’immeubles de parkings

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