Politique

Et si le dégagisme touchait le Maroc ?

Partout les candidats antisystème fleurissent et gagnent, le Maroc n’est pas à l’abri d’un tel phénomène. C’est aux partis de l’éviter.


En Tunisie, tous les observateurs étaient convaincus que la finale se jouerait entre le Premier ministre Youssef Chahed et Abdelfattah Mouro le candidat Islamiste, numéro deux d’Ennahda. L’un représentait le courant dit moderniste, l’autre le courant conservateur. Lors de la campagne électorale on s’est rendu compte que ce clivage est factice. Ce ne sont ni les questions sociétales, ni les questions identitaires qui intéressaient les électeurs, mais les questions économiques, le pouvoir d’achat, le chômage ou le logement. Les résultats sont un véritable séisme. Ni les Islamistes, ni les modernistes, ni la gauche ne sont présents au second tour avec des étiages ridicules. «Ennahda» est à 11 %, la gauche, avec 4 candidats, ne réunit même pas 10 % des voix exprimées, «Nidae Tounès » et «Tahia Tounès» font des scores ridicules alors qu’ils dirigeaient le gouvernement. C’est le dégagisme absolu.

Dans les démocraties bien installées, on a eu Trump, Boris Johnson, mais aussi l’instabilité en Italie et en Espagne, où des partis populistes empêchent toute alternance démocratique. C’est un phénomène mondial de rejet d’une manière de faire de la politique tout en subissant les affres de la mondialisation, du libéralisme sauvage. Au Brésil, aux Philippines c’est un fascisme mafieux qui s’est installé.

En Algérie, il n’y a pas d’issue politique parce que la rue rejette toutes les élites, y compris celles qui étaient dans l’opposition à Bouteflika. Le « Hirak » n’a toujours pas de porte-parole ou de dirigeant crédible. Les gens savent ce qu’ils ne veulent plus, mais n’ont aucun accord sur ce que devraient être les institutions futures.

Le Maroc est menacé

Il faut arrêter de croire que notre pays est protégé contre tous ces mouvements parce que nous aurions une spécificité. Le discrédit de la classe politique est une réalité palpable. Aucun Zaïm ne réussit à remplir une salle de cinéma sans payer les présents. Aucun discours, y compris Islamiste, n’a d’écho auprès des jeunes. Les résultats au niveau de l’emploi sont catastrophiques et cela dure depuis des décennies. Cela a fini par déconnecter les jeunes de tout discours politique qu’ils considèrent incrédible.

Le plus probable, pour les prochaines élections, c’est la faiblesse du taux de participation. Un taux de 20 % serait une catastrophe nationale. D’abord parce qu’il favoriserait les Islamistes qui ont un socle stable et les acheteurs de voix, drôle d’alternative en perspective. Mais aussi parce que ni le Parlement, ni le gouvernement, issus de telles élections n’auront la moindre crédibilité auprès des citoyens, ce qui ouvre la voie à tous les risques aventureux. Mais surtout à l’international, «l’exception marocaine» n’aura plus aucun sens.

Le pire, serait que dans les mois qui viennent un populiste charismatique crée un parti. On commencera par le railler et puis il finira par ramasser la mise.

L’opinion publique est prête à chavirer pour un tel personnage s’il émerge. Nous entendons tous, dans tous les milieux, le rejet de l’establishment est la règle et de manière très générale.

La classe partisane dans son ensemble doit réviser sa manière de faire de la politique. S’adresser à la jeunesse avec des projets est une nécessité absolue. Ils n’adhéreront que s’ils sont convaincus que cela leur donnera des perspectives meilleures. Le reste, tout le reste, ce n’est que du pipeau. Et nous risquons de le payer cher.

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