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Entretien avec Mohamed El Alaoui Abdallaoui, DG de la CMR : Plus on retarde la réforme, plus elle devient difficile

La Caisse Marocaine de Retraite tire la sonnette d’alarme. C’est la première caisse qui annonce sa faillite si rien n’est fait en urgence pour la sortir du gouffre dans lequel elle s’enfonce. Son directeur général tient tout de même à nuancer.


Challenge. Quelle est la véritable situation de la CMR?
M.E.A. Permettez-moi tout d’abord de corriger un raccourci de langage habituellement utilisé, en distinguant entre la situation financière de la CMR qui est un établissement gestionnaire de plusieurs régimes de retraite et prestataire de services pour comptes de tiers, et celle du régime des pensions civiles. C’est ce dernier qui couvre les fonctionnaires, les collectivités locales et certains établissements publics, et qui est concerné aujourd’hui par le déséquilibre dont vous parlez.  Ce régime atteindra le point d’inflexion puisque les cotisations du régime ne lui permettront plus de payer ses engagements que représentent ses prestations (retraites et reversions-allocations familiales). Cette inflexion  commence par une utilisation des revenus des placements réalisés sur le fonds de prévoyance de ce régime estimé à fin 2011 à 74 milliards de dirhams. A partir de 2014-2015, c’est le principal qui sera employé pour payer la différence entre les cotisations et les prestations servies et ce, jusqu’à son extinction en 2021. Dès lors, ce régime se transformera d’un régime par répartition provisionné (avec un fonds de prévoyance nécessaire à faire aux déséquilibres futurs), à un régime de répartition pur (où les cotisations servent à payer les prestations – ou partie- de l’année en cours).

C. Les rumeurs autour d’une réforme paramétrique imminente sont-elles fondées ?
M.E.A. Le ministère des Finances a présidé le conseil d’administration de CMR où il a été décidé de programmer une journée d’étude sur les mesures urgentes de réforme. Cette dernière s’est tenue le 11 septembre dernier et il en a résulté un certain nombre de propositions qui seront soumises à un conseil d’administration exceptionnel courant octobre. Je tiens à préciser que le conseil n’est pas à sa première recommandation et que celle-ci suit celle de 2010 et 2011. Le retard pris dans la mise en place de ces recommandations accentue le déficit, et alourdit le poids de chacun des paramètres à actionner. L’idéal pour la CMR serait que la réforme paramétrique ait une portée d’au moins de dix ans pour laisser le temps à l’adoption de la réforme globale du système des retraites au Maroc et sa mise en place. Il faut rappeler que la CMR n’est pas le décideur de la réforme mais uniquement un acteur de cette dernière, en fournissant l’information nécessaire à la prise de décision et, le cas échéant, à sa mise en place…

C. Peut-on avoir une idée sur ce qui a été proposé lors du conseil ?
M.E.A. Ce ne sont pour le moment que des propositions. Mais sachez qu’on ne va pas réinventer la roue. Il y a trois paramètres sur lesquels des modifications peuvent être apportés. En plus du taux de cotisation, s’ajoute l’âge de la retraite (afin d’augmenter la durée de cotisation) et la modification du salaire de référence au calcul de la pension (aujourd’hui le dernier salaire). La logique voudrait qu’on agisse sur l’âge pour deux raisons principales. Premièrement, l’espérance de vie à 60 ans des adhérents à ce régime qui a augmenté de 18 ans dans les années 80 à plus de 21 ans aujourd’hui et par ricochet, le nombre d’années de pension augmente. La seconde raison est que l’on intègre la fonction publique bien plus tard – à 24 dans les année 90 contre 27 au début de cette décennie – avec une accélération de cette tendance dans les années à venir. Cet état de fait créera une situation de plus en plus défavorable pour les affiliées à ce régime étant donné que le paramètre de la durée est une composante essentielle au calcul de la prestation servie à la retraite. En ce qui concerne le salaire de référence, il serait intéressant de s’aligner sur celui de la CNSS. Il est clair que cette réforme paramétrique ne résoudra pas le problème de ce régime, cela permettra uniquement de repousser la problématique de l’équilibre financier de ce régime de quelques années… Mais il faut savoir que plus on retarde la réforme plus elle devient difficile.

 

Ce qu’a proposé le conseil du CMR en 2011

Le Conseil a proposé en 2011 un nouveau scénario de réforme. Le scénario proposé consiste en la combinaison des trois mesures à savoir : le relèvement de l’âge de départ à la retraite de 5 ans (65 ans au lieu de 60 ans), et ce, de manière progressive avec une cadence de six mois chaque année, la révision du salaire de référence pris en compte dans l’assiette de calcul des pensions en prenant en considération la moyenne des salaires des huit dernières années contre le dernier salaire actuellement, et ce, de manière progressive et l’augmentation des taux de cotisations de manière progressive passant de 20% actuellement à 26% en 2014. L’application de ces mesures dès 2012, aurait permis au régime des pensions civiles de repousser la date d’épuisement de la réserve à 2030 au lieu de 2021.

 
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